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DVD MAD (N°310)

Prevenge

Une femme enceinte réalise et interprète une fiction portant sur une autre femme enceinte. Un exutoire pour la première, à deux mois de l’échéance de sa grossesse…

Baby Blood, vous vous souvenez ? Prevenge, c’est un peu la même chose. La Britannique Alice Lowe en est la réalisatrice. Pratiquement une débutante dans l’exercice, puisqu’elle n’a alors à son actif que le court-métrage Solitudo, portrait d’une religieuse traquée par une abominable entité… Comédienne de formation (une cinquantaine de prestations à son tableau de chasse jusqu’à Prevenge, dont des apparitions dans Hot Fuzz et Le Dernier pub avant la fin du monde), elle se retrouve à 37 ans dans une situation préoccupante : enceinte et sans perspective professionnelle sur le long terme… Angoissante incertitude.
Alice Lowe a cependant une autre corde à son arc : elle écrit. Preuve (éclatante) en est avec le scénario de la comédie teigneuse de Ben Wheatley, Touristes (dont elle interprétait également l’un des deux rôles principaux). Prevenge s’inscrit dans la même mouvance satirique, en beaucoup plus méchant et transgressif. 
« Oui, je me trouvais en fâcheuse position à ce moment-là » explique Alice Lowe lorsqu’elle revient sur la genèse du projet. « J’avais des films en développement, mais tous s’enlisaient. Rien n’avançait. En revanche, le bébé, lui, allait bientôt arriver. » Une situation qui pousse Alice Lowe à écrire sur la maternité. « J’avais surtout en tête un projet simple à mettre sur pied, et j’ai proposé le film à un réalisateur. Il a adoré, mais il l’a aussi trouvé trop sombre, son domaine de prédilection étant… la comédie romantique. Il m’a conseillé de le tourner moi-même. J’ai suivi son conseil, la réalisation étant un désir que je cultive depuis longtemps. Je me suis néanmoins dit : « Tu es dingue ! Enceinte, tu n’en seras jamais capable, c’est un boulot de fou, surtout que tu vas aussi jouer le personnage principal. ». » Soit celui de Ruth qui, guidée par la voix de son foetus, élimine le gérant d’une animalerie, un animateur de soirée disco, une DRH… Rien que des personnages détestables, tous objets de la vengeance d’une femme inconsolable de la mort accidentelle de son compagnon. Un scénario en surface classique, dont l’originalité réside surtout dans les détails, la manière dont il tord le cou au politiquement correct. « Je tenais à dire qu’une grossesse est quelque chose de dangereux. J’ai mis dans Prevenge toutes mes peurs concernant la maternité. Toutes. »
Naturellement, Alice Lowe aurait pu attendre la fin de sa grossesse et, quelques mois après l’accouchement, remplacer sa gamine en gestation par un faux ventre. Très peu pour elle ; elle veut « profiter » de son état, en même temps que d’une aubaine inespérée. « J’ai présenté le synopsis de Prevenge à une société de production. Je m’attendais à ce qu’on m’indique la porte, mais c’est tout l’inverse qui s’est produit. Le producteur m’a répondu : « Oui, c’est une bonne idée. Allons-y ! ». » Elle achève le scénario en deux semaines. Un mois plus tard, le tournage commence. Il s’étend sur seulement onze jours, doté d’un budget d’environ 100.000 euros. La grossesse d’Alice Lowe atteint alors son huitième mois. Devant et derrière la caméra, elle assure. « Franchement, je ne pensais pas que ça se passerait aussi bien. J’avais prévu que, indisposée, je pourrais toujours suspendre la production pendant une journée. C’est possible sur un budget aussi réduit, mais je n’y ai pas eu recours. » Car, son premier long-métrage en tant que réalisatrice, Alice Lowe le mène au pas de charge, comme shootée à l’adrénaline, pressée par une échéance proche. Une énergie brute, étalée à l’écran comme une brutale auto-analyse.

MAD Team