DVD Mad n° 295 - Baiser macabre
04/04/2016

DVD Mad n° 295 - Baiser macabre

Baiser macabre

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Trop souvent expédié au rayon des médiocres, Lamberto Bava a aussi tourné quelques très estimables péloches de genre. Dont au moins une très bonne : BAISER MACABRE.

Zone 2. The Ecstasy of Films. 

Pendant une quinzaine d’années, Lamberto Bava travaille dans l’ombre de son père ; il en est le second assistant réalisateur, puis le premier. D’abord, à quinze ans, pour La Ruée des Vikings comme grouillot, puis sur Opération peur, Danger : Diabolik !, la mini-série L’Odyssée, Une hache pour la lune de miel, Roy Colt et Winchester Jack, Baron vampire, Lisa et le Diable et Chiens enragés. En 1977, Lamberto prend du galon sous la tutelle paternelle : il se hisse au rang de scénariste sur Shock/Les Démons de la nuit. Deux ans plus tard, il gravit un échelon supplémentaire en cosignant avec Papa la réalisation du téléfilm La Vénus d’Ille. « Je venais d’assister Dario Argento sur Inferno quand j’ai reçu un appel d’Antonio Avati, que j’avais déjà côtoyé sur un plateau » explique-t-il. « Il voulait que je travaille avec lui et son frère Pupi sur un scénario inspiré d’un fait divers pour le moins horrible : la tragédie d’une femme qui avait conservé la tête tranchée de son amant dans son réfrigérateur. Antonio et Pupi m’ont d’abord demandé d’en lire le récit dans un journal, sans m’avertir de leurs intentions. Nous avons mis seulement deux semaines à écrire le scénario. Les patrons de Medusa l’ont tellement aimé qu’ils ont demandé à ce qu’on tourne le film deux mois plus tard. Ç’a été très rapide. » Avec Lamberto Bava comme réalisateur ? Selon les entretiens qu’il accorde au fil des années, la réponse varie. Première version : « Les Avati voulaient dès le départ que je tourne Baiser macabre. » Seconde : « Je devais n’y être que premier assistant et l’on m’a informé que je le réaliserai moi-même au moment de mon arrivée sur le plateau. » Quoi qu’il en soit, il semble que, en plein dans sa période fantastique (La Maison aux fenêtres qui rient, Zeder), Pupi Avati ait bien failli s’engager au-delà de sa contribution au script… Lequel décrit la descente aux enfers d’une mère de famille adultère qui, après avoir perdu son jeune fils, assassiné par sa fille, ainsi que son amant dans un accident, passe un an en hôpital psychiatrique. À sa sortie, elle s’installe dans l’appartement du défunt, veillant sur sa tête arrachée qu’elle conserve au frais… Une histoire morbide, mortifère même, que Lamberto Bava illustre sur le modèle du style que son père avait adopté pour Shock. S’il délivre les séquences-chocs réglementaires et exploite efficacement plusieurs grands archétypes du fantastique à l’italienne (l’aveugle, la fillette démoniaque…), il distille surtout une atmosphère lourde, presque fétide, pesante.

À ce jour, ce premier film tourné en quatre semaines seulement demeure le meilleur de son réalisateur. « N’en ayant rien vu avant d’assister à la projection, mon père l’a aimé. Il m’a dit : « Maintenant, je peux mourir en paix. ». Quelques mots à jamais gravés dans ma mémoire. Il est décédé deux mois plus tard. » Peut-être Mario Bava a-t-il reconnu dans la réalisation de son fils le sujet du Corps et le fouet, qu’il a tourné une quinzaine d’années plus tôt ? Déjà une histoire de nécrophilie et d’obsession, plus baroque, plus romantique et moins explicite que celle du fiston, mais pas moins transgressive dans sa manière d’aborder un tabou absolu. Baiser macabre en est l’héritier direct, récipiendaire d’une tradition adaptée au goût du jour.

Marc TOULLEC

 

Marc Toullec