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DVD MAD (N°338)

Phil Tippett : des rêves et des monstres

Après Ray Harryhausen : le titan des effets spéciaux et Le Complexe de Frankenstein, le tandem Gilles Penso/Alexandre Poncet se concentre cette fois sur Phil Tippett. « Au départ, il n’était pas prévu que Phil soit au centre de celui-ci » assure Gilles Penso. « Lorsqu’Alexandre et moi nous sommes lancés dans notre premier documentaire, Ray Harryhausen : le titan des effets spéciaux, nous n’avions pas établi de plan sur le long terme. Au fil des rencontres de ce tournage, nous avons sympathisé avec de nombreux concepteurs de créatures, et l’idée nous est venue de leur consacrer un film, Le Complexe de Frankenstein. L’un de ses intervenants les plus importants était Phil Tippett. Nous nous sommes liés d’amitié avec lui, nous avons découvert au-delà de son impressionnante carrière un homme passionnant. Voilà comment est né Phil Tippett : des rêves et des monstres », portrait de celui qui apparaît à la fois comme l’héritier des plus vieilles techniques d’animation des volumes et l’orchestrateur des méthodes les plus sophistiquées. De la naissance de sa vocation à ses récents postes de superviseur de blockbusters, en passant par ses prestations sur Piranhas, la première trilogie Star Wars ou RoboCop, les réalisateurs n’oublient rien, multipliant les anecdotes et dévoilant des archives rares, parfois inédites. 

Au-delà de la carrière, le film se penche sur Tippett l’être humain. Une sorte d’ours qui ne vit que pour son art. Un marginal à sa façon, sympathique et attachant. L’aspect le plus passionnant du documentaire, surtout que Jules Roman, sa femme et proche collaboratrice, témoigne avec humour de sa personnalité si singulière. « Phil ne se livre pas facilement, et nous n’aurions jamais pu lui délier la langue si nous n’avions pas entretenu une certaine « intimité » avec lui. Petit à petit, il est sorti de sa carapace pour se livrer. Son enfance, ses angoisses, ses passions… Il n’a rien éludé. Nous ne voulions pas un portrait artificiel et hagiographique. Sa compagne s’est prêtée au jeu avec enthousiasme. Ce point de vue féminin manquait sans doute un peu à nos films précédents et elle apporte une touche très personnelle. » Très franche aussi, lorsqu’elle reconnaît que son artiste de mari ne veut pas entendre parler argent et comptabilité. À elle la gestion du personnel, la paperasse. « Un homme plein de paradoxes, comme le dit si bien son ami Dennis Muren » conclut Gilles Penso. « Phil n’aime pas se tourner vers le passé mais se montre très fier de ce qu’il a accompli. Il n’accorde aucune importance à la gloire, mais il reçoit les journalistes et amateurs du monde entier. Il n’aime pas les compromis mais a bien été obligé d’en faire tout au long de sa carrière. Son individualisme est quasi incompatible avec l’industrie du cinéma d’aujourd’hui. » Mais il est toujours là, travaillant parallèlement sur de grosses machines à 150 millions de dollars et sur son expérimental Mad God, dont le documentaire révèle de sidérantes images.

Marc Toullec