Animenation n°295
04/04/2016

Animenation n°295

Fusé – Memoirs of the Hunter Girl

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Magic Edo

Débarquant sans prévenir presque quatre ans après sa sortie japonaise, cette relecture d’un mythe fondateur de la culture nippone souffle le chaud et le froid mais recèle quelques secrets qui lui confèrent l’étoffe d’un petit classique.

Zone B. @anime.

Le nom de Miyaji Masayuki ne dira pas grand-chose au grand public. Il fut pourtant l’un des disciples de Hayao Miyazaki et occupa le poste d’assistant réalisateur sur Le Voyage de Chihiro. Malgré cette sacrée carte de visite, Masayuki mettra plus de dix ans à se retrouver à la tête d’un long-métrage, en l’occurrence une relecture de l’ultra populaire saga littéraire Nansô Satomi Hakkenden écrite entre 1814 et 1842 par Kyokutei Bakin, qui racontait les aventures de huit frères samouraïs descendants de l’union d’une femme et d’un chien. Le récit, lui-même inspiré d’une légende chinoise, infusa toutes les strates de la culture populaire japonaise : manga, animation, télé et cinéma, notamment via Kinji Fukusaku qui en tira le space opera Message from Space en 1978 et le chambara Legend of the Eight Samurai en 1983. Fusé – Memoirs of the Hunter Girl, tiré d’un roman de Kazuki Sakuraba, raconte comment Hamaji, une jeune chasseuse vivant seule dans la forêt, rejoint son frère à Edo (aujourd’hui Tokyo) durant l’ère Tokugawa. À peine arrivée, elle apprend que la ville est terrorisée par des « Fusé », créatures mi-homme mi-chien qui se nourrissent de l’orbe vital des humains. Elle rencontre l’un d’eux par accident, un beau jeune homme nommé Shino, et en tombe amoureuse… Difficile d’accorder un crédit immédiat au film de Masayuki. Entre un character design passe-partout, une animation mécanique et des atours de Princesse Mononoké du pauvre, Fusé… ne part pas sur les bases les plus solides. Ne pas persévérer serait pourtant une erreur, tant le récit déploie peu à peu une ambition certaine. D’abord dans sa description d’un Japon réfractaire à la mixité mais pourtant à l’aube de son ouverture sur le monde (le récit se situe peu à peu avant l’arrivée des fameux « vaisseaux noirs », les bateaux occidentaux du commodore Perry), mais aussi dans ses élans « meta » qui mettent en parallèle la légende des Hakkenden et leur créateur, personnage représenté dans le film. Une façon de décaler légèrement l’histoire au sein d’une Edo fantasmée où la magie va de pair avec le quotidien des petites gens, où la beauté du palais impérial contraste avec la misère d’un ruisseau où croupissent malandrins et bébés non désirés… Car malgré une esthétique colorée, Fusé… s’autorise des instants de pure noirceur rehaussés de quelques fulgurances visuelles qui installent peu à peu Miyaji Masayuki non pas comme un sous-Miyazaki, mais bien comme un cinéaste prometteur capable d’affirmer un indéniable sens de l’image poétique. Malgré quelques défauts qui lui donnent parfois l’aspect d’un produit générique, son Fusé – Memoirs of the Hunter Girl a tout d’un petit classique qui s’installe durablement en mémoire grâce à ses audaces et à un coeur gros comme ça. 




ZOOM

Miss Hokusai, le chef-d’oeuvre de Keiichi Hara, est désormais disponible en DVD et Blu-ray chez @anime. Les plus complétistes, argentés, fétichistes ou tous ceux ayant encore suffisamment de place sur leurs étagères opteront pour l’édition « ultimate » contenant boîte en bois (!), livre de 60 pages et 3 disques. Le tout pour 50 € ma bonne dame. Qui dit mieux ? Mieux. 

En attendant de voir un jour dans notre beau pays l’adaptation-live de Parasite (excellent manga de body horror de Hitoshi Iwaaki publié par Glénat en 10 tomes), vous pouvez déjà pré-commander sa version animée (intitulée Parasyte : The Maxim) prévue en juin chez Black Box dans une édition qui s’annonce chargée en goodies (artbook, affichettes, bande-originale...). 

On vous parlera le mois prochain du nouveau film du très sensible Shunji Iwai (Love Letter, All About Lily Chou-Chou), Hana et Alice mènent l’enquête, préquelle animée au film-live Hana et Alice réalisé dix ans plus tôt par Iwai. Distribué par Eurozoom, cet anime en rotoscopie viendra mettre de la couleur dans nos salles dès le 11 mai. 

 

Laurent Duroche