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DVD MAD (N°322)

Entre le milieu des années 70 et le milieu des années 80, le 7e Art s’empare frénétiquement des écrits de Stephen King : Carrie, Les Vampires de Salem, Shining, Cujo, Dead Zone, Christine… Flatteur pour le romancier qui, s’il n’aime pas trop la façon dont ses livres ont été adaptés, doit bien reconnaître la valeur cinématographique de ces films. Dans le lot, Charlie tient le rôle du mal-aimé, du petit frère moins brillant que ses aînés. Pourtant, comparé à certains de ses cadets, en particulier Horror Kid/Les Démons du maïs et Peur bleue, il échappe largement au titre de lanterne rouge. Certes, on s’interrogera toujours sur ce qu’aurait pu donner cette histoire sous le patronage de John Carpenter, premier réalisateur pressenti mais qui, après avoir suivi pendant plusieurs mois l’écriture d’un script approuvé par King lui-même, est démis de ses fonctions par la production suite à l’échec de The Thing. Bien décidé à rentabiliser le million de dollars qu’il a dépensé pour acheter les droits du livre, le producteur Dino De Laurentiis, avec le soutien d’Universal, porte finalement son choix sur Mark L. Lester, transfuge de la série B un peau beauf que le succès inattendu de Class 1984 (Un justicier dans la ville sur les bancs de l’école) transforme en cinéaste commercialement viable. En quelques mois, le réalisateur passe d’une petite production qu’il contrôle intégralement à une grosse production où il ne contrôle rien. Bienvenue à Hollywood. Sur Charlie, Mark L. Lester se brûle vite les ailes. « Le projet le plus difficile de toute ma carrière » se rappelle-t-il. « Le scénario était beaucoup trop épais, avec plus de deux cents pages alors qu’il en aurait fallu cent de moins. John Carpenter et son scénariste y avaient notamment abandonné le méchant le plus intéressant du roman, Rainbird, un agent du gouvernement d’origine indienne, au profit d’une scientifique. » De plus, les effets spéciaux pyrotechniques réglés en direct devant les caméras, en particulier la colère finale de l’héroïne avec force boules de feu, se révèlent aussi fastidieux que dangereux, même si bien heureusement, personne ne fut blessé. Des conditions de tournage rendues encore plus difficiles par le choix de Dino De Laurentis de faire appel à une équipe technique italienne afin de réduire les coûts, sans se soucier des problèmes de communication ainsi engendrés. Ajoutez à cela l’infection de l’oeil contractée par George C. Scott à cause de la lentille de contact qu’il doit porter (d’où une absence de plusieurs jours qui désorganise l’agenda de tournage), le remplacement de dernière minute par Martin Sheen d’un Burt Lancaster hospitalisé d’urgence, les obligations imposées par l’emploi d’une enfant de huit ans dans le rôle de l’héroïne (Drew Barrymore)… Rien ne semble avoir été épargné à Mark L. Lester, pas même la désinvolture du groupe Tangerine Dream qui, sans savoir vu une image du film, lui expédie une bande originale synthétique et lui propose d’en disposer à sa convenance. Un authentique parcours d’obstacles et, au bout du tunnel, un box-office décevant en regard des efforts consentis. Le film ne perdra cependant pas d’argent. Et son réalisateur ne se sera pas décarcassé en vain : impressionné par le boulot accompli et les difficultés surmontées, le producteur Joel Silver lui offre de diriger Arnold Schwarzenegger dans Commando. Bien entouré, Mark L. Lester en fera sa plus belle réussite. 

Marc Toullec