Space Opérette
21/07/2017

Space Opérette

Valerian et la cité des mille planètes

114

Sur les vingt dernières années (depuis Le Cinquième Elément en somme, voire depuis la romance tordue, pour ne pas dire pédophile, de Léon), Luc Besson s'est évertué à épuiser notre patience et notre semblant de patriotisme. Le seul créateur "bankable" du cinéma de genre français s'étant illustré avec l'inepte trilogie des Minimoys, l'adaptation horripilante d'Adèle Blanc-Sec ou la philosophie de comptoir de Lucy, nous avons dû faire un effort d'objectivité proprement titanesque pour appréhender Valerian avec la neutralité qu'il méritait, ne serait-ce que pour ses efforts logistiques inédits dans nos contrées...

Se vantant lui-même depuis le lancement du projet de gérer le plus gros budget de l'histoire du cinéma européen (on parle tout de même de près de 200 millions d'euros), Luc Besson semble avoir voulu, avec Valerian, s'acheter une place dans le club des visionnaires quasi-indépendants de la S.F., comptant en son sein des noms comme George Lucas, James Cameron ou Steven Spielberg, sans avoir à gravir les échelons un à un et s'imposer par le talent. Ses précédents ouvrages dans le genre étaient en effet loin de poser des bases solides, Le Dernier Combat devant beaucoup à Pierre Jolivet et Le Cinquième Élément étant aujourd'hui d'une ringardise insupportable. La saga Arthur et les Minimoys souffrait, de son côté, d'une facture technique embarrassante et d'une écriture sans queue ni tête indigne d'un enfant de cinq ans. Sans prétendre que Valerian fût aisé à vendre auprès des investisseurs européens (et chinois, si l'on en juge par les logos d'ouverture et la moitié du générique de fin), on peut comprendre que l'entrerprise ait reçu une écoute bienveillante. Devant les promesses et l'enthousiasme sans doute communicatif de Besson, tous ont sans doute rêvé de prouver qu'un tel montage financier et créatif était viable en dehors du moule hollywoodien. "Valerian va autoriser de jeunes Français à rêver", confiait récemment le cinéaste aux grands médias nationaux, rappelant sournoisement l'absence totale d'alternative à son pharaonique Space Opera.

Seulement voilà, Valerian s'engouffre rapidement dans des erreurs conceptuelles, narratives et tonales tellement élémentaires qu'on se demande comment personne, tout au long des trois ans de production, n'a jamais pensé à tirer la sonnette d'alarme. Le couple de héros, point de repère supposé du public, n'existe objectivement pas : de sa première à sa dernière apparition, il n'obéït qu'à un jeu de "je t'aime – moi non plus" dilaté par des dialogues abscons, clamés mécaniquement par deux comédiens horriblement miscastés (ils n'y sont pour rien). En dépit d'un supposé "twist", le troisième acte n'éclaire absolument pas le postulat de base sous un angle nouveau. Au contraire, Besson se paie une bataille spatiale en flashback totalement inutile, alors que cette même séquence aurait pu être incluse au sein de la narration active, avec en son centre Laureline et Valerian ; en bref, avec des enjeux dramatiques un peu plus engageants. Le McGuffin, quoique inspiré directement de la bande dessinée de Mézières et Christin, transparaît à l'écran comme "un hérisson qui chie des perles" ; l'héroïne débloque le ventre mou du récit en enfilant une méduse magique sur sa tête ; la plupart des morceaux de bravoure (dont une scène sous-marine décalquée sur celle de La Menace fantôme) ne présentent aucun enjeu explicite, et ne découlent sur rien de concret ; des personnages secondaires semblent greffés à l'intrigue dans le seul but d'assurer un caméo facile (comprendre : tourné en une après-midi) à des stars internationales... Si la présence de Rutger Hauer durant le pompeux générique d'ouverture (sur du Bowie, tout de même) sonne comme un aveu tardif pour Besson, qui avait longtemps nié "l'influence" de Blade Runner sur Le Cinquième Élément, l'apparition de Rihanna en prostituée (coucou Mozinor) polymorphe reflète la vacuité du projet dans son ensemble.

Suffisamment égocentrique pour tenir à rédiger son script en solo, alors qu'il est vraisemblablement entouré de centaines d'artistes talentueux, Besson a finalement l'attitude d'un enfant gâté, qui s'amuserait seul dans sa chambre à casser des jouets joliment manufacturés, et accessoirement hors de prix. Mais il y a pire : filmé avec une platitude déprimante, si l'on excepte une poursuite divertissante à travers la station spatiale éponyme (trop courte, hélas), Valerian et la cité des mille planètes obéit à une logique de série Z égayée de temps à autres par des money shots stratégiques. La cité du titre semble mesurer un kilomètre de long (on se déplace d'un bout à l'autre en quelques minutes seulement), et les 358 séquences situées dans la salle de contrôle ont sans doute été tournées sur un plateau de douze mètres carrés ; la caméra colle en permanence au nez du pauvre comédien Sam Spruell, qui a dû passer ses semaines de tournage à parler à des écrans vides dans l'espoir qu'il se passe enfin quelque chose. Affichant un design incohérent et une esthétique contreproductive (la scène du Big Market bénéficie d'incroyables effets visuels signés ILM, saccagés par des incrustations hideuses utilisées pour représenter les deux mondes parallèles), Valerian enfonce le clou en pillant Avatar dès son prologue. A la différence que chez Besson, les simili-Na'vi dodelinent les bras comme des princesses Minimoy, sur une musique à la poésie préfabriquée. Un cauchemar.

 

Sur les vingt dernières années (depuis Le Cinquième Elément en somme, voire depuis les délires pédophiles de Léon), Luc Besson s'est évertué à épuiser notre patience et notre semblant de patriotisme. Le seul créateur "bankable" du cinéma de genre français s'étant illustré avec l'inepte trilogie des Minimoys, l'adaptation horripilante d'Adèle Blanc-Sec ou la philosophie de comptoir de Lucy, nous avons dû faire un effort d'objectivité proprement titanesque pour appréhender Valerian avec la neutralité qu'il méritait, ne serait-ce que pour ses efforts logistiques inédits dans nos contrées...

Alexandre Poncet