Madgazine n°338
11/03/2020

Madgazine n°338

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JEU VIDEO 
ZOMBIE ARMY 4: DEAD WAR 
Rebellion
PC, PS4 & One
Quiconque aura posé ses pognes sur le précédent Zombie Army Trilogy sait déjà à quel point les Anglais de Rebellion (studio également à l’origine de la très bonne série Sniper Elite) avaient su capter ce feeling si japonais dans leur proposition de jeu. Comprendre que le gameplay de ce gros morceau d’action en vue à la troisième personne provient en ligne droite du triptyque Resident Evil 4, 5 et 6, avec tout ce que cela implique de péripéties délirantes et de jouissance allègre. Rappel des faits : la Résistance pensait avoir expédié en enfer le méga zombie Hitler, mais les morts se sont à nouveau soulevés et sont plus affamés que jamais. Un postulat de série Z qui mènera votre brigade de survivants de Venise à Naples en passant par la Sardaigne, notamment dans des canaux remplis de cadavres, à l’intérieur d’un zoo sinistre et délabré, au pied d’un volcan sur le point d’exploser, dans une forteresse infernale… Tout un décorum à même d’exploiter les ficelles du genre grâce à son cadre post-apocalyptique et sa collection de charognes ambulantes. Car le plus remarquable dans Zombie Army 4 provient de l’expertise des développeurs, capables de transformer un TPS bas de gamme sur le papier en démonstration de force qui tend vers une sorte d’abstraction déraisonnable lorsque la horde de zombies devient si dense qu’on peine à s’en débarrasser. Des instants de pression maximale qui agissent comme des coups de boutoir épiques envoyés à la gueule du joueur. Démarrer une partie de Zombie Army, c’est comme pénétrer dans un immense champ de foire avec un sourire béat aux lèvres.

B.P.



B.O.
STARGATE
De David Arnold
La-La Land
1994. Surgi de nulle part (on ne lui connaît alors que le score du polar indé de Danny Cannon Young Americans et l’arrangement du générique chanté par Björk), un jeune compositeur britannique nommé David Arnold enflamme la communauté béophile avec le score de Stargate – la porte des étoiles, premier gros succès de Roland Emmerich. Ils se retrouveront sur Independence Day et Godzilla, avant qu’Arnold, auteur d’un album-concept autour des thèmes composés pour les James Bond, ne soit adoubé par John Barry en personne : le voilà qui devient le compositeur officiel de la franchise 007, de Demain ne meurt jamais jusqu’à Quantum of Solace. Depuis, sa carrière a sérieusement ralenti, Arnold n’officiant plus guère qu’à la télévision (les séries Sherlock et Dracula) avec des résultats très anecdotiques. La restauration augmentée de Stargate proposée par LLL (35 minutes de plus que sur l’album Varèse de 2006) vient rappeler à quel point le style du musicien (et de son orchestrateur et co-compositeur officieux Nicholas Dodd) manque à Hollywood : sous l’influence des grandes partitions épiques d’antan (Ben-Hur, Lawrence d’Arabie, Khartoum, Quand les aigles attaquent) et de John Williams (Les Aventuriers de l’Arche perdue et Rencontres du troisième type en tête), Arnold signait une musique fabuleuse aux allures de péplum, exaltante jusqu’à plus soif et portée par un thème inoubliable, qui sera d’ailleurs repris dans les séries inspirées du film. Il y a, dans cet album, plus d’héroïsme romanesque, de souffle martial, d’aventure exotique et de puissance mélodique que dans la plupart des scores de ces vingt dernières années, au même titre que son cousin swashbuckler L’Île aux pirates, sorti l’année suivante et dont Arnold devait d’ailleurs composer la musique avant qu’elle ne soit confiée à John Debney. Heureusement, rien ne se perd : le thème qu’il avait prévu aurait été méchamment recyclé dans celui de Wing Commander !

C.D.



B.D.
DIE! DIE! DIE!
De Robert Kirkman, Scott M. Gimple & Chris Burnham
Delcourt
Le prolifique scénariste Robert Kirkman (créateur de The Walking Dead) n’est bien sûr pas du genre à broder des petits chats sur des napperons, et s’adonne volontiers à l’horreur (Outcast) et à la violence pop (Destroyer). Mais avec cette nouvelle série, le voilà qui chasse carrément sur les terres de Garth Ennis (Crossed, The Boys) en matière de gore décomplexé et de cynisme acerbe. Dans Die! Die! Die!, il imagine (avec l’aide de Scott M. Gimple) une cellule ultra secrète du gouvernement US chargée de rétablir l’équilibre du monde à coups d’assassinats ciblés orchestrés par des tueurs surentraînés. Parmi ceux-ci, Paul, issu d’une fratrie de triplés passés maîtres, dès leur plus jeune âge, dans l’art de donner la mort. Enlevé par une mystérieuse organisation, Paul est tué par l’un de ses frangins (le plus psychopathe du trio) qui prend sa place afin de déstabiliser le fonctionnement de la cellule… Sur un canevas d’une bissitude revendiquée, Kirkman brosse à gros traits rageurs le portrait d’une Amérique qui se rêve en police du monde, n’hésitant pas à mettre en scène (et à dénoncer) Obama par le biais d’un twist uchronique absolument génial. La narration est littéralement mitraillée de scènes de baston/poursuite/gunfight où les têtes explosent et les membres voltigent, et dont le découpage bourré d’idées rattrape le trait parfois un peu flemmard de Chris Burnham (Secret Wars: Old Man Logan). Fuck les petits chats sur les napperons.

L.D.



VIDEO
PHASE IV
Zone B. Carlotta.
Sorti en 1975 en France, Phase IV détourne les attentes du film d’insectes belliqueux tel qu’il a été forgé tout au long des années 50. Ici, un duo de scientifiques tente de freiner la progression d’une nouvelle espèce de fourmis intelligentes, capables d’évoluer génétiquement en fonction de leurs besoins conquérants. Le background de Saul Bass dans le graphisme, les affiches et les génériques (il a collaboré durant 20 ans avec Otto Preminger, Alfred Hitchcock, Billy Wilder ou John Frankenheimer) est particulièrement évident dans la manière dont il structure sa narration visuelle. S’appuyant dès l’ouverture sur des formes symboliques et des visions surréalistes et hallucinatoires (le soleil évocateur du préambule aura d’ailleurs droit à un contrechamp beaucoup plus factuel durant l’épilogue), le cinéaste décrit d’emblée l’Humanité comme une civilisation microscopique et nécessairement éphémère – un grain de sable errant sans but dans l’immensité de l’univers. Que l’Homme soit convaincu de sa propre importance passionne Bass, et celui-ci bâtit rapidement son film autour de la figure du mirage. L’apparition tardive (après dix minutes !) des deux protagonistes est ainsi brouillée par le miroitement de la route et l’utilisation de très longues focales, déjà largement employées pour décrire la société des fourmis au cours de l’époustouflant prologue. En d’autres termes, Bass tient à garder le point de vue des insectes lorsqu’il doit filmer pour la première fois des visages humains. Le monde de ces bipèdes est en lui-même présenté comme une illusion : dans une succession de plans volontairement absurdes, des panneaux indiquent un country club et un cours de golf au milieu de nulle part, et une pancarte « Paradise City » domine un ensemble de bicoques bricolées à la va-vite en plein désert. Ce no man’s land, qui a à l’évidence inspiré Russell Mulcahy sur Razorback, suggère à Bass quelques tableaux sublimes, dans lesquels les forteresses des hommes et des fourmis vont s’affronter de façon étonnamment épique. À la fin du premier acte, l’un des deux scientifiques actionne un jet d’insecticide censé stopper net l’envahisseur, mais un couple de retraités se retrouve lui aussi pris dans l’épaisse nuée chimique. Au montage, Bass alterne sans distinction entre les humains et les fourmis, ramenant littéralement les deux camps à la même dimension. L’objectif du réalisateur est d’ainsi définir le monde des insectes comme l’échelle 1 de l’histoire, une démarche qui donnera lieu à des scènes proprement hallucinantes, notamment une veillée funèbre menée par la Reine des fourmis dans une citadelle en ruines, ou un combat contre une mante religieuse dans le boîtier d’un module de climatisation. Comportant quelques grands moments d’horreur viscérale, l’oeuvre brille enfin dans sa manière de nuancer l’avancée technologique et scientifique de notre espèce, en exploitant avec une pertinence incroyable les ordinateurs, enregistreurs, antennes et émetteurs qui recouvrent le laboratoire des deux « héros », autant de marques précaires de l’ego humain qui seront irrémédiablement rendues obsolètes par la marche du temps. Redécouvrir Phase IV en 2020 est d’autant plus révélateur, et c’est peu dire que Carlotta a soigné son édition collector. Au-delà de l’excellent livre de 200 pages signé Frank Lafond, d’une série de courts-métrages réalisés par Bass et d’une interview du cinéaste face caméra de 35 minutes de 1977, impossible de retenir sa mâchoire devant la fin originale restaurée, retrouvée par miracle en 2012 dans une copie de projection-test. Décrivant un monde orwellien dans le style d’un générique typique du maître, cette séquence hautement psychotrope est à elle seule un chef-d’oeuvre éblouissant, et aurait mérité d’être réintégrée au montage…

A.P.



NOTULES VIDEOLUNAIRES

Remonté pour sa sortie en salles dans une version PG-13 trop elliptique au goût de certains, le second remake de Black Christmas ne bénéficiera finalement pas d’un montage unrated en vidéo. Les éditions françaises du slasher de Sophia Takal (Always Shine) ne contiendront donc que le theatrical cut dans un transfert au ratio 2.39 accompagné de pistes VO/VF en 5.1. Toujours aussi avare, Universal n’offrira pas grand-chose à se mettre sous la dent en matière de bonus, puisque les suppléments se limiteront à un commentaire audio, des scènes coupées et un trio de featurettes pour le moins expéditives, aucune ne dépassant les 3 minutes. Sortie le 29 avril.

Diffusé discrètement au cinéma en novembre dernier, Countdown pourrait connaître un succès plus conséquent lors de sa parution en vidéo. Selon l’éditeur Metropolitan, le teen movie de Justin Dec sera disponible le 19 mars en DVD et Blu-ray, au format respecté et avec pistes audio 5.1. N’espérez pas en revanche y trouver le moindre making of ou commentaire audio : les disques vendus dans l’Hexagone ne proposeront aucun bonus, à l’instar des galettes américaines parues chez Universal.

Un Blu-ray collector de l’inédit Relaxer vient de voir le jour au Royaume-Uni sous l’égide d’Anti-Worlds, qui a offert au huis clos apocalyptique de Joel Potrykus une édition HD quasi définitive. Agrémenté de nombreux bonus (making of, commentaire audio, courts-métrages, répétitions…), ce collector indispensable inclut en outre un second disque permettant de (re)voir le formidable Buzzard, second effort de Potrykus.

MAD Team