Son of Anarchy
22/05/2017

Son of Anarchy

Le roi Arthur: la légende d'Excalibur

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Après Sherlock Holmes, l'imprévisible Guy Ritchie s'attaque au roi Arthur et signe un film imparfait mais unique en son genre qui donne envie de vider une pinte en troussant une catin et où Charlie Hunnam emporte le morceau avec l'assurance et la maturité d'une star.

C'est peu dire qu'on attendait avec impatience Le roi Arthur : la légende d'Excalibur, boostés par la formidable réussite du précédent film de Guy Ritchie Agents très spéciaux : Code U.N.C.L.E et par la présence en tête d'affiche de Charlie Hunnam, révélé par The Lost City of Z comme le digne successeur de Tom Hardy en termes de charisme animal et tourmenté. Si le résultat n'est pas tout à fait la hauteur des espoirs placés en lui, il n'en reste pas moins un spectacle gorgé de flamboyances graphiques qui évoquent parfois le souffle mythologique des peintures de Frank Frazetta (avec des influences visuelles allant du 13ème guerrier à La Légende de Beowulf en passant par Alexandre, Le Seigneur des Anneaux  et... Solomon Kane !) et propulsé par une énergie et une rage profondéments Celtes en parfait accord avec une direction artistique rugueuse ressuscitant un Moyen-Âge qui n'a rien d'enchanteur. L'ennui, c'est que Ritchie confond trop souvent vitesse et précipitation, que ses tics narratifs ne s'intègrent pas toujours très bien à cet univers médiéval fantastique, que le découpage reste trop souvent hasardeux surtout quand il est noyé par les CGI et que le seul personnage secondaire à ne pas être sacrifié est une magicienne interprétée avec une nullité qui relève du cas d'école par Astrid Bergès-Frisbey, à tel point qu'on se demande par quel miracle la production ne l'a pas virée dès ses premières répliques. Ce qui fait beaucoup de défauts, on en conviendra.


 

Aussi embarrassants soient-ils, ils sont pourtant rattrapés par une gestion inspirée de tous les éléments de fantasy inhérents au récit, avec en premier lieu celui ayant trait au pouvoir d'Excalibur. Habitée par une puissance telle qu'Arthur tombe dans les pommes les premières fois où il l'empoigne (Ritchie ne pouvant s'empêcher d'en faire un running gag particulièrement savoureux), l'épée a des effets dévastateurs qui nous sont révélés en montrant l'hécatombe qu'elle peut provoquer avant de dévoiler la manière dont elle a causé le carnage. Une très belle idée qui rend à l'arme une aura légendaire absente de la version pourtant passionnante (en tout cas dans son director's cut) réalisée par Antoine Fuqua en 2004. L'autre grande force du film n'est autre que son héros, dont la genèse nous est résumée à travers un superbe montage illustré par la fracassante musique tribale de Daniel Pemberton, Ritchie faisant de lui un jeune voyou élevé dans le bordel dont il est devenu le patron. Faire du futur roi Arthur un mac, il fallait oser et l'idée fonctionne du tonnerre, Charlie Hunnam s'emparant avec morgue et autorité d'un rôle ô combien iconique, avec face à lui un Jude Law campant un bad guy torturé qui aurait pu devenir inoubliable si le script avait mis autant d'ardeur à déployer les émotions que les combats. Aussi singulier soit-il dans son style hargneux, son âpreté tellurique et son refus suicidaire de céder aux concessions Hollywoodiennes (on attend une love story, il n'y a qu'un flirt vite esquivé), Le roi Arthur : la légende d'Excalibur était censé être le premier chapitre d'une trilogie, mais son échec historique (Warner devrait perdre environ 150 millions de dollars dans l'affaire) le condamne à devenir un film maudit. Espérons que la carrière de son acteur principal, qui s'apprête à reprendre le rôle de Steve McQueen dans un remake de Papillon, n'en souffrira pas trop.

Cédric Delelée