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DVD MAD (N°311)

K-Shop

Un restaurateur qui sert à sa clientèle une viande humaine amoureusement mitonnée. Une intrigue pas follement originale, certes, mais personne avant Dan Pringle n’avait toutefois pensé à la situer dans un restaurant de kebabs, dont la carte ne se limite plus au boeuf, au mouton ou au poulet.

Le déclic à l’origine de K-Shop ne provient pas d’un écran de cinéma, mais du théâtre de la vie urbaine. Un spectacle auquel assiste Dan Pringle depuis les fenêtres de sa société de production, jusqu’ici spécialisée dans le court-métrage. Sous ses yeux, particulièrement les vendredis et samedis soirs, se déversent dans cette rue du sud de Londres des centaines de fêtards se ruant dans les bars et boîtes de nuit. Viande saoule, bagarres, beuglements, intervention des forces de l’ordre, ambulances venant récupérer les blessés et les comas éthyliques… Un spectacle pathétique au milieu duquel Dan remarque un endroit beaucoup plus calme : un kebab. La proximité du discret établissement avec les pubs du quartier stimule son imagination. « J’ai fusionné les deux endroits » résume-t-il, non sans avoir pris la peine d’ajouter au tableau un redresseur de torts, un punisher se plaisant à débiter ses contemporains en tranches. « J’aurais pu choisir un flic, un chauffeur de taxi ou n’importe qui. J’ai préféré opter pour un restaurateur. » Un certain Salah, jeune étudiant qui, dévasté par la mort de son père, reprend la gestion du kebab de ce dernier, implanté dans un quartier particulièrement agité. Accidentellement, il tue un premier client contrariant. Puis, délibérément cette fois, un dealer déglingué, puis encore deux filles bien imbibées… Que faire des cadavres ? Il les découpe, les désosse, et en récolte la chair, qui garnira bien vite la broche de son établissement, justement en manque de matière première. Une aubaine. Servie avec des frites, de la salade et du fromage, la viande grillée comble les noctambules affamés.

De son histoire macabro-gastronomique, Dan Pringle aurait pu faire un film d’horreur dans la lignée de Nuits de cauchemar ou de Massacre à la tronçonneuse 2. « Je ne suis pas sûr que K-Shop appartienne totalement à ce genre » précise-t-il. « Quand je vois un film d’horreur, c’est surtout la dimension psychologique qui m’interpelle. Disons que K-Shop relève en même temps du drame, du thriller et du récit de vengeance. » Un plat composé en somme, riche en épices diverses, particulièrement relevé lorsque, au comble de la folie, Salah finit par ne plus considérer ses victimes avinées comme des êtres humains. Pour lui, il ne s’agit que de spécimens issus d’une espèce différente de la sienne. « Moralement, ça le soulage, ça lui permet de continuer » explique le réalisateur. D’autant que, d’origine turque et kurde, le restaurat(u)eur ne possède pas les outils culturels qui lui permettraient de comprendre l’inclination de ses voisins à se « retourner la tête ». Vaste débat qui porte bien au-delà des thèmes souvent développés par un certain cinéma d’horreur plus « basique ». 

Marc Toullec