FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHE-SUR-YON 2017
18/12/2017

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHE-SUR-YON 2017

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Du 16 au 22 octobre derniers, l’événement vendéen (FIF-85 pour les intimes) ouvrait ses portes à beaucoup de choses, comme des Chinois animés et avides, du slasher finlandais, un Jackie Chan en vacances, ou encore un Johnnie To resté scandaleusement inédit.

« Une stimulante volonté d’ouverture » écrivions-nous l’an passé à propos du Festival International du Film de La Roche-sur-Yon, qui a gentiment repris cette citation dans son matos promotionnel. À raison, car ces quelques mots s’appliquent tout aussi bien à l’édition 2017. Le Grand Prix du jury est même allé à un long-métrage d’animation, Have a Nice Day de Liu Jian, un artisan solitaire qui semble bien décidé à faire sortir le cartoon chinois du ronron des productions enfantines. Il nous raconte ainsi une nuit cruelle, pendant laquelle divers personnages s’agitent autour du pactole volé à un patron par un de ses employés. Mais le prétexte policier s’estompe vite au profit de la peinture de différents caractères, représentant une société chinoise unanimement rongée par l’ambition et la rapacité. Du coup, le résultat fait songer, aussi bien dans les thèmes que dans le graphisme, aux films d’animation du Coréen Yeon Sang-ho, en particulier l’excellent The Fake.

Pour nous, l’autre événement de taille était la masterclass donnée par Saïd Ben Saïd, le producteur français du dernier Paul Verhoeven, Elle. Nous en avons profité pour recueillir un passionnant entretien que vous retrouverez dans le numéro de décembre de Mad Movies. Au sein des mêmes pages, vous pourrez lire un ensemble sur le génial A Ghost Story de David Lowery, qui a fait l’objet d’une avant-première spéciale à La Roche.

Pour le reste, notre terrain de chasse privilégié était bien entendu la section « Variété », dédiée au fantastique et au cinéma de genre. Outre Pris au piège d’Álex de la Iglesia, on pouvait par exemple y voir l’intéressant slasher Lake Bodom, qui demande quelques explications. Le lac Bodom a en effet été le siège d’un des plus retentissants faits divers de l’Histoire de la Finlande, quand de jeunes campeurs y ont été massacrés il y a plusieurs décennies sans qu’on puisse jamais prouver si le seul survivant était le tueur ou non. Mais le film de Taneli Mustonen ne raconte pas ces événements : situé de nos jours, il suit quatre lycéens qui se rendent sur place pour s’amuser à reconstituer les conditions du drame. Et comme ils ont tous des motivations secrètes qu’ils cachent aux autres, les coups de théâtre se succèdent au fil d’une œuvre joliment emballée en Scope.

Les petits, eux, avaient droit à Kung Fu Yoga de Stanley Tong, où Jackie Chan essaie de se relancer dans les indianajoneseries à la Opération condor. Bardé de numérique, le résultat est bien sûr assez ringard et indigeste, mais il peut amuser par son exotisme multiple, témoin d’une volonté délibérée de contourner l’Occident. Les acteurs principaux sont en effet pour moitié des stars de Bollywood, et une partie de l’action se passe dans les monarchies du Golfe. Or, comme l’expliquait la programmatrice Aurélie Godet, la coproduction avec l’Inde a finalement tourné en eau de boudin, et le grand projet géopolitique des Nouvelles Routes de la Soie, porté par les autorités chinoises, n’a donc pas l’air gagné d’avance.

Cependant, l’amateur de cinéma de Hong-Kong était surtout intéressé par la projection de Three, le dernier film inédit de Johnnie To. Sur le point d’être arrêté, un truand se blesse volontairement et est conduit dans un dortoir d’hôpital où transitent des tas de gens, ce qui rend extrêmement ardue la tâche des flics chargés de l’empêcher de s’évader. Le cinéaste nous gratifie ainsi d’un sidérant exercice de mise en scène en décor clos. À l’époque où To était encore à la mode (c’est-à-dire avant le pourtant très bon Vengeance avec Johnny Hallyday, paix à son âme), ce Three serait sûrement sorti en salles et aurait logiquement été salué comme une œuvre majeure. Heureusement qu’il reste des endroits comme La Roche-sur-Yon pour le voir sur grand écran.

Merci à Charlotte SERRAND, Karine DURANCE, Louisa FOURAGE, Paolo MORETTI et à toute l’équipe du FIF-85

 

Gilles Esposito