Et vogue la galère
24/05/2017

Et vogue la galère

Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar

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Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar témoigne de l’impasse créative dans laquelle Hollywood s’est engouffrée depuis bientôt deux décennies. Très divertissant, le long-métrage ne marquera pas pour autant de son empreinte l’histoire du Septième Art, la faute à une tentative de renouvellement désespérément artificielle.

On le sait, les studios (ou plutôt leurs actionnaires et avocats) ne jurent plus aujourd’hui que par les « tentpoles » : c’est-à-dire moins des films à part entière que des plates-formes trans-médias déclinables à l’infini.  Chaque major a eu sa poule aux œufs d’or : Universal avec Fast & Furious, New Line Cinema avec Le Seigneur des Anneaux, Warner avec Harry Potter, Sony avec Spider-Man, 20th Century Fox avec X-Men, Paramount avec Transformers… et Disney avec Pirates des Caraïbes. Seul problème : ces franchises mastodontes en sont toutes arrivées à un niveau d’exploitation critique, et les nouvelles séquelles dissimulent bien mal d’authentiques tentatives de reboots (quand il ne s’agit pas d’un reboot avoué, comme avec les trois Spider-Man post-Sam Raimi). Transformers a fait « peau neuve » grâce à Mark Whalberg, Fast & Furious s’est essayé au film de super-héros testostéroné en incluant Jason Statham et The Rock, Harry Potter s’intitule aujourd’hui Les Animaux fantastiques, les X-Men et Le Seigneur des Anneaux ont joué la carte du flashback à grande échelle… et Pirates des Caraïbes revient aujourd’hui littéralement à la case départ, en s’imprégnant au passage des codes du cinéma Marvel (oui, il y a une séquence post-générique de fin, et elle est consternante).

Si le public n’a pas été tendre avec Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence, réalisé sans grand entrain par l’homme de paille Rob Marshall, le quatrième épisode avait le mérite de chercher à capturer le souffle des Indiana Jones, en soignant sa course au MacGuffin, la personnalité de son personnage féminin et la trajectoire de son antihéros. Le long-métrage proposait en cela un spectacle très différent (quoique beaucoup moins ambitieux) de la trilogie de Gore Verbinski, et n’avait donc pas à rivaliser frontalement avec les expérimentations délirantes des deux premiers épisodes. Toujours produit par Jerry Bruckheimer, roi parmi les rois des franchies à tiroirs (Les Experts et ses douzaines de déclinaisons télévisuelles, c’était lui), La Vengeance de Salazar bannit tout risque narratif, et recycle la structure et la caractérisation du tout premier épisode, en troquant le duo  Orlando Bloom / Keira Knightley par deux jeunes recrues inodores, dont on ignore encore comment ils ont réussi à passer l’étape des premiers castings. Bourré à l’écran (comme en coulisses ?), Johnny Depp assure le strict minimum dans l’accoutrement de Jack Sparrow, et se livre rapidement à une caricature de lui-même. Calibré et paradoxalement assez bordélique (on imagine les montagnes de mémos adressées aux scénaristes), le récit repose les enjeux originaux dans l’unique but de corriger la fin du troisième opus, dont l’aspect tragique sera sans doute resté en travers de la gorge de nombreux exécutifs hollywoodiens.

Prévisible de bout en bout, Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar ne dépasse jamais son argument de vente, mais ne trompe pas non plus le consommateur sur sa marchandise. Plutôt bien shooté par les auteurs du joli film d’aventure Kon-Tiki, sans pour autant atteindre la folie parfois suicidaire de Gore Verbinski, le long-métrage est suffisamment généreux et spectaculaire pour garantir le retour sur investissement. Les batailles navales affluent, les scènes d’action s’étirent au-delà du raisonnable (notamment une course-poursuite piquée à Fast & Furious 5), et certaines idées étonnent par leur violence graphique, en particulier un gag assez fabuleux mettant en scène une guillotine et une attaque de requins zombies tout droit sortie d’une production Asylum. Si l’on peut s’étonner de ne pas voir Industrial Light & Magic s’occuper des effets visuels, les anglais de MPC soignent leur bestiaire et caressent les cinéphiles dans le sens du poil : outre un océan scindé en deux façon Les Dix Commandements, les infographistes donnent vie à une sublime figure de proue en hommage direct au second Sinbad de Ray Harryhausen. Preuve qu’au sein du cahier des charges balisé des multinationales, on peut encore glisser quelques obsessions très personnelles…

Alexandre Poncet

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