Le papa et la putain
31/10/2017

Le papa et la putain

Piercing

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Un jeune père de famille observe son nouveau-né avec la curieuse envie de le poignarder en se servant du pic à glace qu’il tient fébrilement dans la main. Conscient qu’il est au bord du gouffre, cet homme au passé trouble décide d’inviter une prostituée dans une chambre d’hôtel pour assouvir ses pulsions meurtrières… Voilà le point de départ aussi unique que provocant du roman Piercing écrit par Ryû Murakami, auteur japonais à qui l’on doit les non moins mémorables Audition et Miso Soup. Paru en 1994, ce livre toujours inédit chez nous (mais sorti depuis dans une très bonne traduction anglaise signée Ralph McCarthy) vient de se voir porté à l’écran par l’Américain Nicolas Pesce dont le premier long, l'hypnothique The Eyes of My Mother, est disponible en France depuis quelques semaines sur iTunes. « Le film se déroule pendant une nuit au cours de laquelle des choses imprévisibles vont arriver », explique le cinéaste au micro de Rue Morgue. « C’est un jeu du chat et de la souris où la souris devient le chat et le chat, la souris. » Huis clos dégraissé jusqu’à la moelle où deux victimes d'abus (campées par les comédiens Mia Wasikowska et Christopher Abbott) apprennent à se découvrir, Piercing devrait confirmer les espoirs placés en son réalisateur même si celui-ci promet que son nouveau bébé affichera une esthétique résolument différente de celle de The Eyes of My Mother. « C’est vraiment une ode aux gialli », affirme-t-il. « Par rapport aux autres films de ce genre, il s'apparente plus à un thriller à suspense à la Ténèbres ou Les Frissons de l’angoisse qu'à un hommage tape à l'oeil au giallo comme les récents Amer ou L’Etrange couleur des larmes de ton corps. » Plissken, Christian et Stan diront sûrement que c’est tant mieux. On se trompe ?

 

Jean-Baptiste Herment