5

DVD MAD (N°321)

The Ranger

THE RANGER de Jenn Wexler

Toujours tentant de tourner un slasher quand on se lance dans la réalisation de son premier long-métrage. C’est le cas de Jenn Wexler, auparavant auteure de deux courts et productrice de quelques bandes plus ou moins obscures, de God’s Country, Off Route 9 en 2009 à Psychopaths en 2017. Sevrée à Buffy contre les vampires et Scream, qu’elle découvre à dix ans, Jenn Wexler entend leur rendre hommage avec The Ranger, ainsi qu’à Urban Legend, Souviens-toi... l’été dernier. Encore étudiante, elle obtient un poste de stagiaire chez Fearnet, une éphémère Web TV branchée cinéma de genre que lancent Lionsgate et Sony. Mais c’est surtout au sein de la société new-yorkaise Glass Eye Pix de Larry Fessenden (voir Rencontre page 86) que la jeune femme apprend le métier, travaillant à la production de plusieurs projets.
Elle franchit donc le pas avec The Ranger, un slasher d’obédience rurale malgré le côté néo-punk de ses « héros » qui se réfugient dans un chalet au fond de la forêt après avoir poignardé un flic. Et les voici confrontés aux souvenirs qui hantent les lieux : un traumatisme profond qui se matérialise sous la forme d’un ranger intraitable, très à cheval sur le règlement… Le psychopathe parfait, qui n’attend qu’une étincelle pour passer à l’action.
Pas de grandes innovations mais plusieurs bonnes idées dans ce script qui, pour Jenn Wexler, constitue un premier aboutissement. Elle le mûrit depuis des années avec Giaco Furino, son camarade de plume depuis les bancs de l’université. « Un rêve total » déclare-t-elle. « Obsédée par les films d’horreur depuis l’adolescence, je n’attendais que l’occasion d’en tourner un. Ayant beaucoup appris sur les productions Glass Eye Pix, je me suis sentie prête au bout d’un certain temps. » Prête à apporter sa touche toute personnelle au genre, discrètement nostalgique avec ces punks d’un autre âge, un cadre si isolé de tout qu’il élimine d’emblée les smartphones et la technologie, ses effets spéciaux gore à l’ancienne… Naturellement, quand elle parle de son film, Jenn Wexler paye sa dette envers ceux qui l’ont guidée. « Tous les classiques de l’horreur des années 80 ! The Ranger est ma réponse à Taryn, la punkette de Freddy 3 – les griffes du cauchemar, incarnée par Jennifer Rubin. Punk, elle le devient dans ses rêves, avant que Freddy Krueger ne la tue par overdose à l’aide des seringues qui lui poussent au bout des doigts. Ça m’a rendue folle ! Il fallait que je rende au film la monnaie de sa pièce. » Et aussi au Retour des morts-vivants, à Repo Man, Class 1984, Smithereens ou Suburbia, que la réalisatrice cite volontiers. Leur point commun : la punkitude et, toujours, les années 80. « Le personnage du Ranger compte beaucoup dans cette histoire » signale Jenn Wexler. « À l’origine, dans la première version du scénario, il était le tueur typique de slasher, sa fonction n’était que d’aligner les cadavres. Nous avons retravaillé le scénario de manière à développer les liens psychologiques entre les protagonistes. De croquemitaine basique, le Ranger s’est transformé en symbole de la figure autoritaire qui essaie par tous les moyens de brimer la personnalité des plus jeunes, de les faire entrer dans un moule. » Une petite dimension métaphorique pas négligeable dans un registre qui se distingue fréquemment par sa gratuité. 

Marc Toullec