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DVD MAD (N°335)

Habituellement, les giallo débutent sur un meurtre : une main gantée de cuir noir, une victime généralement de sexe féminin, une mise à mort stylisée à l’extrême. Spasmo déroge à la règle. Des amoureux sautent de leur moto pour se peloter et s’embrasser, puis les yeux de la fille se fixent sur ce qu’elle croit être un cadavre pendu… qui se révèle être un mannequin. Le début d’une histoire écrite à six mains (Pino Boller, Massimo Franciosa et Luisa Montagnana), sans compter celles du réalisateur, Umberto Lenzi. Un habitué de la maison, qui signait ici son septième thriller après Orgasmo, Si douces, si perverses, Paranoïa, Meurtre par intérim, Le Tueur à l’orchidée et Le Couteau de glace.
Vis-à-vis de Spasmo, projet qu’il reprend après le départ de Lucio Fulci, Umberto Lenzi exprime tour à tour un sentiment d’attachement ou de rejet. « J’ai accepté de le réaliser pour une question d’argent » assure-t-il. « Franchement, l’histoire était ridiculement compliquée ; elle n’avait aucun sens. Elle fonctionne d’autant moins que le héros est un fou dont le frère est aussi fou que lui. Au cinéma, ce genre de choses ne marche pas aussi bien qu’en littérature, car il est nécessaire de profondément pénétrer les pensées du personnage pour y croire. Alfred Hitchcock l’a très bien orchestré sur La Maison du docteur Edwardes, mais en se prêtant à une véritable psychothérapie. Dans Spasmo, on tarde trop à dévoiler la vérité. »
En des circonstances différentes, en présence d’autres interlocuteurs, Lenzi se montre nettement plus satisfait de ce suspense à tiroirs dans lequel l’héritier d’une fortune industrielle voit les morts se multiplier autour de lui. « Spasmo m’a attiré parce qu’il s’agit d’un suspense authentiquement psychologique. Tout se déroule dans la tête des personnages, des gens d’une catégorie sociale élevée qui n’en sont pas moins instables, rongés de l’intérieur. Plutôt que d’obéir aux stéréotypes, je m’y suis refusé à déshabiller des filles ou à faire couler le sang. » Du moins à ne pas le montrer couler. Ce qui, justement, désarçonne les amateurs de giallo et, plus encore, le distributeur américain, qui s’empresse de produire sa propre version en ajoutant dix minutes de métrage tournées spécialement pour l’occasion. Par qui ? Par un George Romero dans la dèche, alors à la recherche d’un boulot, n’importe lequel. Certainement pas de gaîté de coeur, il filme l’assassin à l’oeuvre, mais aussi quelques minutes d’explication de texte destinées à fluidifier une intrigue que Lenzi a voulu mystérieuse. À ce titre, le réalisateur italien truffe son film d’images de mannequins dans des postures morbides. Un détail baroque, totalement en accord avec les atours fétichistes du giallo. Et un hommage au Mario Bava de 6 femmes pour l’assassin et Une hache pour la lune de miel ? Umberto Lenzi ne le dit pas, préférant défendre la thèse qu’avec Orgasmo, il a relancé le genre un an avant Dario Argento et son Oiseau au plumage de cristal

Marc Toullec