Télémaniac N°295
04/04/2016

Télémaniac N°295

Olivier Marchal

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INTERVIEW OLIVIER MARCHAL
CRÉATEUR, SCÉNARISTE ET RÉALISATEUR
Mad Marchal 

Après le fantastique des REVENANTS, Canal+ se lance dans la science-fiction avec SECTION ZÉRO, dont la première saison démarre le lundi 4 avril. Olivier Marchal est à la manoeuvre, et c’est donc un polar d’anticipation sous influence MAD MAX revendiquée que nous livre le créateur de BRAQUO. Allergiques aux flics en blouson de cuir, passez donc votre chemin ! 

 Évidemment, on a vu tous les épisodes et…

(il nous interrompt immédiatement) Ça va ? Ç’a été ? Pas trop de critiques ? Parce que ç’a été dur… On n’a pas eu assez de temps, pas assez de fric. En termes de production, tout est dans la série. Mais on en a chié. Si j’ai fini à l’hosto, ce n’est pas pour rien. Ça m’a tout pris, cette série. Huit mois ! J’ai fait ça comme un combat de boxe. Chaque journée de tournage, c’était comme si j’avais fait deux matchs de rugby à fond. Deux demi-finales de coupe du monde ! J’étais lessivé. On a filmé par -20, -22 degrés (la série a été tournée en Bulgarie – NDLR). Il y a eu des tempêtes de neige… Et ce n’était pas deux acteurs dans une cuisine. J’avais toujours entre cinq et dix comédiens par jour. Deux à trois cent figurants au moins deux à trois fois par semaine. Il y a eu des journées où on tirait jusqu’à 5000 cartouches. Tout ça, c’est un sacré stress quand on veut faire de l’image avec trois caméras et une équipe bulgare. Nous étions dix Français dans un pays qui est quand même très compliqué. Je crois que c’est une expérience que je ne revivrai plus jamais. Mais à l’arrivée, je suis content. 

Si on vous dit que vous avez pris une DeLorean et que vous êtes allé dans le futur pour récupérer les épisodes de Braquo saison 42, ça vous va ?

 

(il fait semblant de s’énerver) Je vais quitter la table ! (rires) Évidemment, il y a une continuité. C’est toujours le petit groupe de flics hors-la-loi. C’est le petit village de Gaulois qui résiste à l’envahisseur. C’est seul contre tous, les petits contre les corrompus. (Il fait une pause) J’ai écrit ça après avoir perdu mon meilleur ami. Il s’appelait Denis Sylvain. Il jouait le commissaire Bordier dans la saison 1 de Braquo. Ça m’a tellement dévasté que je me suis saoulé la gueule pendant tout un été. Et j’ai commencé à écrire ça dans cette période de tristesse. À laquelle s’ajoutait ma désespérance de ce monde des politiques. Ce dégoût de la société française, surtout, de ce pays qui n’a plus ses racines et qui est devenu un pays de droits, et non plus un pays de devoirs. C’est pour ça que c’est noir comme ça, désespéré. Cette violence des personnages, c’est la mienne. J’avais envie de péter la gueule à tout le monde. Le combat des petits contre les grands, ça, c’est mon complexe d’infériorité. C’est une parabole sur le monde du cinéma. Je me suis fait enfumer au cinoche par deux ou trois mecs sur des trucs énormes. J’avais tellement la haine que du coup, eux (il désigne le héros en couverture du dossier de presse), ce sont les artistes, et tous les autres, ce sont les financiers, tous ceux qui donnent leur avis sur les films et qui nous la mettent. 

La science-fiction, c’était déjà votre envie à ce moment-là ? Ou était-ce une demande de Canal+ ?

Non, c’est moi. Je voulais rester dans le polar, mais sans refaire une énième déclinaison de 36, de MR 73 ou de Braquo. Donc, le seul moyen pour continuer à faire ce que j’aime, c’était de le transposer dans un univers différent. Je me suis dit qu’on ne pourrait pas me reprocher la violence du truc, vu que ça se passe 20 ans dans le futur. Le monde devient de plus en plus violent, et dans 20 ans, ça va être affreux. Ce sera peut-être même pire que dans la série.

Quand vous êtes allé voir Canal+ en leur disant : « J’ai écrit ça, c’est de la SF », quelle a été leur réaction ?

J’ai dit : « Je veux faire un film à la Mad Max. ». Je n’ai pas dit « SF », j’ai dit « film d’anticipation. » Ils ont réagi de façon très positive, mais on a avancé avec la même trouille. Malgré tout, ça reste très attaché à ce que je fais. Luc Besson a lu les scénarios. (EuropaCorp coproduit la série – NDLR), et il m’a dit : « Bon, c’est super. Pour l’arrestation du début, dans la boîte de nuit, ce serait bien que les flics aient des pistolets qui envoient des boules avec des caméras qui parlent et qui disent : « Rends-toi ! C’est une arrestation ! ». ». Enfin... (sur un ton dépité) J’ai fermé ma gueule, j’ai dit d’accord. Luc me balançait plein d’idées comme ça. Mais après, j’ai dit à tout le monde : « Et je vais tourner ça avec mes acteurs ? ». Après, aux effets spéciaux, on va me dire qu’il n’y a plus de pognon, donc on allait se retrouver avec une espèce de boule en carton et deux accessoiristes avec une tige. Et à l’arrivée, le con, ça va être qui ? Ça va être moi ! Donc, ils vont faire une arrestation normale. On va faire une grosse baston. Moi je veux faire un western ! Juste un mec à cheval. Bon, là, ils sont en bagnole. Avec le désert. Les bons, les méchants, et c’est tout. Je ne veux pas aller plus loin que ça. 

On sent surtout l’influence du premier Mad Max

Bien sûr ! Quand j’ai vu le premier Mad Max, ça m’a traumatisé. On avait 20 piges, on était comme ça ! (il agrippe les accoudoirs de son fauteuil) Je l’ai revu avant de préparer la série, j’étais dans le même état, je ne l’avais pas revu depuis. Le côté anxiogène de ce film était quand même prémonitoire, avec la violence qu’on voit aujourd’hui. (il pointe l’acteur principal, Ola Rapace, sur le dossier de presse) Lui, c’est Mel Gibson. Les bécanes, le look, les bagnoles, le « hall of justice »... C’est un hommage direct à Mad Max. Mais encore une fois, sans les grands moyens. Mais dans le premier, il n’y en avait pas tant que ça. 

On a cru déceler une autre influence : RoboCop. Pour l’omniprésence des multinationales…

Ouais mais non. Je n’y ai pas pensé du tout. J’ai pensé à Soleil vert. Et Les Fils de l’homme, c’est indéniable. Blade Runner, aussi. Quand il bouffe ses nouilles, c’est un peu Deckard en train de bouffer ses pâtes. Ce sont des petits trucs. Et puis l’ambiance, avec les « Déviants » au début, j’ai essayé de faire quelque chose de suffisamment différent. Mais il est vrai que j’ai tellement aimé ces films, qu’ils m’ont tellement marqué, que je leur ai rendu directement hommage.

En termes de mise en scène, avez-vous abordé la série différemment de vos précédentes réalisations, notamment Braquo ? 

Il y a beaucoup plus de plans larges que dans mes films. J’ai vraiment pris mon temps pour filmer le décor. Il y a beaucoup de caméra à l’épaule, ce que je ne fais pas tout le temps. Il y en avait dans Les Lyonnais. Je ne suis pas très steadicam parce que ça me fait chier. Là, j’ai fait énormément d’épaule parce que je ne réfléchis pas, je ne découpe pas. J’arrive le matin deux heures avant tout le monde. J’ai besoin du décor, des meubles. Après, je fais venir mes acteurs et je redécoupe avec eux. Je marche à l’instinct. Parfois c’est dur de suivre. Avec ceux qui m’aiment et me connaissent depuis dix ans, je travaille comme ça. Avec les acteurs, je travaille à ça. (il se tape le coeur) Mais je découpe et prédécoupe les grosses scènes d’action, évidemment.

Propos recueillis par Alain CARRAZÉ et Romain NIGITA

 

MAD Team