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DVD MAD (N°312)

Creepy

Le réalisateur de Kaïro livre avec Creepy l’une de ses plus impressionnantes incursions dans le thriller, registre qu’il maîtrise selon un mode opératoire très personnel, basé sur une efficace économie de moyens. La preuve…

« Je suppose que Creepy présente des thèmes communs à mes autres films, puisqu’il oscille entre ordinaire et extraordinaire » revendique Kiyoshi Kurosawa. C’est indéniablement le cas de Creepy, qui débute en mode polar avec un interrogatoire dont le suspect s’enfuit, égorge une otage et blesse un policier. Un an plus tard, traumatisé par l’expérience, le flic responsable de l’affaire enseigne la criminologie à l’université. Lui et sa femme s’installent dans une nouvelle maison et essaient, chocolats à l’appui, de lier connaissance avec les voisins. Des gens repliés sur eux-mêmes, quasi indifférents à leur présence. L’un d’eux retient particulièrement leur attention : Nishino, supposé père d’une adolescente et mari d’une femme malade invisible. Tour à tour inquiétante et volubile, cette énigme vivante pique la curiosité de l’ancien policier… Une énième ghost story à la Ring ? Pas du tout, Kiyoshi Kurosawa n’étant pas cinéaste à reprendre de vieilles recettes. « Il est très difficile de réaliser un film de ce type au Japon avec une histoire originale » reconnaît-il. « Par chance, je suis tombé sur cet incroyable roman de Yutaka Maekawa dont j’ai tiré ce scénario. J’adore les thèmes qu’il aborde et l’idée que le criminel qu’on recherche vit peut être tout près de chez soi. Cette intrigue très simple était parfaitement adaptée à une production à petit budget, les lieux de tournage étant très abordables. » Rien de très coûteux en effet dans ce thriller dont l’économie de moyens force le respect : des lieux quelconques, des effets spéciaux a minima… « L’intrigue de Creepy s’appuie sur des faits réels » précise son réalisateur. « Ces 20 dernières années au Japon, des femmes et des enfants ont été séquestrés dans leur propre maison par des ravisseurs qui usurpaient l’identité du chef de famille. Le voisinage ne se rendait compte de rien. Pas étonnant car, chez nous, après la formalité de l’échange traditionnel de petits cadeaux lors de l’installation, les voisins ne se parlent plus. Des faits divers aux détails crus. Sans artifices fantastiques, le film aurait été à ce point réaliste qu’il aurait perdu sa dimension ludique. Malgré la noirceur du sujet, Creepy se devait de rester un divertissement. C’est dans ce but que j’ai créé le décor de la cave où le tueur cache ses victimes : cet espace déconnecté de la réalité est une manière de souligner que Creepy est bien une fiction. » Indéniablement, mais une fiction dont la banalité du décor crée immédiatement un trouble qui n’ira qu’en s’accroissant avec l’apparition de Nishido, serial killer d’autant plus inquiétant qu’il prend des allures de beauf parfois pitoyable. Mais, à son sujet, Kiyoshi Kurosawa ne veut pas trop en dire, comme il n’a pas voulu donner trop d’indications à son interprète, Teruyuki Kagawa, sinon d’en faire « quelqu’un dont la personnalité n’apparaît pas de prime abord. » Un contrat si bien rempli qu’on ne décèle jamais la nature exacte de ce tueur si attaché à la famille. « Insaisissable » comme le décrit le réalisateur. Et diablement pervers.

Marc Toullec

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