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DVD MAD (N°313)

The Monster

Après s’être frotté au genre casse-gueule du found footage avec Mockingbird, Bryan Bertino revient aux fondamentaux avec The Monster, une pure série B dont la réussite doit autant à l’efficacité de ses effets horrifiques qu’à l’interprétation d’un duo de comédiennes totalement investies.

Difficile de vivre dans l’ombre de son premier film. Bryan Bertino en sait quelque chose, lui dont le brillant coup d’essai – le home invasion The Strangers – a connu un succès critique et populaire qui a valu à l’Américain de devenir l’un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération. En dépit de ces débuts tonitruants, le cap du second long-métrage a été difficile à franchir pour le cinéaste, puisque Mockingbird, son effort suivant, n’a pas confirmé les espoirs placés en lui en dépit d’évidentes qualités. Alors, mort et enterré, le Bryan ? Certainement pas ! Comme il l’explique dans l’entretien ci-contre, l’échec de son found footage choral lui a finalement permis de remettre les compteurs à zéro afin de s’attaquer, l’esprit clair, à The Monster (ex-There Are Monsters) dont l’héroïne, Kathy (Zoe Kazan), est une mère de famille alcoolique qui néglige sa fille de douze ans, Lizzy (Ella Ballentine). Mais lorsque leur voiture tombe en panne au beau milieu de nulle part, elles sont contraintes de se serrer les coudes, surtout qu’une présence menaçante semble leur tourner autour… À l’évidence, The Monster marque un nouveau départ pour son créateur, qui renoue ici avec la veine plus intimiste et resserrée de The Strangers. Fort d’une maturité acquise au cours des ans, Bertino insuffle ici une bonne dose de substance à un scénario qui prend le temps d’illustrer les rapports tendus d’un duo mère/fille d’une terrassante authenticité. Malin, le scénario ne donne jamais raison à l’une ou à l’autre de ses héroïnes, créant ainsi une dynamique conflictuelle poussant régulièrement le spectateur en dehors de sa zone de confort, à l’image du remuant flash-back où Kathy et Lizzy s’insultent copieusement. Un pourrissement relationnel qui va littéralement prendre vie sous la forme d’une créature vorace qui, tapie dans l’ombre, attend le moment opportun pour frapper… Ouvertement influencé par des classiques du film de monstre comme The Thing ou Alien, The Monster bénéficie du talent d’un metteur en scène soucieux de soigner chacune des apparitions de son impressionnante créature (faite de latex, s’il vous plaît), sans pour autant sombrer dans un maniérisme formaliste préjudiciable au réalisme des situations. À la fois modeste et ambitieux, ce huis clos en plein air parvient donc à trouver le ton juste entre action et dramaturgie, à l’image d’un climax viscéral où les personnages décideront enfin d’affronter leurs démons. Au sens propre comme au figuré. 

Jean-Baptiste Herment