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DVD MAD (N°329)

Happy Birthday to Me

Un amateur peu éclairé pourrait croire que le slasher est apparu aux États-Unis. Et pourtant, le genre naît pratiquement au Canada en 1974 avec Black Christmas. Le pays en produira bien d’autres : Terreur à l’hôpital central, Meurtres à la St-Valentin, Le Bal de l’horreur, Le Monstre du train, Curtains, La Malédiction de l’île aux chiens… Et Happy Birthday to Me, dont les producteurs, André Link et John Dunning, sont aussi ceux de Meurtres à la St-Valentin. Des pionniers du cinéma populaire canadien, puisque les deux patrons de Cinépix ont également donné sa chance à David Cronenberg avec Frissons puis Rage. L’initiative du film leur revient. Ayant remarqué que de nombreux thrillers horrifiques se situent durant des fêtes ou des dates importantes (Halloween, vendredi 13, Noël, la Saint-Valentin…), le duo imagine un slasher dont le titre comporterait le mot « birthday ». « Après tout, tout le monde a un anniversaire ! » plaisante à moitié John Dunning, convaincu de tenir là une formidable idée de marketing. Malheureusement, l’argument est un peu court pour servir de charpente à un script. C’est le scénariste John C.W. Saxton, professeur à l’université de Toronto et auteur pour Cinépix du manuscrit de Ilsa, la louve des SS, qui s’y colle. L’homme rassemble toutes les figures qui lui sont imposées dans un ensemble homogène, mais le résultat ne sera pas à la hauteur des attentes des producteurs. André Link et John Dunning refusent sa copie et engagent deux nouveaux scénaristes, dont Peter Jobin, principal auteur de cette histoire où les membres d’un petit club très fermé d’une université chic disparaissent les uns après les autres. Gorge tranchée, pic à brochette enfoncé dans le cou, tête réduite en bouillie par une roue de moto, coups de couteau dans le ventre… La responsable de ce massacre serait le personnage de Virginia Wainwright, en tout cas dans la version du scénario datée d’avril 1980. Mais le metteur en scène et ses producteurs n’ont pas envie de faire de Melissa Sue Anderson, comédienne fraîchement sortie de La Petite maison dans la prairie, une tueuse psychopathe téléguidée par un esprit maléfique… D’ailleurs, qui est ce réalisateur peu désireux d’égratigner une icône virginale de la télévision ? C’est le vétéran J. Lee Thompson (Les Canons de Navarone, L’Or de Mackenna, La Conquête et La Bataille de la planète des singes, Le Justicier de minuit), arrivé sur le film un peu par hasard en raison de sa connexion avec Charles Bronson, que John Dunning et André Link avaient contacté pour un projet de polar. Thompson ayant tenu les rênes des Nerfs à vif en 1962, sa présence au générique de Happy Birthday to Me fait bonne impression. Pas étonnant, donc, que cette production Cinépix soit mieux ficelée que la moyenne des représentants du genre. 

 

Marc Toullec