Lady Diana
12/06/2017

Lady Diana

Wonder Woman

63

Conspué avant même sa sortie suite au remplacement d'une cinéaste qui souhaitait en faire une version féminine de Braveheart, Wonder Woman s'avère finalement être le seul digne successeur du Superman de Richard Donner.

L'aventure ne démarre pourtant pas très bien : plombées par une facture visuelle d'une pauvreté embarrassante, les origines de Diana, princesse des Amazones et seule enfant de l'île de Themyscira puisque fille de Zeus, renvoient d'emblée aux aventures de Xena. De quoi craindre le pire pour la suite. L'arrivée de Steve Trevor poursuivi par les Allemands change radicalement la donne : lors d'un affrontement terriblement inégal où les fières guerrières décochent des flèches et jouent du glaive en s'envolant dans des acrobaties dignes d'un wu xia pian pour être fauchées par le feu nourri de l'ennemi, la réalisatrice Patty Jenkins donne le ton : le PG-13 interdit de montrer du sang, mais la guerre n'en sera pas moins sale et cruelle, le style des scènes d'action s'articulant dès lors autour des figures de style définies par Sucker Punch et 300 : La Naissance d'un Empire : s'il n'est « que » co-scénariste et producteur du film, il ne fait aucun doute que Zack Snyder l'a supervisé de très près. Pour autant, Wonder Woman ne ressemble pas un seul instant aux autres productions DC, pas plus qu'à celles de Marvel. Pas question ici de faire dans la noirceur et le cynisme, mais bel et bien d'humaniser une super-héroïne a priori pas très crédible par un premier degré old school qu'on pourra juger naïf mais qui porte le film vers des cimes émotionnelles quasi-uniques dans le genre (on pense à  John Carter), servies par une romance classique dont les élans romantiques tiennent de la magie pure (la scène de la danse sous la neige) par la grâce de l'alchimie qui s'opère entre Gal Gadot et Chris Pine. Une idylle construite toute en douceur, avec un humour bien senti ("Les hommes sont utiles à la procréation, mais pour le plaisir, on peut s'en passer") et une réelle tendresse (malgré ses pouvoirs, Diana n'est qu'une gamine qu'il faut apprivoiser) : le script, exemplaire, prend bien soin d'étoffer les personnages via leurs motivations, leur système de valeurs et leurs croyances. Un souci de caractérisation qui s'étend jusqu'aux rôles secondaires, qu'une poignée de répliques suffit à faire exister. C'est en découvrant le monde des hommes que Diana comprend sa nature profonde et le pourquoi de sa mission, que l'amour est la plus noble des causes et qu'il sera toujours plus fort que la haine. Balancée comme ça, la phrase peut prêter à sourire. Dans Wonder Woman, elle sonne juste et reprend tout son sens.


En choisissant d'envoyer un personnage aussi casse-gueule que Wonder Woman sur le front de la "Guerre de toutes les guerres", le film prenait le risque de sombrer dans un ridicule que n'était pas tout à fait parvenu à éviter Captain America : First Avenger. La voir sortir d'une tranchée dans son costume est pourtant l'une des images les plus iconiques que nous a offert le cinéma super-héroïque depuis le premier envol de Superman dans le classique de Richard Donner. Littéralement transfigurée, belle à se damner et profondément touchante, Gal Gadot est pour beaucoup dans le sentiment d'empathie qu'on éprouve pour Diana, face à qui se dresse un duo infernal tout droit sorti de Hellboy et du Werewolf Women of the SS de Rob Zombie. Un côté délicieusement bis qui donne au film un cachet unique, avec cette belle idée de confier le rôle de la scientifique défigurée Doctor Poison à la vedette de La Piel Que Habito et celui du général fanatique Erich Ludendorff (une véritable figure historique) au chef des vampires de 30 Jours de nuit. Et Wonder Woman de citer également Quand les aigles attaquent lors de l'intrusion d'une forteresse où l'arrivée de Diana en « civil » dans une salle de bal impose définitivement son statut de déesse, qu'elle déploie de façon plus athlétique dans des scènes de combat brutales qui épousent à merveille le style à l'ancienne de la narration. Surprise, le thème musical créé par Hans Zimmer dans Batman V Superman : l'Aube de la Justice fonctionne ici du tonnerre en dépit de sa modernité métallique, comme s'il exprimait la hargne dont Diana est capable lorsqu'il s'agit de lutter contre le Mal. Il est donc d'autant plus regrettable que le dernier acte du film pêche par un twist qui a tendance à raccrocher les wagons alors que le train avait trouvé une vitesse de croisière idéale, suivi d'un duel qui n'en finit pas au sein d'une fournaise impressionnante mais par trop numérisée. Un faux climax heureusement rattrapé par une scène d'adieu déchirante qui cueille le spectateur au moment où il s'y attend le moins. Jusqu'au bout, Wonder Woman assume son désir de toucher au cœur : on en ressort amoureux de son héroïne, avec la certitude d'avoir vécu un moment essentiel dans l'histoire du comic-book movie et d'avoir assisté à un authentique miracle cinématographique qui place la barre très haut, non seulement pour toutes les futures bandes super-héroïques (à commencer par Justice League) mais aussi pour le format du blockbuster au sens large. 

 

Cédric Delelée