Mythbuster
22/08/2016

Mythbuster

S.O.S. Fantômes

82

Face aux attaques sexistes et racistes qu'essuient depuis des mois Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Leslie Jones et Kate McKinnon, on avait presque envie de défendre ce nouveau Ghostbusters. Geste désespéré du géant Sony pour trouver un "Tentpole" au fin fond de son catalogue, suite au retour partiel de Spider-Man dans le giron de Marvel, le film se présente hélas comme une hérésie cinématographique de tous les instants.

Si le concept de base était louable, et les choix de casting on ne peut plus défendables (tout comme Bill Murray, Dan Aykroyd et Harold Ramis, Wig, McCarthy, Jones et McKinnon ont fait leurs armes au Saturday Night Live), cette relecture féminine de S.O.S. Fantômes est en réalité très loin de flatter le beau sexe. N'en déplaise à Paul Feig, qui n'a pas mâché ses mots à l'égard des nerds réactionnaires, le portrait qu'il dresse de ses chasseuses est un sommet de vulgarité, mâtiné d'un zèle caricatural exceptionnel. Alors que le film original contrebalançait une mise en scène variablement imaginative (Ivan Reitman oblige) avec des caractères bien trempés, une love story crédible et une galerie de personnages cohérente, le remake de Feig se contente de mettre en scène des archétypes flous, à la trajectoire dramatique inexistante et aux actions répétitives (mention spéciale à Kate McKinnon, insupportable du premier au dernier plan). La faute en incombe évidemment à une absence d'écriture manifeste, le cinéaste se complaisant tout comme la plupart des réalisateurs de comédie contemporains dans une improvisation à tous les niveaux de la production.

De l'improvisation, il y en avait bien sûr dans le long-métrage de 1984, mais les expérimentations de Bill Murray (par exemple l'hilarante réplique "this man has no dick") pouvaient s'appuyer sur le scénario rigoureux et structuré de Aykroyd et Ramis. Ici, Feig semble exposer brièvement à ses comédiennes (et aux pauvres Chris Hemsworth et Andy Garcia) le concept global de chaque scène, en leur commandant à tour de rôle des sessions d'ad-libing en gros plan. En résulte un montage horriblement chaotique aux interactions inexistantes, aggravé par un remplissage verbal encore plus fatigant que dans les pires productions animées Dreamworks. Il ne s'agit plus de savoir avec quelle logique chaque séquence amènera à la scène d'après, mais bien de trouver dans des kilomètres de rushes inutiles une réplique, un geste ou un rire gras qui ponctuera un échange avant l'improvisation suivante. La démarche peut parfois faire mouche, comme dans une poignée de scènes de Spy du même Paul Feig, mais elle se heurte ici à des limites insurmontables. Jamais drôle, pas même durant une seule seconde, S.O.S. Fantômes 2016 ne brille pas davantage par son approche flashy des effets visuels et sa chorégraphie inadéquate lors des maigres séquences d'action. De nombreuses ellipses et un générique de fin étrange évoquant l'existence d'innombrables scènes coupées (fait confirmé par des collègues ayant vu il y a plusieurs mois un rough cut de 2h20), on suspecte Sony de s'être rendu compte du désastre en post-production, se retrouvant avec son propre Suicide Squad sur les bras...

Alexandre Poncet