High Road to China
15/02/2017

High Road to China

La Grande Muraille

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Malgré des images parfois superbes et un rythme sans faille qui rendent le film agréable à suivre, le nouveau Zhang Yimou ressemble à ce qu'on pouvait en attendre, à savoir une coproduction entre la Chine et les USA qu s'effondre à force de trop vouloir plaire aux spectateurs des cultures qu'elle cible sans pour cela s'armer d'un script solide.

Dans la Chine médiévale, William Garin (Matt Damon) et Pero Tovar (Pedro Pascal), deux mercenaires Européens sans scrupules en quête de poudre à canon se heurtent aux troupes postées sur la Grande Muraille, construite pour protéger le territoire de l'invasion des Tao Tei, des créatures extra-terrestres terrifiantes venues de la Montagne de Jade qui déferlent sur le pays pendant huit jours tous les soixante ans dans le but d'exterminer le genre humain. Les deux voyageurs ont tôt fait de se retrouver jetés dans la mêlée. Enorme production sino-américaine à 150 millions de dollars, La Grande Muraille en a déjà rapporté 225 à travers le monde. Un succès donc, qui devrait permettre la mise en chantier d'autres projets du même tonneau, sauf que le résultat est ici très inégal. En termes de spectacle, rien à dire : rompu à ce type d'exercice, Zhang Yimou (Hero, Le Secret des poignards volants) enquille les batailles avec une ampleur chorégraphique bluffante (le premier assaut des monstres évoque la magnificence des Trois Royaumes) et s'autorise quelques visions poétiques de toute beauté (l'escadrille de ballons lumineux dans le ciel nocturne, le commando acrobate et ses grues téléscopiques). Les Tao Tei, sorte de dragons à la Alien, en imposent en dépit de quelques CGI un peu trop... CGI. Enfin, le commandant Chinois (la sublime Jing Tian, qu'on reverra en mars dans Kong : Skull Island) est aussi présent à l'écran que le guerrier Irlandais campé avec robustesse par Matt Damon. Autant de qualités qui ne pèsent malheureusement pas bien lourd, noyées qu'elles sont dans un script prévisible et paresseux sur lequel sont pourtant passés pas moins de six scénaristes dont Edward Zwick, auteur et réalisateur du superbe Le Dernier Samouraï. Enfin, si le film a la bonne idée de nous éviter le cliché de la romance entre le héros venu d'Occident et sa fière compagne d'armes asiatique, on reste tentés de voir en ce choix une volonté embarrassante d'esquiver un rapprochement interracial risquant diviser une partie du public, le film ne se gênant pas par ailleurs pour verser dans la propagande en faveur de la Chine. Divertissant, La Grande Muraille l'est sans aucun doute, mais ses ambitions narratives sont bien loin de tutoyer son caractère spectaculaire et on ne compte plus les films épiques 100% Chinois qui enfoncent cette coprod confectionnée à la hâte dont la valeur marchande est bien supérieure à la valeur artistique.

Cédric Delelée