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DVD MAD (N°340)

Emanuelle et les derniers cannibales

Lors de sa sortie en France le 6 septembre 1978, Emanuelle et les derniers cannibales s’appelle Viol sous les tropiques, histoire de coller à la mode du cinéma « mondo » et de suggérer un spectacle salace. Pas plus mal, donc, que le film de Joe D’Amato adopte désormais son titre original, du moins la traduction littérale de son appellation en VO, Emanuelle et les derniers cannibales. Naturellement pas l’« Emmanuelle » de Just Jaeckin et Sylvia Kristel, mais sa petite soeur italienne, avec un seul « m » à son nom. Une journaliste que la Javanaise Laura Gemser interprète pour la cinquième fois en un peu plus de deux ans, non sans avoir d’abord tripoté la véritable Emmanuelle dans Emmanuelle : l’antivierge.
Après Black Emanuelle, Black Emanuelle en Orient, Black Emanuelle en Amérique et Black Emanuelle autour du monde, Emanuelle et les derniers cannibales envoie son héroïne en Amazonie, sur la piste d’une peuplade anthropophage, suite la découverte d’un cas de cannibalisme dans l’hôpital psychiatrique où elle enquêtait. D’Amato surfe de toute évidence sur le succès de Vol au-dessus d’un nid de coucou sorti deux ans plus tôt, mais se cale aussi dans le sillage des premières cannibaleries du cinéma italien, comme Au pays de l’exorcisme en 1972 et, surtout, Le Dernier monde cannibale de Ruggero Deodato en 1977. Un gros succès qui ne laisse pas ce bon vieux Joe indifférent. Le voilà qui écrit à la va-vite un script en compagnie de Romano Scandariato, déjà auteur de deux Trinita, d’un giallo (La Mort a souri à l’assassin) et d’une comédie polissonne (Ah mon petit puceau). Le duo ne se complique pas la vie : une expédition exotique typique des films d’aventure des années 1930/1950, un trésor (deux sachets de diamants découverts dans la carcasse d’un avion) qui excite les convoitises, du sang, du sexe… Beaucoup de sexe. D’ailleurs, Joe D’Amato le confirme lui-même : tout le récit a été construit autour des séquences érotiques, certaines d’une gratuite folle, comme la masturbation que pratique au début l’héroïne sur la pensionnaire anthropophage de l’asile dans le seul but de la calmer. Ça fornique donc beaucoup dans ce voyage au bout de l’enfer. Puis vient l’horreur, à travers les cannibales du titre, dont les soi-disant coutumes ancestrales fournissent l’alibi parfait pour une enfilade de scènes gore. Parmi les réjouissances, un tranchage de biroute, une dégustation d’yeux humains, l’éventration d’une religieuse suivie d’une dégustation de ses entrailles… Autant d’effets spéciaux confiés à Fabrizio Sforza, un chef maquilleur jusque-là connu pour son travail sur des productions plus « respectables » comme 1900 ou Le Casanova de Fellini. Son travail sur Emanuelle et les derniers cannibales ne démérite pourtant pas. Mais l’aspect le plus étonnant du film reste peut-être son lieu de tournage. Car l’équipe ne mettra jamais les pieds en Amazonie, et se contentera d’un marais de Latina, en Italie. Quelques stock-shots d’animaux (dont un chimpanzé, qui ne vit qu’en… Afrique !) et un vrai serpent se chargent de donner mollement le change. Cela fait partie du charme du spectacle, cocktail d’érotisme, de gore et de junglerie vintage à haute teneur en bis. Qu’importe le flacon…

Marc Toullec