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DVD MAD (N°305)

I Am Not a Serial Killer

Comme souvent, l’innovation en matière de cinéma fantastique vient d’une petite production qui ne paie pas de mine, tout entière axée sur l’observation d’un septuagénaire fatigué par un gamin pas très équilibré.

Dix ans après Isolationtentative remarquée d’horreur rurale, l’Irlandais Billy O’Brien démontre avec I Am Not a Serial Killer que son talent ne s’est en rien émoussé. Changement radical de décor : d’une ferme boueuse de la campagne irlandaise, on passe à une bourgade du Midwest, au coeur de l’hiver. Ambiance réfrigérante à la Fargo pour un film qui, par l’atmosphère qu’il distille, évoque Donnie Darko et, surtout, Phantasm de Don Coscarelli, dont le héros, un adolescent orphelin, suspecte un croque-mort de se livrer à un trafic de cadavres dans le cimetière où sont enterrés ses parents.

Dans I Am Not a Serial Killer, un adolescent sensiblement du même âge que celui de Phantasm vit une expérience proche : il suspecte un retraité de ses voisins d’être une créature à la Lovecraft qui multiplie les victimes dans le secteur. L’ado en question étant convaincu de ses prédispositions à devenir lui-même un serial killer et côtoyant la mort avec les cadavres que reçoit sa mère, entrepreneuse de pompes funèbres, la question se pose : tout cela n’est-il pas le fruit de son imagination ? Un doute qu’entretient habilement la mise en scène toujours dépouillée et en retenue de Billy O’Brien, qui adapte ici un roman de Dan Wells, premier tome d’une trilogie. « Un livre qui m’a fasciné, magnifiquement écrit et habité par d’intéressants personnages perturbés » déclare le cinéaste. « De plus, l’irruption du surnaturel dans un lieu réel est une situation qui m’attire. » Comme dans les premiers romans de Stephen King, que le réalisateur cite en exemple. Toujours cette réalité grignotée puis dévorée par des corps étrangers. Une expression qui, ici, prend tout son sens. 

Il aura donc fallu cinq ans à Billy O’Brien pour trouver le million et demi de dollars nécessaire à la production du film. Une somme notamment investie dans les acteurs : Max Records (le gamin de Max et les Maximonstres) dans le rôle de l’ado pas si instable, ainsi que Christopher Lloyd. Oui, le Doc Brown des Retour vers le Futur en papy tueur ! Une performance pour un acteur qui, sur le tard, entre dans le panthéon des méchants du cinéma fantastique. « J’ai adoré le scénario et, découvrant le personnage, je me suis dit : « Ce type, je peux le jouer ! ». Mais je me suis vite rendu à l’évidence que je n’avais aucune idée de la manière dont il fallait que je m’y prenne. J’ai dû travailler dur ! » Des efforts payants à l’écran : Christopher Lloyd s’y montre aussi pathétique que terrifiant. « Tout le mérite de la présence de Christopher Lloyd dans le film revient à Robbie Ryan, qui est à la fois le directeur de la photographie et l’un des producteurs de I Am Not a Serial Killer » annonce Billy O’Brien. « Comme tous deux partagent le même agent, les choses n’ont pas été compliquées. » Un choix judicieux. Comme celui des lieux du tournage, deux déprimantes petites villes du Minnesota et de Virginie. Et comme celui, aussi, des effets spéciaux à l’ancienne, hormis quelques furtifs plans en images de synthèse. « J’ai tenu à ce que la créature soit une marionnette grandeur nature, manoeuvrée par des opérateurs » justifie le réalisateur. « Ces trucages-là sont non seulement plus réalistes, plus plausibles, mais également plus en phase avec le côté conte populaire dans lequel s’inscrit l’histoire. » Billy O’Brien a vu juste, comme pour tout le reste d’ailleurs, son troisième long-métrage étant l’exemple même d’un fantastique intelligent, sensible et subtilement transgressif.

Marc Toullec