Savior of the Universe !
19/10/2017

Savior of the Universe !

Thor : Ragnarok

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Marvel tient son rythme de trois films par an : après Les Gardiens de la galaxie Vol. 2 et Spider-Man Homecoming, le studio de Kevin Feige clôt (officiellement) sa trilogie consacrée au personnage de Thor. Après un premier opus sans saveur de Kenneth Branagh et un nanar cosmique bricolé par Alan Taylor, cette troisième itération tente une toute nouvelle approche.

Les détracteurs du système Marvel sont depuis des années ulcérés par un second degré toujours plus prégnant, incohérent au regard d'enjeux dramatiques aux répercussions interplanétaires. Difficile, pourtant, de mettre tous les longs-métrages produits par Feige dans le même panier, car si l'humour désamorçait en permanence les récits de Ant-Man et Spider-Man Homecoming, il enrichissait le très sérialesque Avengers de Joss Whedon et les deux blockbusters un peu punk de James Gunn. Jamais, toutefois, un film Marvel n'était allé aussi loin que Thor : Ragnarok dans l'auto-dérision, et l'on peut d'ores et déjà prévoir des débats houleux à la sortie des multiplexes. Oui, la gaudriole ininterrompue de cette aventure spatiale entre en conflit avec certaines données scénaristiques centrales, notamment la menace de destruction d'Asgard et les conséquences qu'elle pourrait avoir sur le peuple de Thor. A l'écran, certains gags s'enchaînent maladroitement avec des regards embués, et le spectateur sera bien incapable de se projeter viscéralement dans le périple des différents héros. Ceci étant dit, nous serons pour une fois les derniers à dénoncer la démarche de Marvel, Thor : Ragnarok étant en l'état à se tordre.

Réalisé par le néo-zélandais Taika Waititi, connu pour l'excellent Vampires en toute intimité et la série Flight of the Conchords, Thor : Ragnarok atteint dans ses meilleurs moments un timing comique à mi-chemin entre Mike Myers, Blake Edwards et les Z.A.Z.. Au-delà de caméos absurdes et d'un raccord hilarant au MCU (pour une fois, l'inclusion d'un personnage extérieur sert le film), Waititi sait exploiter le potentiel comique de chaque situation, qu'il s'agisse d'un duel entre Thor et Hulk vécu en grande partie du point de vue de Loki, ou de scènes de domination privant le protagoniste éponyme de toute virilité. Si l'univers coloré et fantasque est lui aussi mis à contribution pour soutirer au public quelques éclats de rire (cf. le vaisseau à orgies de Jeff Goldblum, d'autant plus évocateur en ces temps d'affaire Weinstein), Waititi parvient tout de même à livrer un hommage vibrant aux pages originelles de Jack Kirby, jusque dans les poses presque naïves du Dieu du Tonnerre. Peuplées de soldats du futur, d'aéronefs alambiqués, de valkyries chevauchant des chevaux ailés (bonjour, Ray Harryhausen), de démones maniant des pointes gigantesques et de géants de feu dévastant des cités entières, les scènes d'action regorgent de tableaux délicieusement sixties, liés par un Chris Hemsworth investi comme jamais. S'il souffre de sa nature hybride et d'un équilibre souvent précaire, Thor : Ragnarok reste l'un des divertissements les plus humbles et les plus généreux jamais sortis des usines Marvel. De là à faire un vrai bon film... l'avenir nous le dira.

Alexandre Poncet