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DVD MAD (N°315)

Les Bêtes féroces attaquent

Entre pamphlet écologique et pur mondo movie, un film d’horreur italien assez différent de ses petits camarades des années 80.

L’ex-scientifique Franco Prosperi se sera focalisé durant sa carrière cinématographique sur un seul genre : le « mondo », des documentaires sensationnalistes basés sur des images censément réelles. Auprès de Paolo Cavara et Gualtiero Jacopetti, il en est même l’un des inventeurs avec Mondo Cane en 1961. Un immense succès. La fiction, le cinéaste ne l’aborde vraiment qu’à travers Les Bêtes féroces attaquent, projet présentant tout de même de nombreux aspects « mondo ». Surtout lorsque des rats sont passés au lance-flamme et qu’une feuille de boucher fend le crâne d’un herbivore avant que des fauves ne s’en régalent.

À l’heure où, en ce début des années 80, les réalisateurs et producteurs italiens ne jurent que par les copies plus ou moins conformes de Zombie, d’Alien et de Mad Max 2, Prosperi se passionne pour Roar, film américain de Noel Marshall dans lequel humains et fauves non dressés se mêlent dans des images d’une authenticité inédite, où le danger se mesure à chaque instant. Une particularité qui ne peut que frapper un documentariste avide de chocs visuels. Même si Roar n’appartient pas au domaine de l’horreur, l’artisan des Mondo Cane se lance dans sa relecture saignante et urbaine. Un projet coûteux : 4 millions de dollars, soit beaucoup plus qu’une cannibalerie ordinaire ou qu’une basique invasion de morts-vivants. Ainsi nait Les Bêtes féroces… qui, sous prétexte d’une eau empoisonnée par des seringues de junkies abandonnées, envoie sur une ville allemande les pensionnaires enragés d’un zoo, aidés par des rongeurs issus du sous-sol… Ce sont donc des tigres, un ours blanc, un harde de quatre éléphants, un guépard et même un troupeau de bovins qui prennent la tangente, certains à Francfort, d’autres à Johannesburg, ou encore dans le métro romain (le tigre), selon les nécessités d’un tournage fidèle aux velléités documentaires de Prosperi. Les images qu’il engrange sont assez sidérantes et laissent augurer des difficultés d’un tournage ayant dû nécessiter des multitudes de prises. Pas étonnant que trois dresseurs aient été en permanence réquisitionnés, prêts à intervenir au moyen de fusils hypodermiques. Malgré les précautions, l’actrice principale prévue, Tisa Farrow, préfère quitter le projet, abandonnant son personnage de vétérinaire à la Franco-Australienne Lorraine De Selle. Quant au rôle principal, il va à Antonio De Leo, alias John Aldrich, un moustachu dépoitraillé dont il s’agit là de la première et dernière prestation cinématographique. Un interprète sans la moindre expérience. Pourquoi l’avoir choisi ? Parce qu’il travaille alors en tant que dresseur dans un cirque. Mais s’il parvient à composer sans désagrément avec le tigre, l’ours blanc manque de lui arracher la tête…

On l’aura compris : Les Bêtes féroces… vaut essentiellement pour ses séquences d’animaux lâchés dans un environnement qui n’est pas le leur. Pour ajouter du sel au récit, Prosperi ne mégote ni sur les effets spéciaux gore ni sur les cascades, passablement exagérées d’ailleurs. En mode film-catastrophe à la Airport, il expédie même un avion dans le décor, puis termine le spectacle sur ce qui s’apparente à une préquelle des Révoltés de l’an 2000, les enfants commençant à se montrer à leur tour très agressifs. Ce qui s’appelle manger à tous les râteliers. Un festin de courte durée toutefois : Les Bêtes féroces attaquent marque également l’arrêt des activités cinématographiques de Prosperi. Qui revient peu après à l’ethnographie et à la zoologie, sa vocation de base.

 

Marc Toullec