Mélomad N°295
04/04/2016

Mélomad N°295

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Voyages fantastiques

Intrada Records, le meilleur label de musique de film de la planète, est à l’honneur ce mois-ci et nous embarque de l’espace à la cinquième dimension en passant par le monde merveilleux et terrifiant de Ray Harryhausen.




Diffusé en France dans les années 80 sous le titre La Cinquième dimension (because c’était sur La 5), le premier revival de la série La Quatrième dimension fit appel à des signatures connues (Wes Craven, Tommy Lee Wallace, Joe Dante, William Friedkin...) mais aussi à des compositeurs de poids, comme en témoigne le coffret de trois galettes édité par Intrada. On ne sera pas surpris que les scores les plus intéressants soient ceux de Christopher Young, Basil Poledouris et Craig Safan. Young y emploie un style menaçant enrobé de cloches et de carillons qui renvoie à La Revanche de Freddy, Hellraiser et U-Boats : The Wolfpack dans ses accords rythmiques pour piano, tandis que Poledouris donne dans le romantisme mélancolique riche en cordes et en bois émaillé de ces quelques virils sursauts cuivrés dont il a le secret. Les fans seront ravis de découvrir ici des échos de L’Aube rouge, un brouillon du thème de Kimberly et des figures de style qui annoncent aussi bien Terrain miné qu’Amanda et Sauvez Willy. L’approche de Safan est plus variée : clarinette et saxo pop ou jazzy, atmosphères lourdes jouées au Synclavier, influences asiatiques, tout est fort bien exécuté quoique très daté eighties, mais reste dominé par l’obsédant thème à la flûte qui flotte tout au long d’Opening Day et qui ressemble à s’y méprendre à du Poledouris. Ce qui n’a rien de très surprenant quand on sait que l’épisode en question a été réalisé par… John Milius. Le reste du programme, plus inégal, réserve pourtant quelques bonnes surprises : Kenneth Wannberg s’essaie à l’expérimental tribal type La Planète des singes, Dennis McCarthy se croit toujours dans Star Trek : la nouvelle génération, J.A.C. Redford déploie force harpe et bois, Fred Steiner retrouve l’écriture inventive et colorée qu’il avait déjà employée dans la série originale, Elliot Kaplan s’arme de mélodies chevaleresques tellement british qu’on croirait entendre du Laurie Johnson et William Goldstein verse dans le romanesque un peu noir (l’homme a beau avoir cosigné avec Poledouris le score très lyrique du téléfilm Zoya, il reste tout de même l’auteur de celui de Shocker !) et dans le jazz style Broadway. Sautons de cette autre dimension à de lointaines galaxies avec la réédition de Perdus dans l’espace de Bruce Broughton, qui gagne 20 minutes inédites par rapport au score album qu’Intrada avait sorti en 1998, mais aussi quarante de prises alternatives, le film de Stephen Hopkins ayant été remonté plusieurs fois en cours de production. Malgré des conditions de travail difficiles et le peu de temps qui lui fut alloué, le compositeur de Silverado signe une partition fabuleuse, portée par un superbe thème d’aventure très western qu’il est impossible de se sortir de la tête, une foule de passages d’action à la fureur nucléaire, une kyrielle de mélodies imparables et une richesse d’orchestrations à tomber par terre, le Sinfonia of London interprétant le tout avec une fougue exaltée.  

FOREVER RAY
Édité par Prometheus en 2008 sous une forme tronquée avec une prise de son très ramassée, Le Voyage fantastique de Sinbad est exhumé par Intrada sous la forme d’une restauration définitive. Celle-ci permet de redécouvrir dans des conditions optimales cette partition jugée mineure dans la carrière de Miklós Rózsa, même si la médiocrité de l’orchestre employé, faute de budget, ne rend guère justice à la splendeur de la musique et que certains morceaux n’ont pas pu être aussi bien nettoyés que les autres. Il n’en demeure pas moins que le son gagne en dynamique et en clarté et que le compositeur du Voleur de Bagdad nous embarque d’emblée à l’aide d’un thème flamboyant, qui sonne un peu comme une version nautique de celui d’Ivanhoé. qu’il développe dans des multiples variations. Le reste du score fait la part belle au mystère et à l’exotisme dans des accents tour à tour féériques et ténébreux hérités du travail de Bernard Herrmann sur Jason et les Argonautes et Le 7ème voyage de Sinbad, sans oublier un très beau thème romantique qu’on croirait sorti du Cid. L’édition précédente avait été produite à partir d’un transfert du LP et de la piste mono du film : celle-ci propose du tout stéréo en partant des masters d’origine de l’album et du score, ce qui permet enfin de découvrir certains morceaux, tronqués au montage, dans leur version intégrale d’origine, sans oublier un magnifique booklet bourré d’illustrations, d’infos et d’analyses. Intrada profite de l’occasion pour ressortir son double CD du Choc des titans de Laurence Rosenthal sous la forme d’un double vinyl qui reprend les 90 minutes du score (mais pas les bonus tracks). Outre le fait que la musique, à la fois sombre jusqu’au sépulcral et d’un romantisme héroïque délicieusement naïf, soit superbe et contienne l’une des danses païennes les plus ensorcelantes de l’Histoire de la musique de film de fantasy, il convient de signaler un remastering LP particulièrement réussi qui ferait presque oublier celui du CD tant il rend justice aux détails de la partition.

(Merci à Regina FAKE et Roger FEIGELSON) 

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Cédric Delelée