DVD Mad n° 278 - L'Horrible invasion
10/10/2014

DVD Mad n° 278 - L'Horrible invasion

L'Horrible invasion

0

À la manière de TARANTULA, classique de la SF des années 50, L’HORRIBLE INVASION exploite l’arachnophobie du public. Et, pour y parvenir, il emploie la manière forte, avec 5000 véritables tarentules.


Naturellement, un succès suscite toujours des vocations, des imitations. Et quand le succès en question porte le titre des Dents de la mer, il entraîne dans son sillage un nombre invraisemblable d’ersatz et succédanés : Piranhas, Orca, Tentacules, Grizzly, le monstre de la forêt, Le Bison blanc et L’Incroyable alligator… À l’exception du premier, beaucoup de grosses bêtes. Mais certaines, plus petites et bien plus nombreuses, peuvent elles aussi remplir avantageusement le cahier des charges de l’agression animale cinématographique. Comme les araignées de L’Horrible invasion, des tarentules qui, par milliers, déferlent sur la petite localité rurale de Camp Verde, Arizona. Premières victimes : du bétail, un chien… Et c’est ensuite au tour des bipèdes de tester le poison de leur venin, surtout que le maire, à la manière de celui de Steven Spielberg, se refuse à annuler une foire agricole. Une aubaine pour les arachnides, rendus plus méchants encore par l’usage inconsidéré de pesticides pourtant censés les tuer. Un petit message écolo au passage, pour se donner bonne conscience et justifier une belle enfilade de scènes-chocs où les mygales tiennent leur rang, même si, dans la réalité, ce sont les plus inoffensives des grosses araignées, leur morsure s’avérant beaucoup moins douloureuse que la piqûre d’une abeille.

Comment, justement, donner l’illusion du danger à l’écran, simuler une agressivité grandement exagérée ? Les effets spéciaux digitaux n’existant pas encore, il y a toujours une possibilité : utiliser une dizaine de spécimens et, pour le reste, laisser l’imagination du spectateur faire le travail. Délicat dans le cas de ce scénario. Le producteur Igo Kantor et le réalisateur John « Bud » Cardos s’accordent pour mobiliser des milliers d’authentiques araignées.« 5000 » garantit le premier qui, pour certains plans d’ensemble, se replie malgré tout sur le renfort de répliques en plastique. Unique dans les annales du genre, bien qu’en 1955, le monstre géant de Tarantula est, lui aussi, une authentique tarentule, combinée avec des transparences. Pas un problème pour les comédiens. En revanche, ceux de L’Horrible invasion doivent directement composer avec leurs partenaires à huit pattes velues. Sachant que la plupart des acteurs risquaient de s’enfuir à la première prise, Kantor et Cardos adoptent un stratagème à l’occasion des auditions. À chacun des postulants, ils posent une tarentule sur l’épaule et observent sa réaction. 

Parmi ceux-ci, un certain William Shatner, Capitaine Kirk miraculeusement disponible entre la série TV Star Trek et sa première déclinaison cinématographique. Il s’accommode très bien des tarentules, se montrant même prêt à s’en poser une sur le visage, qui sera littéralement collée à sa peau afin de ne pas déguerpir trop vite. C’est sans doute après avoir pris connaissance de ce passage du scénario que Bo Svenson déclina l’offre d’incarner le vétérinaire Rack Hansen. Finalement, William Shatner gardera un bon souvenir de ce tournage pas comme les autres. Des années plus tard, au début des années 90, la firme 21st Century de Menahem Golan lui offrira de réaliser L’Horrible invasion 2. Le projet ne verra pas le jour, pas plus que la version 3D annoncée il y a quelque temps. Pourquoi donc ? Simplement parce que, depuis 1977, les araignées ont proliféré sur les écrans, à la faveur des images de synthèse, souvent dans des téléfilms assez minables. Une concurrence excessivement sévère et un potentiel de terreur par conséquent altéré…

 

Marc Toullec