Ardennes, suite et fin ?
23/11/2017

Ardennes, suite et fin ?

Fabrice Du Welz

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Après avoir joué les « guns for hire » pour les besoins de l’efficace Message from the King, Fabrice Du Welz s’apprête à revenir aux fondamentaux grâce à Adoration qui clôturera sa « trilogie ardennaise » entamée en 2004 avec Calvaire et prolongée, quelques années plus tard, avec Alléluia. « J’ai déjà fait cinq films et je veux me réinventer », nous explique le cinéaste belge à propos de ce long-métrage dans lequel Paul, un garçon âge de douze ans, tombe amoureux de Gloria, une jeune schizophrène enfermée dans l’asile où sa mère travaille. Lorsque Gloria commet un meurtre, l’adolescent décide de l’aider à s’échapper de l’établissement… « Je veux me mettre en danger, car mon ambition artistique est totale ! », poursuit Du Welz avec tout l’allant qui le caractérise. « Bien sûr, je ne peux présager de rien, car le film n’est pas encore fait, mais je veux qu’il suscite une forte émotion même si le résultat se situera évidemment en eaux troubles, à l’image de Calvaire et d’Alléluia. »

Et à l’instar de ses prédécesseurs, ce troisième volet bénéficiera d’une distribution de choix (Emmanuelle Béart, Béatrice Dalle, Laurent Lucas et Benoît Poelvoorde sont d’ores et déjà annoncés) bien que le réalisateur soit toujours à la recherche de l’interprète idéal pour camper le rôle de son héros. « Je compte faire un casting sauvage et trouver un gamin vraiment singulier, car il aura en face de lui Fantine Harduin (en haut sur la photo, NDLR) qui est prodigieuse et que l’on a pu voir dans le Happy End de Haneke », témoigne l’auteur de Vinyan. « Il faut donc mettre la main sur un couple qui fonctionne, que le gamin possède une certaine innocence dans les rapports amoureux. » Non content de bénéficier de la présence de comédiens de premier ordre, Adoration pourrait également marquer une étape importante dans la carrière de Fabrice Du Welz qui cherchera à épurer son style tout en s’éloignant de certains codes du genre horrifique : « C’est un film à la violence graphique moins prononcée que les autres. » Puis de préciser : « Le film sera très ténu, une vraie Balade sauvage. Je vais vraiment essayer de faire quelque chose qui sera plus proche de Franju que de Tobe Hooper. » Et le metteur en scène de nous confirmer qu’il tournera une nouvelle fois en pellicule (« C’est Manu Dacosse qui se chargera de la photo », ajoute-t-il), le celluloïd restant l’un des outils indispensables à la création de SON cinéma. Un cinéma à la fois sensitif et jusqu’au-boutiste qui ne coïncide pas forcément avec les impératifs commerciaux des producteurs dits « populaires » comme le prouve son expérience houleuse avec la Petite Reine sur Colt 45. « J’ai envie de me réinventer et d’avoir le contrôle de mes films », conclut Du Welz en évoquant le cas de son futur bébé. « Je ne veux plus me perdre dans des œuvres de commande où je ne maîtrise rien. C’est fini pour moi tout ça. » Co-écrit par Vincent Tavier et Romain Protat (déjà aux côtés de Du Welz lors de la rédaction du script d’Alléluia), Adoration devrait donc permettre à son créateur de se concentrer sur l’essentiel : raconter une histoire. À sa façon. 

Jean-Baptiste Herment