Hantise plurielle
02/02/2017

Hantise plurielle

Rings

13

A la hauteur de l’original de Hideo Nakata, ou même du premier remake américain signé par Gore Verbinski ? Non. Une purge ? Non plus. Alors, le fan a fini par être lui-même maudit, et il est ainsi toujours content de revenir à la saga et d’en savoir plus sur la genèse de la petite fille aux cheveux sales ? Ouais, ça doit être ça.

« Vintage », le mot est lâché. Par amour des vieux objets industriels, un prof de fac bohème achète un magnétoscope dans une brocante, et y trouve la fameuse cassette démoniaque. Pour les plus jeunes, rappelons que ceux qui la regardent vont mourir exactement une semaine plus tard, victimes de la rancœur de la gamine fantôme Samara. Même si la vidéo est bien sûr vite convertie en fichier .mov, ce tardif 3e opus de la franchise américaine joue donc la carte du retour aux sources, alors que la série japonaise (6 ou 7 longs-métrages au compteur) a depuis longtemps transformé la malédiction en virus informatique. Pour autant, le traitement de Rings ne l’est pas vraiment, vintage. Sous l’influence visible de It Follows, les auteurs commencent par insister sur la possibilité de se débarrasser de l’épée de Damoclès en faisant visionner une copie des images fatales par un tiers, et ainsi de suite. On retrouve alors notre prof qui a créé dans son université une unité de recherche secrète, avec l’aide d’étudiants ayant accepté de regarder la vidéo à tour de rôle. L’idée est stimulante (utiliser la cassette pour ouvrir une porte sur l’Au-delà et démontrer la persistance de l’âme des morts), mais elle fera long feu. Car comme son petit ami étudiant ne lui donne plus signe de vie depuis qu’il a jeté les yeux sur la vidéo, une jeune fille débarque à la fac, et la visionne à son tour. Dès lors, le récit revient définitivement sur les rails du fantastique hollywoodien contemporain. Finis les personnages mûrs et la présence dramatique d’un enfant, qui faisaient l’originalité des premiers films japonais et américains : c’est un couple de beaux jeunes gens qui va essayer de remonter le fil jusqu’aux origines de la malédiction. De plus, l’héroïne est plus sensible à la vidéo que les autres. Du coup, elle est sujette à des visions lui permettant d’enfiler les indices comme des perles, ce qui rend l’enchaînement des péripéties très mécanique.

Cependant, le résultat se situe quand même bien au-dessus de certaines œuvres récentes du même genre, tel l’accablant remake de Poltergeist. Le réalisateur F. Javier Gutiérrez s’acquitte du cahier des charges de manière plutôt habile, soignant en particulier les apparitions de Samara : voir la scène où, au milieu de sortir d’une télévision à tube cathodique, elle s’extirpe de sous un écran plat renversé sur le sol.Et surtout, ceux qui ont vu les épisodes précédents seront forcément curieux de découvrir de nouveaux détails sur la naissance et la brève existence de Samara, via une vérité à tiroirs justifiant le pluriel du titre anglais : une seconde vidéo cachée dans les replis de la première, une autre malédiction au sein de la malédiction, un autre fantôme derrière le fantôme. Là, les puristes s’indigneront des incohérences par rapport aux deux premiers films américains. Ils auront raison, mais ce serait oublier que la série japonaise prenait elle-même de grandes libertés. Au bout d’un moment, on ne savait plus très bien si Sadako (la cousine nippone de Samara) avait été jetée vivante au fond d’un puits quand elle était enfant, adolescente ou jeune adulte : voir notamment l’intéressant mais très révisionniste Ring 0 de Norio Tsuruta. Bref, le spectateur de 2017 ressort de la projection en se disant qu’il ne pourra pas s’empêcher d’aller voir les prochains développements de la saga, promis par la fin ouverte de ce Rings somme toute correct.

Gilles Esposito

En relation avec cet article...

Rings | It Follows | Ring 0 | Poltergeist | Norio Tsuruta | Hideo Nakata | F. Javier Gutiérrez