Freaks

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Freaks (2019)

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25/09/2017
72 films vus 72 films notés dont 72 critiqués

Critique madnaute :

La maison aux esprits Très bon

Depuis sa naissance, l’univers de Chloé (Lexy Kolker), une fillette de sept ans, se résume à sa maison. Cloîtrée par son père (Emile Hirsch), elle comprend mal l’aversion que celui-ci affiche envers le monde extérieur, alors que, par les entrebâillements des papiers occultant les fenêtres, ce dernier semble inoffensif. Elle s’étonne également des consignes paternelles, de cette fausse identité qu’elle doit s’approprier, de ces schémas comportementaux qu’il lui faudra afficher lorsqu’une crise indéfinie l’obligera à sortir à découvert. Elle se demande surtout pourquoi une unité militaire au statut menaçant, menée par l’agent Ray (Grace Park) et un vieux marchand de glaces ambulant (Bruce Dern) qui stationne obstinément devant chez elle, commencent à porter un intérêt tout particulier à sa demeure.

Pour paraphraser Irulan dans le Dune lynchien, tout commencement est un moment d’une délicatesse extrême. Particulièrement quand il faut discourir sur un film tout en préservant son contexte et ses thèmes dont le dévoilement progressif est un de ses atouts narratifs. À partir d’un postulat basique, propice à des déclinaisons diverses, les scénaristes-réalisateurs réduisent peu à peu le faisceau des conjectures jusqu’au portrait d’un monde riche de possibilités visuelles et dramatiques. N’omettant pas les fausses pistes, ils s’ingénient à parsemer une histoire fermement ajustée jusqu’au dernier écrou, de plans énigmatiques tels ces fugaces aperçus d’oiseaux figés en vol ou ce reportage télévisé sur la destruction d’une banale maison de banlieue américaine par un drone de combat.

Néanmoins, cette horlogerie suisse tournerait à vide si une caractérisation soignée n’en habitait les rouages. Bruce Dern, Emile Hirsch, Grace Park ou Amanda Crew restituent parfaitement leurs personnages, bien campés et parfaitement dosés dans leurs interactions, crédibilisant quelques scènes bien tendues créées à partir de trois fois rien. Mais, malgré le professionnalisme et le talent affichés, c’est la nouvelle venue Lexy Kolker qui leur ravit la vedette. Omniprésente, passant d’un registre à l’autre avec une aisance et un naturel confondants, elle s’affirme comme le point d’ancrage émotionnel du spectateur, son parcours initiatique répondant aux questions que celui-ci se pose. Habilement, Stein et Lipovsky prennent soin de sauvegarder des parts d’ombre en elle, celles qui, quand elle est en quête de repères dans un environnement incertain, la poussent parfois à des caprices, à des erreurs ou à la pure malveillance.

Si les deux premières parties fonctionnent selon une logique épiphanique, le dernier tiers rassemble les enjeux glanés çà et là dans une réflexion globale sur l’intolérance envers des individus dont la valeur humaine est niée quand elle ne sert pas des intérêts corporatistes. Le tout culminant dans un final prenant et spectaculaire, malheureusement restreint par la modicité d’un budget de deux millions de dollars. Eût-il été quintuplé, on aurait eu droit à un chef d’œuvre. Quoi qu’il en soit, foncez voir cette œuvre inventive, intelligente, émouvante et passionnante. Un film de genre de ce genre est trop rare pour être dédaigné.
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