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DVD MAD (N°336)

Death Warmed Up

L’histoire officielle dit que, avec la sortie de Bad Taste en 1987, Peter Jackson fut le premier Néo-Zélandais à se lancer dans le fantastique tendance gore décomplexé. Faux. En 1984, David Blyth réalise Death Warmed Up. David qui ? En 1978, il fait parler de lui dans son pays d’origine avec un premier long-métrage d’obédience punk, qui fustige sur le mode expérimental l’aliénation de la vie domestique et du mariage. Dénoncé par les conformistes comme une « tentative de corruption de la jeunesse », Angel Mine fait scandale à l’échelle locale. Après quelques crédits de mise en scène supplémentaires pour la télé et le cinéma, le trublion, alors âgé de 27 ans, semble déjà bout à souffle. Du moins jusqu’à sa rencontre avec Michael Heath, le scénariste de Next of Kin et de L’Épouvantail de mort. Les deux hommes discutent d’un projet commun, d’une incursion dans l’horreur. Encore faut-il un scénario, aussi mince soit-il. « En admirateur de David Cronenberg, j’ai réfléchi à ce qu’il illustrait dans ses films, à la manière dont il considérait le corps médical et les multinationales pharmaceutiques » explique David Blyth. « À l’époque, la science commençait à aller loin dans les recherches sur la génétique. Trop loin, et la façon dont elle s’immisçait dans la vie des gens me dérangeait profondément. Voilà pourquoi le méchant principal du film est un médecin. » Vieux thème que celui de la science sans conscience. Comme L’Île du docteur Moreau, Death Warmed Up se déroule sur une île, mais, plutôt que des animaux, son savant fou travaille sur des êtres humains dont il voudrait contrôler les esprits. Et qu’importent les dégâts occasionnés sur des patients qu’il trépane allégrement, secondés par des infirmières à l’uniforme pas vraiment réglementaire.

Outre Cronenberg, David Blyth et Michael Heath trouvent leur inspiration du côté de Massacre à la tronçonneuse, La Colline a des yeux et Evil Dead, avec ces cobayes humains totalement azimutés, enragés, difformes… Même le héros semble louche dans cette histoire malaisante. « Death Warmed Up constitue surtout un cri de colère, la manifestation d’une grande frustration » avoue son réalisateur. « À l’époque, je traversais une crise existentielle. Je voulais sortir du système. Le film canalise mes états d’âme, mes ressentiments. Il reflète beaucoup de ma personnalité, de mon sens de l’humour également. » Noir, évidemment. « La fin dit explicitement que si vous ne vous affranchissez pas de votre colère, elle risque fort de vous carboniser. » Si Death Warmed Up pousse sa gueulante avec de modestes moyens, il le fait avec la même conviction agressive que son auteur avait manifestée six ans plus tôt dans Angel Mine.
Malgré des distinctions en festivals, dont celui du Grand Rex, et une réputation plutôt flatteuse, Death Warmed Up ne sort guère de l’anonymat. En France, il débarque directement dans les vidéoclubs sous le label René Chateau. Quand à son réalisateur, il ira ensuite d’échec en échec, viré de House III et réduit à des besognes alimentaires. Death Warmed Up demeure, 35 ans plus tard, l’heureuse exception d’une carrière sans éclat. 

Marc Toullec