Terreur d'outre-espace
22/04/2017

Terreur d'outre-espace

Life: Origine Inconnue

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20th Century Fox s'apprêtant à sortir Alien : Covenant, Sony a décidé de tirer en premier avec Life : Origine inconnue, un thriller spatial sous haute influence du survival légendaire de Ridley Scott. Si le résultat n'est pas aussi virtuose qu'en 1979, les intentions, l'atmosphère et les moyens engagés dans le long-métrage méritent quelques louanges.

Par essence, Life : Origine inconnue a tout d'un "petit film". Son argument de base renvoie d'ailleurs aux séries B des fifties, plus précisément à It ! The Terror from Beyond Space, l'une des principales sources d'inspirations d'Alien, le huitième passager. Comme dans It, la créature que les spationautes accueillent à leur bord provient de la planète Mars. Comme dans It!, elle résiste à tous les milieux hostiles, au feu, à l'électrocution, bref à l'ensemble des moyens de défense dont disposent ses proies malchanceuses. Comme dans It!, les héros tenteront de la faire suffoquer en l'expulsant d'un sas pressurisé, sans toutefois atteindre le même résultat. On sent clairement dans la démarche des scénaristes Rhett Reese et Paul Wernick (Bienvenue à Zombieland, Deadpool) une volonté d'embrasser une forme de cinéma jugée obsolète, où les sentiments d'angoisse et de paranoïa sont des objectifs en soi. La faible durée du film est à ce titre presque une note d'intention, de même qu'un final à la cruauté digne de La Quatrième Dimension.

A priori anecdotique par les temps qui courent (difficile de tirer une franchise de cette intrigue, à moins qu'il ne s'agisse bien d'une préquelle de Venom comme le laissent entendre certaines rumeurs), ce décorum contraste avec de vrais atours de blockbuster, un casting cinq étoiles et une mise en scène bien décidée à garantir un maximum de crédibilité scientifique. S'il respecte l'esthétique très tactile, voire usée du premier Alien, Life s'inspire ouvertement du travail de Brian De Palma dans Mission to Mars et d'Alfonso Cuarón dans Gravity, ne serait-ce qu'à travers un plan-séquence d'ouverture de six minutes trente dont la puissance d'immersion influera sur l'ensemble du métrage. S'assurant très tôt que la géographie de la station soit bien comprise par le spectateur, Daniel Espinosa étire ses plans au maximum tout en soulignant la claustrophobie du quotidien spatial. Mieux, il ne cesse de jouer sur les variations d'échelles entre les espaces dont il dispose, transvasant ses enjeux d'un aquarium stérile à une combinaison, d'un caisson de sommeil à une capsule Soyouz, d'un réacteur au cosmos lui-même. Le cinéaste aborde également sa créature comme un être doué d'instinct, qu'un faux pas scientifique aura guidé vers une chemin destructeur. Impossible, dès lors, de la juger selon des repères moraux humains, ni même de parfaitement saisir une anatomie en constante évolution. Ambitieux sans être pompeux, Espinosa trouve le juste équilibre entre un divertissement ludique (toutes les situations offertes par l'intérieur et l'extérieur de la station sont exploitées de façon créative) et un drame émotionnellement engageant. L'une des plus belles séquences reste d'ailleurs un face-à-face intimiste entre Jake Gyllenhaal et Rebecca Ferguson, une larme versée par cette dernière se détachant de sa joue pour flotter en apesanteur. L'idée est tellement simple et évocatrice qu'on se demande comment elle a pu rester inédite aussi longtemps...

Alexandre Poncet