Cinéphages n°338
11/03/2020

Cinéphages n°338

5

THEE WRECKERS TETRALOGY 
2019. Pays-Bas/France/Belgique. Réalisation Rosto. Interprétation W. Folley, Rosto, Barnaby Savage… Sorti le 4 mars 2019 (Autour de minuit).
Nous en avions déjà parlé dans les pages de Mad Movies, mais la ressortie en salles de la « tétralogie » de Thee Wreckers nous permet d’en remettre une couche, et de rendre hommage au réalisateur néerlandais Rosto, qui nous quittait il y a très exactement un an. Pour essayer de faire simple, Thee Wreckers est un projet méta entre le clip rock et l’animation semi-narrative, basé sur le parcours du groupe de punk néerlandais The Wreckers. Cofondateur de ce quintet un peu barré, devenu quartet suite au désistement de sa seule musicienne, Rosto décide en 2007 de se lancer dans un projet artistique au long cours, qui prendra finalement la forme de quatre courts-métrages conçus en vases communicants : No Place Like Home (2009), Lonely Bones (2013), Splintertime (2015) et Reruns (2018). Les différents chapitres sont désormais réunis dans un seul et même programme de trois quarts d’heure environ, entrecoupés de citations de Kurt Cobain ou David Bowie, et complétés par un making of d’une vingtaine de minutes où Rosto retrace la genèse et l’évolution du groupe au fil des décennies.
Si ce préambule vous laisse de marbre, ne serait-ce qu’en raison du caractère très underground de la démarche, on vous conseille vivement de forcer le pas et de vous rendre dans n’importe quelle salle ayant le bon goût de programmer l’objet. Au-delà d’une technique impressionnante, mêlant les prises de vues réelles aux miniatures, aux maquillages old school, à l’animation 2D et à l’image de synthèse pour un résultat toujours excitant et désarçonnant, Rosto maîtrise l’art du surréalisme autant que Phil Tippett sur Mad God, David Lynch sur Eraserhead ou Johan Renck sur les clips de l’album Blackstar (on reconnaît au passage l’influence de Bowie sur les chansons de Thee Wreckers). En d’autres termes, rien ne fait sens mais tout se comprend instinctivement, les tableaux hallucinatoires s’enchaînant avec une fluidité étrange tandis que les idées visuelles les plus expérimentales s’entrechoquent. Totalement libre, Rosto joue avec la temporalité de façon agressive (No Place Like Home est entièrement basé sur des mouvements paradoxaux dans l’espace et le temps), torture constamment ses personnages principaux tout en leur dédiant une certaine tendresse, et se dirige lentement vers une apothéose sous-marine assez splendide, où un oeil flottant dans les ruines d’une civilisation perdue ira profiter d’un ultime concert spectral. Délicieusement grotesque, Thee Wreckers Tetralogy est un trip sensoriel ponctué de visions dantesques (ces squelettes géants marchant au fond des océans, cette envolée de fantômes au-dessus d’une autoroute qui ne mène nulle part), une proposition singulière et impertinente donc, imprégnée de la première à la dernière image de la folie de son créateur.

A.P.




BIRDS OF PREY ET LA FANTABULEUSE HISTOIRE DE HARLEY QUINN
Harley Quinn: Birds of Prey. 2020. USA. Réalisation Cathy Yan. Interprétation Margot Robbie, Rosie Perez, Mary Elizabeth Winstead… Sorti le 5 février 2020 (Warner Bros. France).
Puisqu’on nous force à rentrer dans le débat « femmes et codes du genre », allons-y franco, quitte à y laisser quelques plumes. En effet, l’histoire impose d’emblée une grille de lecture mastoc. Larguée par le Joker, Harley Quinn (Margot Robbie) s’efforce de voler de ses propres ailes et se retrouve ainsi en bisbille avec des mâles très méchants. Cela la pousse à s’allier bon gré mal gré avec d’autres meufs, qui sont autant de figures d’ordinaire reléguées au second plan : femme flic opiniâtre qui a été dépossédée de ses faits d’armes par ses chefs, pépée à gangster travaillant comme chanteuse de cabaret, fille de mafieux devenue ange exterminateur pour venger sa famille massacrée… On voudrait sans doute nous faire croire que les conventions super-héroïques sont ici retournées comme un gant, pour favoriser l’avènement de la femme. Vaste blague : il s’agit juste d’un ravalement de façade, aussi anecdotique que possible. La violence, dédramatisée à l’extrême, est traitée sur un mode caricaturalement « girly », avec des coups de batte de base-ball accompagnés d’une pluie de paillettes multicolores. Plus largement, la réalisation de Cathy Yan trahit une complète impuissance, la narration n’étant relancée que par une B.O. saturée de chansons (le film est un véritable juke-box) et une voix off sans laquelle l’intrigue aurait tôt fait de s’effondrer. Même le regard sur le sex-appeal des héroïnes n’a rien de foncièrement différent par rapport aux usages habituels, et les geeks obsédés trouveront ainsi leur compte d’anatomies à reluquer. À ce titre, celle qui tire l’épingle du jeu est la belle Jurnee Smollett-Bell, qui botte des culs en levant bien haut la jambe malgré un futal en cuir agréablement moulant…
Bref, le bilan est assez lourd. La virilité en crise de Joker, quoi qu’on en pense (le film a été loin de faire l’unanimité chez Mad Movies, comme vous avez pu le lire dans la table ronde sur l’année 2019 de notre numéro de janvier), a du moins marqué les esprits. Birds of Prey…, pour sa part, sombre dans l’insignifiance, comme d’ailleurs pas mal de productions repeintes hâtivement aux couleurs du mouvement Time’s Up pour avoir l’air au courant. Les exceptions sont rares : voir le début de X-Men: Dark Phoenix, avant qu’un dernier acte catastrophique massacre le mythe du Phénix Noir au point de faire passer la version Brett Ratner pour un chef-d’oeuvre. Mais le plus étrange est que personne ne semble avoir l’idée de créer de nouveaux personnages et de nouvelles histoires où les nanas trouveraient naturellement leur place. Au lieu de cela, on a une curieuse alliance entre la stratégie des majors et les approches « féministes ». Les premiers veulent continuer à faire fructifier leurs franchises, les secondes veulent soumettre à toute force les archétypes à des relectures, mais sans les questionner vraiment. On se retrouve ainsi avec des machins qui, tels Birds of Prey…, prétendent tout déconstruire et, au final, ne déconstruisent rien du tout.

G.E.




JUMBO
2020. France/Belgique/Lxembourg. Réalisation Zoé Wittock. Interprétation Noémie Merlant, Emmanuelle Bercot, Bastien Bouillon… Sortie le 18 mars 2020 (Rezo Films).
Il y a presque un an et demi (dans le Mad Movies 322 pour être exact), nous avions visité le plateau de Jumbo, rencontré son équipe… Mais en dépit de ce premier contact, nous continuions à nous demander à quoi allait bien pouvoir ressembler ce risqué premier film de la réalisatrice Zoé Wittock. Inspiré d’un authentique cas d’objectum sexualité (lorsqu’un humain tombe amoureux d’un objet), Jumbo raconte l’histoire de Jeanne (Noémie Merlant), jeune femme timide et réservée vivant avec son exubérante maman, Margarette (Emmanuelle Bercot), qui aimerait bien voir sa fille s’ouvrir au monde… et aux hommes. Jeanne, qui travaille de nuit dans un petit parc d’attractions, rencontre alors Marc (Bastien Bouillon), le nouveau gérant des lieux, mais surtout Jumbo, un imposant manège… qui ne semble pas être insensible aux sentiments de la jeune fille.
Il y avait mille façons d’aborder une telle histoire. L’étude de cas clinique. Le drame intime. La comédie. Observer à distance et risquer de juger son héroïne. Ne pas la prendre au sérieux et la transformer en freak. Zoé Wittock opte pour la plus belle option : le réalisme magique. Jumbo refuse d’être l’exploration d’un esprit que la science désigne comme « malade ». Le film joint le geste artistique à la parole scénaristique pour clamer, comme le fit par exemple La Secrétaire de Steven Shainberg en 2002, que les sentiments n’ont pas besoin de l’approbation du monde extérieur pour être « valides », et ce quelle que soit leur singularité. Au lieu d’isoler l’aventure intime de Jeanne et Jumbo de leur environnement quotidien, d’en faire une anomalie, la cinéaste les fusionne par l’image, par la grâce d’une photo qui n’empêche jamais les couleurs primaires de contaminer le cadre, conditionnant discrètement le spectateur à adhérer à la vision de Jeanne. Les manifestations du manège, lorsqu’il se retrouve seul avec celle-ci, sont l’occasion de séquences à la fois spectaculaires et sensibles (quelque part entre Rencontres du troisième type et Under the Skin), où le rapport d’échelle entre l’héroïne de chair et son amour de métal est aboli par une grammaire visuelle aussi étudiée qu’instinctive, chargée de stimuli organiques… C’est là, débarrassé des interférences du monde extérieur, que Jumbo – le film comme la machine –, trouve son coeur, sa pulsation, parvenant sans réserve à nous faire ressentir les sensations de Jeanne. Malheureusement, les choses se compliquent lorsqu’il s’agit d’illustrer les interactions de cette dernière avec son entourage. Des moments où Zoé Wittock ne parvient pas toujours à maîtriser la tonalité de son écriture et sa direction d’acteurs. Et si elle parvient à éviter le piège du misérabilisme, sa description d’un milieu prolétaire et la façon dont ses comédiens incarnent ce dernier n’évitent pas toujours certains clichés qui fragilisent régulièrement le long-métrage. Heureusement, Wittock garde la foi et ne dévie jamais de sa trajectoire : elle adhère sans réserve aux sentiments de Jeanne et, comme cette dernière, se fout finalement du regard des autres. En questionnant le nôtre par la même occasion.

L.D.




LE VOYAGE DU DR DOLITTLE
Dolittle. 2020. USA/Chine/G-B. Réalisation Stephen Gaghan. Interprétation Robert Downey Jr., Antonio Banderas, Michael Sheen… Sorti le 5 février 2020 (Universal Pictures International France).
Au sortir de dix ans d’engagement auprès de l’univers cinématographique Marvel, Robert Downey Jr. est enfin libre, riche en plusieurs dizaines (centaines ?) de millions de dollars et doté, dans le paysage hollywoodien contemporain, d’une aura magnifiée par l’épilogue d’Avengers: Endgame. Notre homme peut faire absolument ce qu’il veut, monter ses rêves artistiques les plus fous. Et il choisit donc cet énième reboot ciné du personnage créé par Hugh Lofting, troussé par le réalisateur de Syriana, où il finit par fister un dragon au terme d’une intrigue passablement conduite. Robert Downey Jr. se drogue donc toujours.

F.C.




LE PRINCE OUBLIÉ
2020. France. Réalisation Michel Hazanavicius. Interprétation Omar Sy, Sarah Gaye, Bérénice Bejo… Sorti le 12 février 2020 (Pathé).
Wagon de queue des filmographies de Michel Hazanavicius, Omar Sy, François Damiens, Bérénice Bejo et des coscénaristes Bruno Merle et Noé Debré, Le Prince oublié arrive après toutes les batailles. Dans cette histoire sur la façon dont le lien entre un père et sa fille se délite et affecte le monde imaginaire qu’ils ont inventé, tout a un vague goût de plat réchauffé au micro-ondes, rien ne tient debout, rien ne fait sens, l’énergie s’y consume vainement, dans l’espoir qu’il en reste quelque chose. Mieux vaut revoir Princess Bride, Vice-versa, L’Histoire sans fin et ses deux séquelles, s’il le faut, et refouler le souvenir du Prince oublié dans les mêmes limbes que Bing Bong l’éléphant rose.

F.C.


Vivarium_11.jpg" alt="" width="724" height="375" />

VIVARIUM 
2019. USA/Irlande/Belgique/Danemark.
Réalisation Lorcan Finnegan. Interprétation Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Jonathan Aris… Sortie le 11 mars 2020 (Les Bookmakers/The Jokers).
Repéré avec le film d’horreur écolo Without Name, Lorcan Finnegan quitte la forêt pour une banlieue déserte où Gemma (Imogen Poots) et Tom (Jesse Eisenberg) visitent une maison sur les conseils d’un étrange agent immobilier. C’est alors que celui-ci disparaît sans laisser de traces, les laissant plantés là. Personne d’autre ne semble habiter la zone pavillonnaire et c’est en vain qu’ils tentent de s’en échapper : prendre la route les ramène immanquablement à leur point de départ. Le lendemain matin, ils trouvent un bébé sur leur perron, accompagné d’une note expliquant qu’ils doivent l’élever s’ils veulent être libérés. En l’espace de quelques semaines, le nourrisson devient un sale gosse de sept ans qui réclame une attention permanente sous peine de devenir hystérique. Et le cauchemar commence… La grande force de Vivarium est d’adopter un point de départ à la Quatrième dimension qui laisse craindre le symptôme du court-métrage-étiré-en-long, puis de contourner cet écueil en proposant une montée paranoïaque qui doit aussi beaucoup à la série Le Prisonnier. Sous ses allures de comédie fantastique, le film tournevite au délire polanskien, s’appuyant sur les portraits croisés de parents adoptifs malgré eux qui sombrent peu à peudans la folie : Tom parce qu’il veut tuer le gamin et s’enfuir coûte que coûte, quitte à creuser un trou sans fond dans le jardin (belle métaphore du père de famille travaillant dur toute sa vie pour creuser sa propre tombe), Gemma parce que son instinct maternel menace de supplanter sa raison, au risque de détruire son couple (même si elle ne cesse de répéter au gamin qu’elle n’est pas sa mère). On assiste donc ici à une attaque en règle des rêves de la classe moyenne (elle est instit’, il est jardinier) et de la sacro-sainte cellule familiale, pourrie de l’intérieur par une incarnation duMal dénuée d’empathie qui évoque parfois le jeune héros de C’est une belle vie, le sketch réalisé par Joe Dante pour la version cinéma de La Quatrième dimension (on y revient). Finnegan va cependant beaucoup plus loin dans le discours freudien, en particulier dès que l’enfant grandit et devientune menace pour Gemma et Tom en même temps qu’une source de tension malsaine pour le spectateur. Dommage que la mise en scène, bien trop sage, ne soit pas à la hauteur d’un script qui n’a pas peur d’aller jusqu’au bout de son sujet, témoin un dernier acte d’une noirceur satirique sans concession.

C.D. 




THE HEAD HUNTER
2018. USA. Réalisation Jordan Downey. Interprétation Christopher Rygh, Cora Kaufman. Disponible en VOD.
Un Viking arpente des terres désolées à la recherche du monstre qui a tué sa fille. Il grogne, beaucoup. Soliloque, un peu. Trimballe des têtes décapitées en bandoulière, prépare des décoctions dans des bocaux insalubres. S’éclaire à la torche la nuit venue pour déambuler dans son habitat pas super entretenu. La mise en scène de Jordan Downey parvient à relancer régulièrement l’intérêt de ce film-dispositif fatalement limité. Quand l’aridité se conjugue au film de genre bien craspec, appuyé par un sound design capable de transformer le moindre frôlement en outil de suggestion gore poisseux, The Head Hunter laisse augurer de ce que le metteur en scène pourrait trousser avec un ou deux zéros de plus à son budget serré serré de 30.000 dollars. Le reste du temps, la solitude de l’acteur unique (le personnage de la fille n’est visible qu’en flashes-back fugaces) finit par contaminer lentement mais sûrement le ressenti. Le film affiche une durée modeste d’1h12, il semble parfois faire le double. Le quotidien d’un Viking décapiteur est assez morne, en fait.

F.C.




SEULS SUR TERRE
I Think We’re Alone Now. 2018. USA. Réalisation Reed Morano. Interprétation Peter Dinklage, Elle Fanning, Paul Giamatti… Disponible en VOD.
Dans un monde dévasté par une mystérieuse catastrophe globale, un homme vit seul au milieu de cadavres à qui il tente d’offrir une sépulture décente. Un jour, ce quadragénaire mal dans sa peau découvre une jeune femme blessée au volant d’une voiture accidentée… Au lieu d’exploiter de façon spectaculaire un canevas de série B apocalyptique, la cinéaste Reed Morano (Dans la brume du soir) adopte une approche exclusivement psychologique pour dépeindre le train de vie monotone du dernier homme sur terre (Peter Game of Thrones Dinklage, toujours aussi charismatique). Hypnotique et original, tout en surcadrages méticuleux et contre-jours agressifs, le style de la réalisatrice colle parfaitement à la mélancolie d’un héros replié sur lui-même, avant qu’une rencontre fortuite ne le pousse à sortir de sa coquille. Si vous n’êtes pas allergique au jeu transparent d’Elle Fanning (mais qu’est-ce qu’ils lui trouvent tous ?), Seuls sur terre (I Think We’re Alone Now en VO) s’impose donc comme un inédit de choix dans la jungle actuelle de l’offre VOD.

J-B.H.




SONIC, LE FILM 
Sonic the Hedgehog. 2020. USA/Japon/Canada. Réalisation Jeff Fowler. Interprétation Ben Schwartz, James Marsden, Jim Carrey… Sortie le 12 février 2020 (Paramount Pictures France).
Pour peu qu’il se soit renseigné sur la production du film, le spectateur de Sonic, le film entre dans la salle vaincu d’avance. Un premier long-métrage franchise-compatible confié à un artisan des effets spéciaux, une adaptation de jeu vidéo remaniée visuellement de fond en comble après une première bande-annonce désastreuse (mais après tout, quel meilleur hommage à l’industrie vidéoludique que de présenter un produit bâclé ?), la promesse d’un Jim Carrey en roue libre comme aux heures les plus sombres de M. Popper et ses pingouins… L’étonnement de se retrouver face à un film honnête n’en est que plus grand, surtout dans le contexte actuel. Bien sûr, Sonic démarre par un flash-forward et un freeze frame digne d’une comédie française, évidemment, une poignée de vannes consterne et les scènes à la X-Men où le hérisson bleu se promène dans un monde ralenti ne convainquent qu’à moitié. Mais au prix où sont les blettes, il serait dommage de ne pas saluer, d’un petit signe de la main, une production qui ne prend pas son jeune public pour un abruti complet.

F.C.


Parasite_Cannes_1.jpg" alt="" width="724" height="335" />

PARASITE VERSION NOIR ET BLANC 
Gisaengchung. 2019. Corée du Sud. Réalisation Bong Joon Ho. Interprétation Song Kang-ho, Lee Sun-kyun, Jo Yeo-jeong… Sorti le 19 février 2020 (Les Bookmakers/The Jokers).
Bong Joon Ho ne s’attendait sans doute pas à ce que son dernier long-métrage connaisse un tel parcours, en particulier après la réception paradoxale d’Okja, pris dans une guerre de tranchées entre Netlflix et les défenseurs des salles obscures. Récompensé par une Palme d’Or à Cannes, Parasite triomphe logiquement en Corée du Sud, mais de façon plus surprenante en France (1,47 million d’entrées durant l’exploitation initiale), avant de connaître un succès indé historique aux États-Unis. L’effervescence des spectateurs habitués au genre est palpable lors de la première américaine au Fantastic Fest d’Austin, mais le phénomène se propage rapidement à un public plus large, et met littéralement Hollywood à genoux. Le film remportera finalement quatre Oscars dont ceux du Meilleur Film, du Meilleur Réalisateur et du Meilleur Scénario Original. Bien que disponible en Blu-ray depuis le 4 décembre chez nous et depuis fin janvier aux US (le making of de 70 minutes est superbe), Parasite continue donc tranquillement de squatter les salles, et cumule à l’heure du bouclage un joli pactole international de 223 millions de dollars. Un remake en langue anglaise sous la forme d’une mini-série coproduite par Adam McKay (Vice) est déjà en préparation, et toute l’industrie s’arrache désormais le réalisateur… ce qu’elle aurait honnêtement dû faire à l’époque de Memories of Murder.
C’est donc dans ce contexte un peu planant que Bong Joon Ho et The Jokers ont décidé de ressortir une nouvelle copie de Parasite dans les salles françaises. Suivant les leçons de l’un de ses maîtres George Miller, le cinéaste répond directement à la version « Black And Chrome » de Mad Max: Fury Road, et cite tout un pan de sa culture cinématographique (Hitchcock, Clouzot, Bergman, etc.). Ne remplaçant aucunement le film original en couleur, dont les choix photographiques sont tout aussi valables, cette proposition alternative permet d’approfondir certaines compositions et de les relier de façon encore plus prégnante aux thématiques du film. Entièrement bâtie sur des contrastes entre le monde d’en haut et les bas fonds de la société coréenne, l’intrigue se déploie à l’écran avec une pureté impressionnante. La monochromie accentue les lignes architecturales et met en exergue leurs nombreux échos visuels (la maison des riches et l’appartement des pauvres, séparés par des séries d’escaliers cauchemardesques, sont une leçon de production design), mais renforce également les ombres sur les visages, appuyant sans cesse l’idée que tout le monde ment ici comme un arracheur de dents. Drôle, acide et souvent hypnotisant, le film en lui-même n’a pas changé d’une frame, et son jeu de manipulations réciproques se révèle toujours aussi virtuose.

A.P.




DRAGON QUEST: YOUR STORY
2019. Japon. Réalisation Takashi Yamazaki. Interprétation (voix VO) Takeru Satoh, Kasumi Arimura, Kentarô Sakaguchi… Disponible en SVOD (Netflix).
Les premières images de cette adaptation ont tout pour effrayer ceux qui n’auraient jamais posé les yeux sur la série de RPG de Square Enix. Ressuscitant des écrans pixellisés de l’épisode Dragon Quest V (1992), le prologue s’ouvre progressivement à une esthétique plus accessible, pour finalement épouser les codes d’un cinéma d’animation tout ce qu’il y a de plus contemporain. En vérité, cette mise en condition n’est aucunement un caprice de geek, mais entame au contraire une réflexion profonde sur l’expérience sensitive et immersive qui sous-tend le genre du jeu de rôle depuis des décennies. Maniant avec finesse le deus ex machina et les ellipses propres au RPG, mais aussi les notions de personnages non-joueurs, de quêtes principales et annexes, de loot ou de choix narratifs multiples, Dragon Quest: Your Story emporte peu à peu son public dans un récit d’heroic fantasy étalé sur trois générations, aux répercussions émotionnelles bien plus fortes qu’on pouvait l’imaginer. Charmant, flamboyant, porté par un bestiaire foisonnant et un imaginaire vraiment splendide, le film s’offre un pay off thématique totalement hallucinant, apte à redéfinir intégralement l’expérience du spectateur et à interroger sa perception subjective du réel. Seul petit regret (spoiler potentiel) : que Takashi Yamazaki ne soit pas allé jusqu’au bout de son concept en intégrant, façon Happy Feet ou La Grande aventure Lego, quelques séquences en prises de vues réelles. Rien de grave, vu la réussite de l’ensemble…

A.P.




CLARA’S GHOST 
2018. USA. Réalisation Bridey Elliott. Interprétation Paula Niedert Elliott, Chris Elliott, Abby Elliott… Disponible en VOD.
Visuellement intrigant (ratio 1.33, effet de vignettage, étalonnage aux tons ocres), Clara’s Ghost ressemble au bout du compte à une parodie de cinéma indépendant. Dialogues semi-improvisés, comédiens en roue libre, abondance de gros plans, sociologie de pacotille… Tous les poncifs du petit budget estampillé Sundance sont réunis avec une complaisance qui frise le nombrilisme. À moins de faire partie des happy few dépeints par le script, on ne voit pas ce qu’il y a à retenir de ce film de bourgeois tourné par l’actrice/réalisatrice Bridey Elliott avec le renfort de toute sa famille (vous connaissez forcément son paternel, Chris Elliott, vu dans Abyss ou Un jour sans fin). Pour étancher notre soif d’études de caractère à la sauce mumblecore (c’est une soif comme une autre), on lui préférera des oeuvres comme A Ghost Story, Tyrell ou Krisha.
J-B.H.




LES MONDES PARALLÈLES 
Ashita sekai ga owaru to shitemo. 2019. Japon. Réalisation Yuhei Sakuragi. Interprétation (voix VO) Yûki Kaji, Sayaka Senbongi, Aoi Yûki… Sortie le 18 mars 2020 (Eurozoom).
Drôle de bidule que cet anime venu un peu de nulle part. Un réalisateur/scénariste à la filmo modeste (Yuhei Sakuragi), un studio inconnu au bataillon (Craftar Studio)… Puis les premières minutes des Mondes parallèles nous dévoilent une cruelle, insoutenable vérité : fuck, c’est du cel shading. Si cette technique, qui consiste à créer des personnages en full 3D et à les recouvrir d’une couche cosmétique censée imiter le dessin à la main, impressionnait en 2004 avec l’Appleseed de Shinji Aramaki, elle n’a quasiment pas évolué depuis (cf. Blame et autres Godzilla : la planète des monstres). En résulte une sorte d’Uncanny Valley puissance 2, où une machine tente d’imiter une technique analogique elle-même en quête d’une reproduction filtrée du réel. Les Mondes parallèles part donc estropié dès ses premiers pas. Et puis… non pas un miracle, mais un dévoilement des possibles. On découvre Shin, lycéen ordinaire qui, enfant, a perdu sa maman d’un mal inexpliqué qui tue chaque année des centaines de personnes. Il grandit avec pour seule amie la belle Kotori. Leur vie change le jour où débarque Jin, sosie parfait de Shin bien décidé à tuer la jeune fille. Cette rencontre révèle aux adolescents l’incroyable vérité : suite à des expériences sur le transfert de la matière durant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement nippon a créé sans le savoir une distorsion de la réalité qui a abouti à la naissance d’un Japon parallèle intrinsèquement lié à celui de notre monde. Ainsi, toute personne qui perd la vie dans l’une de ces dimensions la perd également dans l’autre. Pire, le Japon alternatif est devenu un état totalitaire technologiquement avancé, dirigé par une princesse avide de pouvoir qui se trouve être le double de Kotori. Jin doit donc tuer cette dernière pour sauver son monde des griffes de l’intouchable despote… Ce point de départ d’une ambition assez dingue, où les enjeux amoureux répondent naturellement aux macro-problématiques, prend encore plus d’ampleur lors de scènes sacrifiant sans ménagement certains personnages principaux… où des milliers d’individus. Peu à peu émerge de cette matière narrative dense le portrait d’un Japon schizophrène hanté par son passé expansionniste et meurtrier, que seule une génération d’adolescents déracinés peut conjurer. À ce point de ce papier, il semble donc acquis que Les Mondes parallèles a su transcender ses errements techniques par un script en béton armé. Perdu : à force de vouloir caser en 90 petites minutes une montagne de concepts maousses, de péripéties intimes, de considérations politiques sous-jacentes et de scènes d’action, Yuhei Sakuragi n’a d’autre choix que de brûler les étapes, sapant régulièrement les qualités intrinsèques de son histoire. Scènes d’exposition dignes d’un cours de CP sur les mondes parallèles, technologies de pointe inventées en 15 secondes, emprunts voyants (Terminator)… Le long-métrage se saborde continuellement, se relève courageusement avec une belle idée, puis trébuche à nouveau, avec à l’arrivée l’impression d’avoir entraperçu un potentiel monument de SF réflexive caché dans les replis trop épais d’une passionnante oeuvre de jeunesse qui aurait éclos trop tôt. Drôle de bidule, vraiment.

L.D.




THE BOY : LA MALDICTION DE BRAHMS 
Brahms: The Boy II. 2020. USA. Réalisation William Brent Bell. Interprétation Katie Holmes, Christopher Convery, Owain Yeoman… Sorti le 26 février 2020 (Metropolitan FilmExport).
Souvent considéré comme un cinéaste de piètre talent, William Brent Bell (Devil Inside) reste un faiseur tout à fait capable pour peu qu’on lui confie un scénario digne de ce nom, comme ce fut le cas en 2016 avec The Boy. Alors que l’on redoutait un film de poupée maléfique décérébré à la sauce Annabelle, le réalisateur de l’efficace Stay Alive nous offrait un thriller psychologique soigné et minimaliste, en dépit d’inévitables jump scare destinés à satisfaire le public des multiplexes. Une (petite) réussite qui se concluait par un puissant climax où le scénariste Stacey Menear refusait toute approche surnaturelle au profit d’une terreur primale clôturant l’intrigue de manière définitive. Mais c’était compter sans les excellents scores de The Boy au box-office mondial : avec 75 millions de dollars de recettes récoltés pour un investissement initial de 10 millions, il était évident que ses producteurs n’allaient pas en rester là. Confié à la même équipe, The Boy : la malédiction de Brahms s’intéresse au cas d’une famille cherchant à fuir les affres de la vie citadine après avoir été victime d’un éprouvant cambriolage. Une fois installé dans sa nouvelle maison, le fils du couple (Christopher Convery) se lie d’amitié avec la poupée qu’il vient de découvrir enterrée dans le jardin. Mais lorsque le comportement de l’enfant devient de plus en plus inquiétant, sa mère (Katie Holmes) finit par se demander si le pantin ne serait pas vivant… Inutile de tourner autour du pot : en dépit d’une forme soignée et de quelques scènes de suspense plutôt bien menées, The Boy : la malédiction de Brahms échoue à reproduire le sentiment de terreur larvée qui irriguait son prédécesseur. La faute à un script ne reculant devant aucun cliché pour justifier le retour d’une poupée à laquelle le film original ne prêtait aucun pouvoir surnaturel. Par ricochet, cette approche ouvertement fantastique vient bien sûr contredire tout ce qui faisait le sel de The Boy… Un gâchis d’autant plus absurde que les personnages se retrouvent obligés d’aligner d’interminables dialogues explicatifs dans le seul but de permettre au scénariste (toujours Stacey Menear) de (mal) retomber sur ses pattes. De plus, la relation entre Brahms et son jeune propriétaire manque cruellement de substance, et leur amitié fusionnelle n’atteint jamais le degré de malaise qui faisait la force du duo Chucky/Andy Barclay dépeint dans le Jeu d’enfant de Tom Holland. Et que dire de la prestation d’une Katie Holmes foncièrement incapable de donner un semblant d’épaisseur à son rôle de maman perpétuellement inquiète ? Pas grand-chose, effectivement… Nos craintes sont donc confirmées : The Boy : la malédiction de Brahms n’apporte absolument rien à une franchise qui n’aurait jamais dû en devenir une.

J-B.H. 




HORSE GIRL 
2020. USA. Réalisation Jeff Baena. Interprétation Alison Brie, Debby Ryan, John Reynolds… Disponible en SVOD (Netflix).
Écrit en collaboration avec son actrice principale Alison Brie par le réalisateur Jeff Baena (la comédie zombie Life After Beth), Horse Girl a fait sensation à Sundance avant de se retrouver sur Netflix. On est donc en présence d’une production indé arty mais pas trop, flirtant avec le cinéma de genre mais pas trop… S’il n’était pas autant influencé par David Lynch, le film pourrait avoir été signé par Jeff Nichols, sauf qu’il est nettement plus empathique que ceux du réalisateur de Midnight Special. Encore très attachée au cheval qu’elle montait dans un centre équestre où elle n’est plus vraiment la bienvenue, passionnée par les arts et accro à une série télé neuneu relatant des enquêtes surnaturelles qu’elle est bien trop âgée pour regarder, Sarah travaille dans une boutique et vit en colocation avec sa meilleure amie. Un brin excentrique, c’est une gentille fille un peu paumée qui rêve du grand amour mais traîne un lourd passif, sa mère et sa grand-mère ayant souffert de sérieux troubles psychiatriques. Soudain en proie à des hallucinations qui envahissent de plus en plus son quotidien, elle craint d’en avoir hérité mais finit par se convaincre qu’elle est régulièrement enlevée par des aliens… Difficile de ne pas s’émouvoir face au portrait de cette geekette au grand coeur mais terriblement seule (Alison Brie est parfaite), même si le récit ne trouve jamais vraiment le ton juste à force de naviguer entre rom-com, drame et SF.

C.D. 




EN AVANT
Onward. 2020. USA. Réalisation Dan Scanlon. Interprétation (voix VO) Tom Holland, Chris Pratt, Julia Louis-Dreyfus… Sorti le 4 mars 2020 (The Walt Disney Company France).
Comment séduire des spectateurs toujours plus exigeants lorsque votre nom est synonyme d’excellence depuis plus de 20 ans ? Voilà l’éternelle question que doivent se posent les dirigeants de Pixar à l’aube de chaque nouveau projet. Et c’est sans doute ce statut de leader incontesté qui explique le manque d’enthousiasme affiché par plusieurs critiques américains vis-à-vis d’En avant. Sans considérer le résultat comme foncièrement mauvais, les plus blasés regrettaient ainsi que ce road movie (narrant les mésaventures de deux jeunes elfes) ne se soit pas révélé aussi mémorable que Les Indestructibles ou Wall-E. Certes. Mais en dépit d’une trame effectivement classique, le long-métrage de Dan Scanlon (Monstres Academy) possède toutes les qualités nécessaires pour supplanter 90 % de la production familiale hollywoodienne actuelle. Techniquement impressionnant (quoi de plus normal pour un Pixar ?), En avant se montre d’autant plus convaincant que son statut de divertissement grand public n’empêche pas ses auteurs d’aborder des thèmes aussi adultes que le deuil, l’acceptation de soi ou l’héritage culturel. Et la démarche fonctionne d’autant mieux que Scanlon ne cède jamais à la tentation du mélodrame préfabriqué ou de la leçon de morale facile, préférant concocter un délicieux cocktail d’humour (irrésistible gang de fées bikeuses un brin soupe au lait) et de sensibilité (si vous ne versez pas votre larme lors du final, vous avez un coeur de pierre) pour illustrer les tourments de l’adolescence. Petit plus, la version française nous épargne les habituels people/comiques au profit de vrais comédiens, à commencer par l’une de nos (dernières) stars du doublage à l’ancienne : Maïk Darah.

J-B.H.







Dracula02.jpg" alt="" width="724" height="362" />

MAD REWIND

Des vampires, un cannibale, un homme-éléphant et un psychopathe aux fantasmes incestueux, bienvenue dans la foire aux monstres des reprises du mois de mars !

Ce mois de mars étant chargé en ressorties Mad bénéficiant de copies restaurées en 4K, autant commencer par celle de la fin du mois dernier ! À savoir le Dracula de Francis Ford Coppola (distribué par Park Circus depuis le 26 février), qu’il est urgent de revoir en salle pour en saisir toute la splendeur baroque. C’est aussi l’occasion de constater une fois de plus la puissance païenne intacte de cette version, ne serait-ce que dans la foudroyante charge érotique qu’elle déploie. Entre les déshabillés transparents de Winona Ryder déambulant dans les jardins, le fougueux baiser qu’elle échange sous la pluie avec Sadie Frost et l’image de Lucy en train de copuler avec une bête de cauchemar en poussant des gémissements de plaisir sous le regard à la fois choqué et fasciné de Mina, le film fait preuve d’une audace sans pareille, sachant que ces images proviennent d’une seule scène incantatoire hantée par les psalmodies chorales de la musique de Wojciech Kilar. Même s’il ne faut pas occulter le Dracula de John Badham et l’envoûtant Nosferatu, fantôme de la nuit de Werner Herzog, le film de Coppola reste donc bel et bien l’adaptation la plus mémorable du roman de Bram Stoker, même si l’arrivée d’un Anthony Hopkins en roue libre (à croire qu’il s’est inspiré du Merlin campé par Nicol Williamson dans Excalibur) menace parfois de faire sombrer la deuxième partie du récit dans une ambiance digne du Bal des vampires. Les adorateurs de la comtesse Báthory seront également ravis d’apprendre que Les Lèvres rouges, le poème vampirique et saphique de Harry Kümel, est exhumé à son tour le 11 mars (cf. critique et interview dans ce numéro). Deux ans plus tôt, le même Hopkins était nettement plus sobre (en termes de jeu, s’entend) dans Le Silence des agneaux (Ciné Sorbonne, le 1er avril). Devenu un classique (même si on est en droit de lui préférer le trip immersif du Sixième sens de Michael Mann et le flamboyant Hannibal, Ridley Scott donne l’impression de faire du bis viscontien), le film de Jonathan Demme reste admirable, non seulement en tant que thriller (on a rarement vu un tel niveau de glauquerie dans un film de studio), mais aussi dans sa description des rapports conflictuels de Clarice Starling (Jodie Foster) avec deux figures paternelles : le père bienveillant Jack Crawford, son supérieur au FBI (Scott Glenn) et le maléfique Lecter, qui la répugne et la fascine à la fois, dans une relation quasi incestueuse et animale (rappelons que Lecter la renifle lors de leur première rencontre). On en trouvait d’ailleurs une sorte de brouillon dans celle entretenue par Melanie Griffith et son mari violent Ray Liotta dans le formidable Dangereuse sous tous rapports, réalisé par Demme quatre ans plus tôt. 



THE BEST OF LYNCH
Hasard du calendrier, on retrouve encore une fois sir Tony dans Elephant Man (Carlotta, le 25 mars), le premier film « commercial » de David Lynch, où l’acteur est d’ailleurs tout aussi prodigieux que le beaucoup plus célébré John Hurt. De fait, il s’agit sans doute de l’oeuvre la moins personnelle du réalisateur avec Dune, les deux films n’ayant de lynchien que le goût qu’ils partagent pour la difformité (John Merrick dans l’un, le baron Harkonnen dans l’autre). On sent bien plus, dans Elephant Man, l’influence de Mel Brooks producteur qui, rappelons-le, sera quelques années plus tard celui de La Mouche. Dans les deux cas, nous découvrons un être atteint d’une maladie qui a fait de lui un monstre, et dont l’histoire est racontée sur le mode de la tragédie. Mais la ressemblance ne va guère plus loin : là où Cronenberg choisit la voie du body horror, Lynch déploie une reconstitution victorienne d’une perfection formelle inouïe pour créer une atmosphère directement héritée de James Whale, baignant de fait le récit dans le fantastique alors même qu’il raconte une histoire vraie – quand il n’évoque pas le réalisme poétique cher à Marcel Carné. Difficile en revanche de faire plus lynchien que Blue Velvet (Les Bookmakers/Capricci Films, le 11 mars), sommet absolu du néo-noir et relecture perverse des mélos de Douglas Sirk qui n’a cessé de prendre de la valeur avec les années. Et pas seulement parce qu’on y trouve en substance tout ce qui fera le génie de Twin Peaks (l’étudiant joué par Kyle MacLachlan pourrait être un jeune Dale Cooper, tandis que Frank et Bob sont les deux visages d’un même démon). C’est aussi le témoignage d’une époque bénie où Lynch n’avait pas encore été dévoré par ses obsessions au point de les rendre pénibles à regarder. Histoire de plonger encore plus loin dans l’univers délicieusement tordu de Blue Velvet, on se penchera avec intérêt sur le livret numérique accompagnant la ressortie du film, consultable dans l’onglet « dossier de presse » à l’adresse suivante : https://capricci.fr/wordpress/product/blue-velvet

C.D. 




PAS VU PAS PRIS

Évacuons le cas Une sirène à Paris (le 11 mars), dont la projo fut manquée par une Mad Team en mode Pierre Richard. La honte… Pour le reste, malgré des Cinéphages bien garnis ce mois-ci, quelques gros morceaux manquent à l’appel, et ce n’est pas faute d’avoir eu envie de les traiter. Pensez-donc : Emily Blunt qui continue à dézinguer de l’alien en silence (Sans un bruit 2, le 18 mars), Vin Diesel en héros de comic-book capable de se faire arracher la tronche avant de se régénérer (Bloodshot, le 25 mars), Donnie Yen et Jet Li réunis dans un blockbuster Disney (Mulan, le 25 mars)… Sans oublier un outsider où Robert Kazinsky (mais si, le mec qui jouait un biker dans Captain Marvel, vous vous rappelez pas ? OK, nous non plus) essaye de tirer son fils des griffes d’un truc pas sympa (The Demon Inside, le 25 mars itou. D’ailleurs, sacrée journée ce 25 mars : y aura aussi le nouveau Michaël Youn et un film où Isabelle Huppert joue une baronne de la drogue malgré elle. Dites, elle est pas un peu longue cette parenthèse ? Oui hein ?).

L.D.

MAD Team

En relation avec cet article...

Les Mondes parallèles | Godzilla : la planète des monstres | Terminator | Dracula | Nosferatu, fantôme de la nuit | Excalibur | Le Bal des vampires | Les Lèvres rouges | Le Silence des agneaux | Sixième sens | Hannibal | Elephant Man | Dune | La Mouche | Blue Velvet | Jumbo | La Secrétaire | Rencontres du troisième type | Under the Skin | Dragon Quest: Your Story | Happy Feet | La Grande aventure Lego | Okja | Parasite | Memories of Murder | Mad Max: Fury Road | Thee Wreckers Tetralogy | Eraserhead | Avengers: Endgame | Le Voyage du Dr Dolittle | The Head Hunter | Princess Bride | Vice-versa | L'Histoire sans fin | Sonic, le film | X-Men | Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn | Joker | X-Men: Dark Phoenix | Sans un bruit 2 | Bloodshot | Mulan | Captain Marvel | The Demon Inside | En avant | Les Indestructibles | Wall-E | Monstres Academy | The Boy : la malédiction de Brahms | The Boy | Devil Inside | Stay Alive | Jeu d'enfant | Abyss | Un jour sans fin | A Ghost Story | Krisha | Seuls sur Terre | Dans la brume du soir | Vivarium | Without Name | La Quatrième dimension, le film | Horse Girl | Life After Beth | Midnight Special | Shinji Aramaki | Yuhei Sakuragi | Yuki Kaji | Sayaka Senbongi | Aoi Yuki | John Badham | Francis Ford Coppola | Sadie Frost | Wojciech Kilar | Werner Herzog | Anthony Hopkins | Nicol Williamson | Harry Kümel | Michael Mann | Ridley Scott | Jonathan Demme | Jodie Foster | Scott Glenn | Melanie Griffith | Ray Liotta | David Lynch | John Hurt | Mel Brooks | James Whale | Kyle MacLachlan | Noémie Merlant | Zoé Wittock | Emmanuelle Bercot | Bastien Bouillon | Steven Shainberg | Takashi Yamazaki | Kasumi Arimura | Kentaro Sakaguchi | Bong Joon Ho | Adam McKay | George Miller | Song Kang-ho | Lee Sun-Kyun | Rosto | Phil Tippett | Johan Renck | W. Folley | Barnaby Savage | Robert Downey Jr. | Stephen Gaghan | Antonio Banderas | Michael Sheen | Jordan Downey | Christopher Rygh | Omar Sy | Michel Hazanavicius | François Damiens | Bérénice Bejo | Bruno Merle | Noé Debré | Jim Carrey | Jeff Fowler | Ben Schwartz | James Marsden | Margot Robbie | Jurnee Smollett-Bell | Brett Ratner | Cathy Yan | Rosie Perez | Mary Elizabeth Winstead | Vin Diesel | Emily Blunt | Donnie Yen | Robert Kazinsky | Jet Li | Michaël Youn | Isabelle Huppert | Dan Scanlon | Tom Holland | Chris Pratt | Julia Louis-Dreyfus | William Brent Bell | Stacey Menear | Katie Holmes | Christopher Convery | Owain Yeoman | Bridey Elliott | Chris Elliott | Abby Elliott | Reed Morano | Peter Dinklage | Elle Fanning | Paul Giamatti | Lorcan Finnegan | Imogen Poots | Jesse Eisenberg | Joe Dante | Jonathan Aris | Alison Brie | Jeff Baena | Debby Ryan | John Reynolds