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DVD MAD (N°307)

Pet

Un homme et une femme en somme, mais sans les « Chabadabada » de Francis Lai pour Claude Lelouch. Ici, l’ambiance musicale serait plutôt aux violons grinçants de Bernard Herrmann, à des notes discordantes, à l’instar de ce qui se trame dans la caboche de ses deux principaux personnages.

Les anciens Hobbits du Seigneur des Anneaux ont-ils vocation à jouer les types rongés par des problèmes avec les femmes ? Quelques années après Elijah Wood dans Maniac, c’est Dominic Monaghan (Merry devant la caméra de Peter Jackson) qui s’y met dans Pet. Encore que les choses ne sont pas aussi simples. Il joue ici le rôle de Seth, célibataire et employé d’un centre de la S.P.A. locale. Un beau jour, dans le bus, il aperçoit Holly, un béguin de lycée. Si cette dernière ne se souvient pas de lui, lui se souvient très bien d’elle. Et voilà qu’il essaie, fort maladroitement, de la séduire. Faute d’y parvenir, il la séquestre. Le coup classique du cinglé s’acharnant sur sa proie afin d’obtenir ses faveurs ou de lui faire payer son arrogance ? Pas vraiment… Cet habile scénario porte la signature de Jeremy Slater, showrunner de la série L’Exorciste et auparavant impliqué dans les scripts des 4 Fantastiques (version 2015) et de Lazarus Effect. Des lustres que son auteur attend qu’il soit porté à l’écran, depuis 2007, année où il se frotte les mains de sa vente à MGM. Deux ans plus tard, le studio annonce sa mise en chantier, avec Enda McCallion à la réalisation. Puis, pendant longtemps, plus rien, sinon le départ du cinéaste irlandais, parti mettre en scène le slasher Hit and Run. En 2015, le projet se concrétise enfin, via des sociétés de production indépendantes. À sa tête, l’Espagnol Carles Torrens, dont les courts-métrages valent mieux que le premier long, le found footage Emergo, un sous-Dernier exorcisme. « Il a fallu revoir le scénario de manière à entrer dans un petit budget d’indépendant » admet Torrens, contraint de filmer l’histoire en quatre semaines seulement. Serré, mais tenable. « Jeremy Slater et moi y sommes parvenus en recentrant l’histoire autour des deux personnages principaux, autour de leur relation très complexe. Nous avons également limité les décors. MGM aurait produit Pet pour un budget d’environ 40 millions de dollars et son tournage aurait alors duré trois mois. Un autre monde ! » Combien coûte désormais le film ? Le cinéaste ne livre aucun chiffre. « Peanuts ! » répond-il.
Ainsi, exception faite de Dominic Monaghan, pas question d’investir dans un autre nom connu. Un mal pour un bien, finalement. Au terme d’un très vaste casting, les producteurs et le réalisateur jettent leur dévolu sur Ksenia Solo, une Canado-Lettonne surtout remarquée dans les séries Lost Girlet Life Unexpected. Une révélation, la jeune femme se montrant aussi convaincante à incarner les victimes que les bourreaux, tour à tour fragile et perverse. « En tant que spectatrice, j’aime surtout les films d’horreur avec un twist. Et là, j’ai été servie ! » reconnaît-elle. Car, dans Pet, des « twists », il y en a, plusieurs même, jusqu’à la dernière minute. Pas la moindre des qualités, avec l’interprétation et des images soignées, de ce thriller certes horrifique, mais d’abord et surtout psychologique.

Marc Toullec