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DVD MAD (N°320)

Mayhem

MAYHEM de Joe Lynch

Ah, les joies du bureau, entre les blagues navrantes du collègue boute-en-train et le dédain du boss qui part en week-end en décapotable… Heureusement, Mad vous offre ce mois-ci l’exutoire rêvé avec Mayhem, où comment un virus transforme une entreprise en beau bordel !

Quand le scénario de Mayhem atterrit sur son bureau, Joe Lynch se sent d’autant d’autant plus concerné qu’à cette époque, il occupe un poste dans une grande entreprise. « Le cinéma indépendant ne fait plus vivre son homme » explique-t-il. « Avec des budgets de plus en plus serrés, le piratage et tout le reste, il faut survivre entre les films. Alors, pour pouvoir payer mes factures et remplir mon frigo toute l’année, je reprends régulièrement ce travail. » Le voilà donc rond de cuir entre Détour mortel 2, un sketch pour Chillerama, Knights of Badassdom, Everly, différents courts-métrages et Mayhem.
Joe Lynch se dit justement concerné parce que Mayhem s’attarde sur le cas d’un grand cabinet juridique, entreprise au capitalisme exacerbé où règne la loi du plus fort et, surtout, du plus vicelard. Mais un beau jour, l’ensemble du personnel se trouve mis en quarantaine huit heures durant, le temps que les effets d’un dangereux virus, appelé « OEil rouge », se dissipent. Durant ce laps de temps, les employés se transforment en êtres hargneux et violents à la moindre contrariété. C’est justement ce jour-là qu’a choisi un jeune avocat fraîchement renvoyé pour venir faire valoir ses droits auprès du directeur, avec la complicité d’une plaignante éconduite. « Cette histoire m’a d’autant plus interpellé que je me suis aussitôt identifié au héros » souligne Joe Lynch. « Je partageais sa frustration. « C’est moi » me suis-je dit. « Je suis ce personnage. » Qu’importent les moyens qu’on me donne, qu’importe l’agenda de tournage, je veux réaliser ce film ! » Le réalisateur et ses producteurs envisagent alors un tournage aux États-Unis. « Nous avons étudié la possibilité de plusieurs villes. Nous avons déchanté. Pittsburgh nous offrait exactement quinze jours de tournage, la Nouvelle-Orléans un de plus… À Vancouver, au Canada, c’était dix-sept ! Comment voulez-vous faire du bon boulot dans des conditions pareilles ? Cela comprend l’action, les effets spéciaux et également le travail avec les comédiens. Je me suis alors souvenu que j’avais tourné Everly en Serbie, pour des raisons essentiellement économiques. Je gardais un excellent souvenir de l’équipe technique, ses membres s’étant investis à 100 %. » Un nouveau devis est établi : 25 jours de tournage dans la capitale, Belgrade. Bingo. En mars 2016, Joe Lynch peut y tourner Mayhem, anciennement Rage. Il s’y prend si habilement que rien ne trahit la délocalisation, les extérieurs se limitant à une esplanade devant un immeuble moderne. Un drapeau américain et quelques véhicules estampillés SWAT participent à l’illusion. Le tournage se déroule en mars 2016, soit six mois avant que Donald Trump n’accède à la Maison-Blanche. Prémonitoire dans la mesure où le scénario cloue au pilori le capitalisme sauvage que le président prône depuis toujours. « L’humour m’a paru constituer le meilleur des moyens d’expression pour aborder ce thème, pour dire ce que nous avions à dire » appuie Joe Lynch. « Ayant grandi avec les films de Paul Verhoeven, de RoboCop à Starship Troopers, cela m’est venu naturellement. Je dois aussi reconnaître ma dette envers Comment se débarrasser de son patron, une comédie que j’adore depuis que je suis gosse. » Avec Jane Fonda, Dolly Parton et Lily Tomlin, elle décrit les tentatives de trois secrétaires pour éliminer l’un des cadres supérieurs de leur entreprise. Un horrible macho. « Naturellement, plutôt que vers la comédie, j’aurais pu orienter Mayhem vers le conventionnel film d’horreur, un truc sérieux avec des infectés. Ce n’était pas du tout ma démarche ! » La sienne, Joe Lynch la compare aux passagers d’un avion qui, bien que sachant que l’appareil va bientôt se crasher, racontent des blagues. « Et que Donald Trump aille se faire foutre ! » ajoute-t-il pour défendre le choix d’un Asiatique dans le rôle principal, en l’occurrence Steven Yeun, transfuge de The Walking Dead. « Steven appartient à mon Amérique ! »

 

Marc Toullec