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DVD MAD (N°327)

RE-ANIMATOR

En attendant une quatrième aventure médico-cabalistique de Herbert West, le premier Re-Animator revient en DVD et Blu-ray, muni cette fois de sa version longue que nous vous proposons ce mois-ci en pack avec le magazine.

Comment, Stuart Gordon, directeur d’un petit théâtre d’avant-garde et metteur en scène de ses propres pièces, se transforme-t-il un jour en réalisateur de film d’horreur ? En discutant tout simplement, un soir, avec des amis. À propos des vampires au cinéma, puis des adaptations du Frankenstein de Mary Shelley. « As-tu lu Herbert West, réanimateur de Lovecraft ? » lui demande quelqu’un. Embarras de Stuart Gordon qui, bien que féru de l’écrivain, ne connaît pas cette nouvelle, justement écrite en réponse ironique à Mary Shelley, mais introuvable en librairie et chez les bouquinistes. Le metteur en scène, piqué au vif, la découvre à la Chicago Public Library. Coup de foudre pour son sinistre apprenti sorcier, Herbert West, distillateur d’un élixir capable de ressusciter des morts sur lesquels il perd immédiatement tout contrôle. Stuart Gordon envisage d’abord une adaptation sur les planches, puis une série TV en treize épisodes… Pas très réaliste. Loin de Hollywood, il ne pense pas spontanément à en tirer un long-métrage. C’est un ami, Bob Greenberg, expert en effets spéciaux visuels, qui lui en souffle l’idée et lui présente dans la foulée un certain Brian Yuzna, un producteur qui n’a encore rien produit (mais qui a tout de même tourné un obscur court-métrage amateur, Self Portrait in Brains). L’homme de la situation car, après avoir vu durant son enfance Le Tueur au cerveau atomique et Le 7ème voyage de Sinbad, celui-ci développe depuis un goût immodéré pour l’horreur, en réaction aussi à son éducation judéo-chrétienne. Immédiatement, il persuade Stuart Gordon d’abandonner l’idée d’une micro-production en noir et blanc, couchée sur une pellicule 16 mm. Une conception expérimentale qui aurait lorgné sur le Eraserhead de David Lynch. Brian Yuzna veut plutôt conférer au projet un style décomplexé à la Evil Dead, avec des moyens plus « cossus ». Encore que le budget réuni (900.000 dollars) soit très modeste, en accord avec ses trois petites semaines de tournage, ses comédiens inconnus et ses effets spéciaux bricolés par des petits génies du système D. 

Si la mayonnaise n’avait pas pris, leur Re-Animator n’aurait été qu’une série B laborieuse, mal fagotée, baignant dans le gore puéril des productions Troma. Contre toute attente, la décoctiondu tandem Gordon/Yuzna fait des merveilles etcrée la surprise par son incongruité. Porté sur les excès potaches et un burlesque horrifique qui s’autorise même de paillardes saillies érotiques sur la personne de Barbara Crampton, Re-Animator électrise les spectateurs dès ses premières projections au Marché du Film de Cannes. Même enthousiasme débordant à Avoriaz. En France, 635.284 spectateurs viennent célébrer le film en salles. Des amateurs de cinéma de genre, mais aussi des curieux, alléchés par les critiques d’une presse généraliste prise à revers par le ton du film. Gros succès, y compris aux États-Unis, surtout en VHS. « Les recettes ont été considérables, mais je n’en ai pas vu la couleur » s’agace Brian Yuzna qui se rend vite à l’évidence que son distributeur domestique et vendeur international, la firme Empire de Charles Band, met beaucoup de mauvaise volonté à honorer son contrat. Il lui intente un procès, en dépit de nouvelles associations sur From Beyond : aux portes de l’au-delà et Dolls. La rançon du succès. Yuzna réalisera lui-même Re-Animator II, la fiancée de Re-Animator et Beyond Re-Animator. Encore aujourd’hui, malgré ses difficultés à trouver des financements solides, il persiste à monter un quatrième Re-Animator. Peut-être une autre séquelle, peut-être un reboot/remake de l’original. Inévitablement, Herbert West reviendra un jour injecter sa potion magique dans des cadavres frais, toutes les grandes franchises de l’horreur des années 70 à 80 ayant effectué des retours plus ou moins heureux au cinéma depuis le début des années 2000. Alors, pourquoi pas lui ?

Marc Toullec