Brain : Dead
20/07/2017

Brain : Dead

Transformers : The Last Knight

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Définition de la notion d'opportunisme selon le Larousse : "attitude consistant à régler sa conduite selon les circonstances du moment, que l'on cherche à utiliser toujours au mieux de ses intérêts." Exemple concret : Transformers: The Last Knight de Michael Bay, et la "saga" dans son ensemble.

Tout, dans Transformers, obéit depuis 2007 à une analyse pointilleuse du marché. Ayant ouvertement pointé du doigt le style clippesque de Michael Bay durant la promotion de La Guerre des mondes, chef-d'oeuvre post-apocalyptique entièrement composé de prises de vues anormalement longues, Steven Spielberg s'est tout de même dit que l'auteur d'Armageddon pouvait être utilisé pour remplir les caisses d'Amblin. Allergique à la science-fiction (revoir The Island pour s'en convaincre... et mourir d'embarras), Bay a quant à lui toujours maîtrisé les mécanismes de la publicité et du merchandizing, au point de les intégrer organiquement à son cinéma. Il était clairement le candidat idéal pour porter Transformers sur grand écran, la marque de Hasbro n'ayant jamais eu besoin d'une mythologie cohérente pour se vendre auprès de millions d'enfants.

Navetons indigestes, illisibles, stupides et férocement vulgaires, les trois premiers opus ressemblaient à un exercice de prostitution filmique assez ahurissant. Bay y déroulait le tapis rouge à l'armée américaine pour pouvoir filmer sa flotte librement, regardait sous la jupe de ses actrices top models et leur demandait d'ouvrir légèrement la bouche entre deux attaques de robots géants, se moquait de George Bush Jr. quand l'opinion publique l'y encourageait, embauchait un beau gosse de Grey's Anatomy avant que le succès de la série ne décline... On pensait avoir atteint le sommet de l'opportunisme avec l'épisode 4, symbolisant à lui seul l'asservissement de la machine hollywoodienne au marché chinois émergeant. On avait tort : avec sa description d'une Amérique protectionniste (on parle des héros, là) visibilement inspirée par les discours de Donald Trump, The Last Knight est plus que jamais un produit de son temps, jonglant tellement avec ses cibles commerciales multiples qu'il finit par devenir dangereusement schizophrène.

On trouve de tout dans The Last Knight : des retournements de veste à la Pirates des Caraïbes (Optimus Prime est devenu méchant ? La belle affaire), une jeune aventurière accompagnée par un petit robot (la caution Amblin du film ?), un héros bien américain et bien viril (on le reconnaît à sa manière de siroter de la bière devant une course de Nascar, au beau milieu de la casse qui lui sert de repaire), des sidekicks comiques à la Jar Jar, une relecture du mythe du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, une intelligence artificielle extraterrestre pompée sur la Reine Borg, un climax sous-marin piqué à Abyss (le complexe d'infériorité de Bay vis-à-vis de James Cameron n'est toujours pas soigné, visiblement), un lord anglais qui ponctue ses dialogues de jurons yankees, une spécialiste de l'histoire de l'art (ben oui, elle porte des lunettes) qui affirme que ses études sont basées sur de la "merde", au moins trois grands méchants différents, dont on ne comprendra jamais les motivations respectives...

Le bordel est d'autant plus entier que Bay ne filtre aucune information, préférant additionner ses éléments jusqu'au point de rupture. Avec une peur du vide quasiment psychiatrique, le bonhomme s'interdit la moindre aération (si ce n'est quelques flatulences robotiques), ni la moindre réflexion scientifique un tant soit peu crédible (un personnage secondaire en fait les frais, lorsqu'un homme politique lui demande de résumer la situation le plus brièvement possible). Résultat, tout se mélange : Merlin pose un rot alcoolisé au milieu d'une bataille filmée comme une pub de shampoing, Anthony Hopkins lance des "dude" ricanants à Mark Whalberg pendant que son droïde-majordome batifole dans le jardin, Wahlberg en vient à draguer une gamine de treize ans, un Transformer samouraï fait le poirier avant de s'exciter sur un moustique mécanique (sic), un T-Rex de métal recrache la voiture d'un indien sous les remontrances de son maître... On en passe, et des meilleures. Non sens absolu, Transformers: The Last Knight n'est finalement que l'aboutissement logique d'une franchise pathogène, qui a contribué en dix ans d'existence à accélérer la déliquescence de l'industrie hollywoodienne. Opportunistes, Bay, Hasbro, Paramount et Amblin ont effectivement beaucoup gagné dans l'affaire. On aimerait pouvoir en dire autant...

Alexandre Poncet