Notules lunaires n°295
04/04/2016

Notules lunaires n°295

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They’re Watching
Drôle de duo : Jay Lender, scénariste de Bob l’éponge, et Michah Wright, celui de Call of Duty : Black Ops II, ont fait équipe pour mettre en scène They’re Watching, une comédie horrifique où une émission de téléréalité américaine spécialisée dans la rénovation de maisons toutes pourries se rend dans un village des pays de l’Est pour faire profiter les pauvres Slaves du bon goût yankee. Rendus nerveux par l’absence de connexion Internet et de McDo, les Ricains ont le malheur d’interrompre un rituel religieux ancestral, ce qui va provoquer la colère des indigènes. Un croisement entre Hostel et The Wicker Man en quelque sorte, ce qui compte tenu de l’identité des auteurs pourrait donner un mélange assez explosif. 

Dead 7
À la fois scénariste et interprète du western post-apo Dead 7, Nick Carter fut aussi le leader du boys band les Backstreet Boys et a profité de l’occasion pour enrôler ses anciens camarades A.J. McLean et Howie Dorough, y ajoutant Laurent Duroche des Bareback Twinks et des membres forcément virils de NSYNC, 98 Degrees, O-Town, All-4-One, Everclear et No Authority. Soit la quasi-intégralité des groupes favoris de Gilles Esposito, rassemblés devant la caméra experte de Danny Roew (Shotgun Wedding) pour débarrasser une petite ville de l’Ouest des zombies qui l’ont envahie. On caresse l’espoir qu’ils le fassent en chantant, d’autant que le résultat devrait être gratiné vu qu’il s’agit d’une production The Asylum. Dommage que Patrick Bruel n’y joue pas le rôle d’un pistolero mexicain champion de poker. 

Nest 3D
Réalisateur de seconde équipe sur les suites de Matrix et pour Alex Proyas, Kimble Rendall est aussi l’auteur du film de requins Bait et nous revient avec Nest 3D, où une équipe d’archéologues venus exhumer la momie d’un empereur chinois ayant régné 200 ans avant J-C. réveillent du même coup une malédiction vieille de 2000 ans et se retrouvent coursés par des araignées mangeuses d’hommes (et de femmes) dans un labyrinthe souterrain. Kellan Lutz, le Hercule de Renny Harlin, est au casting en compagnie de Bingbing Li, la star chinoise vue dans le dernierTransformers, mais dont on préfère se souvenir dans Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme. N’empêche, Gang-bang pour Bingbing, ça ferait un sacré bon titre. 

Pandorica
Avec son premier long Pandorica, Tom Paton nous emmène dans un futur médiévalo-préhistorique (oui je sais, c’est pas logique mais c’est comme ça) où se sont formées des tribus. La plus puissante d’entre elles, la tribu Varosha, doit choisir celui ou celle qui deviendra le leader de sa génération. Trois candidats sont en lice et entreprennent un long voyage dans une forêt touffue pleine de pousse-moussus pour y rencontrer le chef qui doit élire son successeur, mais l’arrivée d’une tribu rivale va changer la donne. Pandorica est annoncé comme un mélange de Centurionet d’Outlander, le dernier viking, mais avec beaucoup moins d’argent et des acteurs. Des acteurs qui, si l’on en juge par la bande-annonce du film, n’ont pas dû être très assidus à leurs cours de théâtre. 

#Screamers
Acteur, scénariste et producteur de erik11espallargas, Tom Malloy rempile aux mêmes postes pour #Screamers, réalisé par Dean Matthew Ronalds (Netherbeast IncorporatedLes Gorilles avec Manu Payet et Joey Starr). On y verra les salariés d’une start-up s’intéresser de très près à des vidéos terrifiantes mises en ligne par un inconnu. La cupidité de ces enquêteurs improvisés va les faire plonger dans un véritable cauchemar : en effet, une jeune fille apparaissant dans l’une des vidéos ressemble trait pour trait à une personne disparue depuis des années… Selon ceux qui l’ont produit, #Screamers réinventerait l’art du slasher, du found footage et du film de serial killer. Il faut donc s’attendre à un film de la trempe d’It FollowsLe Silence des agneaux et, euh, Paranormal Activity. Quelque chose nous dit qu’on sera plus proche du troisième que des deux précédents. 

Shark Exorcist
Remercions Donald Farmer (Cannibal HookersChainsaw Cheerleaders), qui nous offre avec Shark Exorcist le film le plus bandant de ces Notules d’avril ! On y verra un prêtre (Pierre Niney) se rendre dans un petit village de pêcheurs pour exorciser une jeune fille possédée par Satan. Jusqu’ici, rien d’exceptionnel, même si la donzelle est fort appétissante, ce qui soumet notre bon curé à la terrible tentation de la chair. Mais ce n’est pas tout : en effet, Satan a profité d’être au bord de la mer pour également posséder un requin ! On souhaite bon courage à notre prêtre pour l’attacher sur un lit, mais on a hâte de voir l’animal marcher à l’envers et faire pivoter sa tête sur 360° ! 

The Dooms Chapel Horror
Metteur en scène de Pheromone Party, un téléfilm où des fans de J.J. Abrams tentent de s’introduire chez lui pour être castés dans le nouveauStar Wars, John Holt passe à l’horreur fauchée avec The Dooms Chapel Horror, où l’on retrouve notamment Bill Oberst Jr., le type qui joue très mal dans tout plein de Z que ni vous ni moi ne verrons jamais. Dix ans plus tôt, Kyle Cole a quitté la ville où il a grandi après la disparition tragique de son frère Ryan dans un accident de ferme, une vidéo filmée sur les lieux du drame semblant indiquer que Kyle aurait pu le sauver. Malgré sa mise à l’écart par toute la communauté, il décide de revenir en ville accompagné d’une équipe de tournage pour affronter ses démons et comprendre ce qui s’est passé. S’agirait-il d’un psychodrame rural ? Du tout, puisque c’est en fait à un film de monstre que nous avons affaire, avec animatroniques et stop motion au programme ! J.J. Abrams, un monstre animé comme chez Ray Harryhausen : vous l’aurez compris, John Holt n’est autre que le pseudonyme d’Alexandre Poncet, qui a réalisé un film dans le seul et unique but d’être cité dans les Notules et d’être invité à Touche pas à mon poste, la seule émission télé présentée par un crapaud-buffle en motion capture. 

Naciye
Film d’horreur turc réalisé par Lutfu Emre Cicek (on dirait une incantation du Necronomicon), Naciye s’intéresse à un couple qui, dans l’attente de son premier enfant, s’installe dans une nouvelle maison pour attendre la fin de la grossesse de madame dans un environnement calme et serein. Mais dès la première nuit passée sur place, les choses se gâtent : Naciye (Derya Alabora, vue dans Un Homme très recherché), une dame particulièrement agressive, fait son apparition, prétendant être la véritable propriétaire des lieux… Le réalisateur annonce la couleur en précisant qu’il a demandé à ses acteurs d’en faire des tonnes dans l’hystérie, comme s’ils jouaient dans un soap opera. Et d’ajouter que ses références sont plutôt « des classiques comme Rosemary’s BabySuspiria et La Main sur le berceau ». On est ravis d’apprendre que le thriller domestique pour ménagères avec Rebecca De Mornay est considéré comme un classique en Turquie ! 

Wolf Mother
Une ex-starlette de Hollywood passée des lits des producteurs au trottoir (Judi Dench) et un voleur de bas étage font équipe pour retrouver Kaitlin, une enfant-star kidnappée par ce qui semble être une secte semblable à celle de la « famille » de Charles Manson : tel est le thème deWolf Mother, réalisé par Erik Peter Carlson (The Toy Soldiers, qui n’a rien à voir avec L’École des héros, dont Cédric Delelée attend avec impatience la sortie en Blu-ray). On y retrouve le gros bide et le regard vitreux de Tom Sizemore ainsi que Maria Olsen (Starry Eyes) et Mary Carey, la star du X qui avait fait campagne pour être élue gouverneur de Californie. Signalons par ailleurs que Riding Hood, la société productrice du film, a mis en ligne un site viral déguisé en alerte enlèvement et illustré de photos assez limite de la jeune actrice jouant Kaitlin – tout en précisant sur cette même page avoir monté le film pour combattre la pédophilie. On en déduit que Wolf Mother sera sûrement une oeuvre très engagée… non ? 

San HELVING 


Pet
TORRENTS D’AMOUR
Scénariste de Lazarus Effect et du reboot des 4 Fantastiques (un projet totalement réécrit sans sa participation), Jeremy Slater s’est fait connaître à Hollywood en rédigeant Pet – « animal de compagnie » en anglais –, un huis clos horrifique dans lequel un vigile asocial kidnappe une jeune femme dont il est éperdument amoureux. Enfermée dans une cage située dans le sous-sol d’une animalerie, la belle ne compte pas se laisser faire, d’autant qu’elle cache un secret… En dépit de son excellente réputation, le script mettra plusieurs années à voir le jour, la MGM ne sachant pas trop quoi faire de ce projet pas franchement grand public. Heureusement pour Slater, le cinéaste Carles Torrens (Apartment 143) est parvenu à relancer la machine en convainquant la firme Revolver d’en racheter les droits et de le produire à une échelle plus modeste, seul moyen selon l’Espagnol de respecter l’esprit décalé et intimiste du scénario. Avec succès, si l’on en croit les premiers échos de la projection du film au dernier SXSW d’Austin, où les critiques ont affirmé que le juvénile Dominic Monaghan (Le Seigneur des Anneaux) y campait un taré plutôt attachant. À ses côtés, on retrouve quelques comédiens issus de la télévision comme Ksenia Solo (Orphan Black), Jennette McCurdy (iCarly) et Nathan Parsons (The Originals).

J-B.H. 


Don’t Breathe
Sam Raimi et Robert Tapert avaient déjà confié à Fede Alvarez le remake controversé d’Evil Dead. Obtiendront-ils un résultat plus fédérateur avec Don’t Breathe, autrefois annoncé sous le titre The Man in the Dark ? En tout cas, l’histoire est assez originale : trois jeunots croient faire un coup facile en cambriolant la maison d’un aveugle, mais ils découvrent vite que leur hôte non-voyant est un sacré psychopathe ayant transformé sa demeure en piège diabolique pour les intrus… Le nouveau titre (qu’on pourrait traduire par « ne respirez pas ») s’explique ainsi par la nécessité de ne pas émettre le moindre souffle, pour éviter de se faire repérer par l’ogre. Mais en termes de cinéma, cela veut dire que le film serait quasiment dépourvu de dialogue, reposant exclusivement sur le ballet des personnages dans les divers recoins de la baraque. Bref, la chose devrait être un véritable tour de force, prévu dans les salles américaines le 26 août prochain, et peut-être un jour chez nous.

G.E.


A Beginner’s Guide to Snuff 
UNE ACTRICE, DEUX CLOCHES ET UNE CAMÉRA
Responsables de The Hamiltons, The Thompsons et The Violent Kind, les Butcher Brothers – alias Mitchell Altieri et Phil Flores – se sont forgé une filmographie inégale mais singulière, en hybridant les genres et les concepts avec énergie et radicalité. Les voilà de retour avec A Beginner’s Guide to Snuff dans lequel un duo d’acteurs au chômage se met en tête de tourner un faux snuff movie afin de créer le buzz. Pour ce faire, ils décident de kidnapper une comédienne sans la prévenir de la nature factice de leur « crime », histoire de renforcer le réalisme de sa prestation… Ouvertement délirant, le pitch imaginé par Altieri, Flores, Cody Knauf et Adam Weis laisse bien évidemment augurer un résultat aussi trash que décomplexé, sentiment confirmé par la bande-annonce de ce film indépendant situé quelque part entre Massacre à la tronçonneuse et Fargo. Pour les rôles principaux, les deux « frangins » ont fait appel à quelques « têtes fraîches », dont Joey Kern (Cabin Fever), Luke Edwards (Jeepers Creepers 2), Bree Williamson (True Detective) et Brad Greenquist (Simetierre). Aucune date de sortie pour le moment, mais gageons que ce A Beginner’s Guide to Snuff fera partie des joyeusetés visibles lors du prochain Marché du Film de Cannes. Ça tombe bien, nous y serons !

J-B.H. 


Miss Peregrine et les enfants particuliers
EVA, OH, EVA…
Jacob Portman est un adolescent de 16 ans. À la mort de son grand-père, il découvre sur une mystérieuse île les ruines d’un orphelinat qui abritait autrefois des « enfants particuliers », et comprend que les histoires que lui racontait le vieil homme étaient vraies… Tim Burton continue de faire du Tim Burton avec Miss Peregrine et les enfants particuliers, adaptation du roman de Ransom Riggs où l’on retrouve l’actrice Eva Green, désormais leader sur le marché de la beauté gothique (voir Penny Dreadful et mourir). La comédienne, révélée par Innocents – The Dreamers de Bertolucci, interprète ici un rôle décrit par Burton comme une « Mary Poppins étrange, une femme forte et mystérieuse capable de se transformer en oiseau. » Initialement inquiet de diriger les fameux « enfants particuliers », le réalisateur de Beetlejuice avoue finalement avoir été surpris par le talent et la rigueur de son jeune casting : « Ils se sont montrés si professionnels qu’il était difficile de croire que certains d’entre eux tournaient là leur premier long-métrage. ». Comme à son habitude, Burton s’est également attaché les services de comédiens bien rodés comme Allison Janney (Spy), Rupert Everett (Dellamorte Dellamore), Terence Stamp (qui remet le couvert après Big Eyes), Samuel L. Jackson (Les Huit salopards) et Judi Dench (Casino Royale). Distribué par la Fox, Miss Peregrine et les enfants particuliers sortira chez nous le 5 octobre prochain.

J-B.H. 


Nightworld 
Et l’horreur s’internationalise encore et toujours. Le Chilien Patricio Valladares était connu de nos services pour le très trash Hidden in the Woods, dont il avait ensuite réalisé le remake américain homonyme. Aujourd’hui, sous la houlette de Loris Curci (notamment producteur du 11 de Darren Lynn Bousman), il se retrouve aux commandes de ce Nightworld financé par Global Group/Open Frames, boîte bulgare spécialisée dans les entreprises cosmopolites tournées en anglais. L’increvable Robert « Freddy Krueger » Englund se retrouve ainsi en tête d’affiche de ce que Valladares décrit comme un mélange entre le jeu vidéo Alan Wake et Suspiria de Dario Argento. De fait, l’histoire parle d’un ancien officier de la police de Los Angeles (Jason London) qui prend un job tranquille de gardien d’immeuble à Sofia, mais ne tarde pas à découvrir que l’édifice abrite une entité diabolique… Fastoche, on pourrait faire la même chose avec un veilleur de nuit chez Mad Movies qui tombe sur San Helving à la cave. En fait, non, ce serait bien plus horrible !

G.E. 





ET L’ASIE ? 

Kudô Kankurô est surtout connu pour avoir écrit le script de l’excellent Zebraman de Takashi Miike. Mais Kankurô est également réalisateur, avec notamment à son tableau de chasse Yaji and Kita : The Midnight Pilgrims. Son nouveau film, Too Young to Die, s’annonce sympathiquement barré : le jeune Daisuke meurt durant une sortie scolaire dans un accident de bus. Pas de chance : suite à une erreur commise dans l’Autre Monde, sa mort est considérée comme un suicide, et il est envoyé en Enfer. Toutefois, il a droit à sept chances pour se réincarner et revenir sur Terre. S’il rate son coup, il deviendra un démon pour l’éternité. Daisuke a alors une idée de génie pour plaire aux juges infernaux qui vont décider de son sort : rejoindre un groupe de hard sataniste ! Avec ses airs de Detroit Metal City, Too Young to Die semble assez maîtrisé pour éviter l’écueil de certaines productions nippones certes joliment nawak, mais souvent incapables de tenir la route sur la longueur. 

Sabuibo Mask, que vient de boucler Naoto Monma, mélange prises de vues live, animation et comédie musicale. Voyant sa ville dépérir et les commerces fermer les uns après les autres, un jeune homme décide d’organiser un one-man-show musical quotidien afin d’attirer l’attention du public. Arborant le masque de son père catcheur, notre héros réussit à créer un buzz certain. Mais qui est-il vraiment, et réussira-t-il à sauver sa ville ? Décrit par la Toei comme une comédie masochiste, le film met en scène, dans le rôle principal, le rappeur Funky Kato, leader du groupe Funky Monkey Babys. Ça, c’est du blase ! 

110" />If Cats Disappeared from the World n’est pas seulement un chouette titre, c’est aussi le nouveau film d’Akira Nagai, réalisateur de l’adaptation du manga Judge. Le voilà qui change radicalement d’ambiance avec cette histoire d’un postier (Takeru Satô) qui apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable. Un démon apparaît alors pour lui proposer un marché : pour vivre plus longtemps, il doit choisir de faire disparaître une chose de la surface du monde… Un pitch plutôt excitant qui a apparemment fait pleurer les chaumières locales ! 

Depuis ses Death Note, on n’entendait plus trop parler de Shûsuke Kaneko, surtout connu pour avoir ressuscité Gamera en 1995 avec une excellente trilogie. Le bonhomme n’a pourtant jamais arrêté de tourner (à peu près deux projets par an), que ce soit pour le cinéma ou la télévision, et dans tous les domaines (romance, action, fantastique, comédie…). Bonne nouvelle, son petit dernier, Scanner, semble bien parti pour mériter le détour. Kazuhiko (Mansai Nomura) et Ryuji (Hiroyuki Miyasako) forment un duo comique à succès. Mais le premier a un secret : il a la capacité de ressentir, par simple contact, les événements passés liés à un lieu ou un objet. Toutefois, épuisé par des années de travail, Kazuhiko décide de mettre un terme à leur collaboration et change totalement de carrière. De son côté, Ryuji continue la comédie en solo. Il reçoit un jour la visite d’une lycéenne qui lui demande de retrouver, avec l’aide du talent particulier de Kazuhiko, une femme mystérieusement disparue… Malgré la présence d’un duo comique un brin grimaçant, Scanner a l’air de privilégier l’aspect thriller de son récit, ce qui est plutôt une bonne nouvelle si on ne goûte pas à la comédie loufoque. Sortie au Japon le 29 avril prochain.

J.S. 

 

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LE COIN DU COURT

PETER VOLKART

Bricoleur du réel

Nous le disons souvent dans cette rubrique : le court-métrage n’est pas le domaine exclusif de jeunes réalisateurs en phase d’apprentissage, et l’exercice est souvent pratiqué par des artistes pluridisciplinaires pour qui la réalisation est un moyen d’expression parmi d’autres. Exemple avec Peter Volkart.

Né en 1957 à Zurich, Peter Volkart, dont le dernier court-métrage, Subotika : Land of Wonders, fait le tour des festivals depuis quelques mois, n’a rien d’un « apprenti réalisateur » ou encore d’un « talent de demain ». C’est un réalisateur à part entière, même si ce n’est pas la première fonction qui orne sa carte de visite. Depuis 2002, sa principale activité, professionnelle tout du moins, est la direction de son studio spécialisé dans le mélange de différents médiums. Auparavant, il a collaboré à de nombreux longs-métrages comme directeur artistique ou monteur. Il expose également dans des musées, en Suisse comme à l’étranger, et réalise des courts-métrages depuis 1982. Une activité qu’il qualifie de « bricolage » ! Son premier effort filmique, Suburban Wildlife, propose une observation fort conceptuelle de deux souris qui mènent des vies de stars. S’ensuivent une série de courts documentaires avant la réalisation de sa première fiction en 2005, Terra Incognita, ou la quête d’Igor Leschenko, physicien bien décidé à être le premier à atteindre un mystérieux endroit du globe dénué de gravité. Le film révèle très clairement la fibre nostalgique de Volkart et plus particulièrement sa passion pour la première moitié du XXe siècle, époque fantasmée où tant de choses restaient à découvrir. Une époque aussi où la science, autre obsession de Volkart, progressait à pas de géant, nourrissant l’imagination et les fantasmes. Terra Incognita est emblématique du style Volkart, que l’artiste définit lui-même comme « un mélange unique de techniques digitales et numériques ». Il utilise des images d’archives et des films d’époque, mélangés à des scènes reconstituées, pour créer une fiction au look documentaire (voire « documenteur ») souvent basée sur un élément réel. Terra Incognita est ainsi inspiré des écrits de Raymond Roussel, auteur méconnu très porté sur les histoires d’expéditions imaginaires, tandis que Yea Yea, Nay Nay, réalisé en 2009, raconte sous la même forme les débats autour de la politique culturelle dans un petit canton helvète. Entre les deux, il livre avec Monsieur Sélavy (titre en hommage à Rrose Sélavy, hétéronyme créé par Marcel Duchamp) une oeuvre qui délaisse le réalisme formel au profit de la fantaisie. Il poursuit dans cette voie avec Room 606, dont l’idée (de minuscules personnages vivent dans les murs d’un hôtel et assurent son bon fonctionnement) lui vient de son enfance : il était alors persuadé que les voix qui s’échappaient de la radio familiale étaient celles de créatures vivant à l’intérieur de l’appareil. Volkart livre ici ce qui est probablement son film le plus fictionnel à ce jour (ainsi qu’une véritable bête de festivals), et réunit ses thèmes et ingrédients fétiches : nostalgie, innocence, goût pour le bricolage des images et de la réalité, le tout saupoudré d’une dose de dérision. Le résultat est une invitation à s’évader du quotidien, en laissant l’imaginaire s’engouffrer par chaque interstice de nos vies. Un appel au voyage en quelque sorte, comme l’est son film le plus récent, Subotika. Faux reportage sur un pays insulaire semblant sorti d’un album de Tintin, le court affiche des influences évidentes (Robert Louis Stevenson, Jules Verne ou Blake et Mortimer), que le réalisateur a toutefois su transcender en créant un univers original, que ce soit d’un point de vue formel, thématique ou… géographique ! Car l’île de Subotika est traversée par les explorateurs de Terra Incognita, tandis que l’hôtel décrit dans Room 606 est à nouveau présent (il apparaît d’ailleurs dans chacun des films de l’artiste). Un univers aussi fourni ne serait-il pas idéal pour un long-métrage ? « C’est dans le format court que je me sens à l’aise » répond Volkart, fidèle jusqu’au bout à sa vision. Aujourd’hui, notre homme travaille à un documentaire de commande sur Edwin H. Land, l’inventeur du Polaroid. Une histoire qu’il pourrait à coup sûr raconter à la sauce Volkart : en y ajoutant une bonne dose de fantaisie !

Benjamin LEROY

MAD Team