JODOROWSKY’S DUNE
04/03/2016

JODOROWSKY’S DUNE

Jodorowsky's Dune

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PLANÈTE SACRÉE

Après deux années de blocage pour des questions de droits relatifs aux dessins de Moebius, le documentaire JODOROWSKY’S DUNE peut enfin nous livrer les secrets de cette méga-production excentrique enfermée à jamais dans un livre…

Dans ce qui restera probablement comme la meilleure séquence du documentaire, Alejandro Jodorowsky cède subitement à une crise de colère, vraisemblablement non calculée ni feinte. « Ce système fait de nous des esclaves » enrage-t-il en brandissant une épaisse liasse de billets de 100 euros, qu’il qualifie de tas de merde démoniaque. « Les films, eux, ont un coeur ! Ils ont une ambition ! Je voulais faire un film comme ça. Pourquoi pas ? Pourquoi n’en aurais-je pas le droit ? » Semblant revivre le meurtre de ce qui devait être son chef-d’oeuvre, l’artiste détourne subitement le regard et s’immobilise. Ce genre de scènes, humaines et thématiquement chargées, aide à distinguer les reportages améliorés des vrais documentaires. S’il regorge d’archives puisées à la source, Jodorowsky’s Dune n’est donc pas seulement l’histoire du projet avorté le plus légendaire de l’Histoire du cinéma. C’est aussi et avant tout l’étude d’un besoin créatif dévorant, et le portrait d’un artiste parti en croisade messianique dans un monde pas encore prêt à tolérer ses idées. Le meilleur compliment que l’on puisse faire au long-métrage de Frank Pavich est qu’il dépasse très largement son argument dedépart. Il faut avouer que Jodorowsky fournit à lui seul une matière précieuse : son discours en permanente effervescence assure un spectacle digne d’une pièce de Molière. Par un jeu de montage que l’on devine colossal, Pavich parvient justement à canaliser la folie de Jodo. En lui donnant suffisamment d’espace, et en tirant parti de quelques très drôles interruptions (voir l’arrivée de son chat en pleine envolée lyrique, soulignée par un recadrage maladroit et une coupure musicale abrupte), le film retranscrit le discours trilingue du réalisateur de Santa Sangre avec une pureté et une spontanéité inespérées.
Cette exaltation constante était nécessaire pour mettre en relief l’ambition phénoménale de ce Dune oublié, projet pharaonique que l’on peut raisonnablement qualifier d’irréalisable. « C’est un rêve » insiste souvent Jodorowsky, pas peu fier de ne respecter que superficiellement le roman original. « J’ai violé Frank Herbert, mais je l’ai fait avec beaucoup amour ! » Cette vision extravagante et radicale aurait pu révolutionner le 7e Art, voire marquer profondément la société trois ans avant Star Wars. Notons, à ce titre, que Jodorowsky qualifie son long-métrage de « prophète », terme théoriquement réservé à son personnage central. La matière filmique, pour Jodo, est animée d’une vie propre. Elle peut et doit être salvatrice, et mérite que l’on se sacrifie pour elle. Voir le cinéaste regretter à demi-mot l’entraînement acharné de son fils de 12 ans, enrôlé de force pour interpréter Paul Atréides, est dès lors très touchant, Jodorowsky précisant qu’il aurait été capable de se couper un bras, pardon, de mourir pour mener à bien son entreprise ! Dévouement confirmé par ses compagnons d’alors, notamment Chris Foss, Michel Seydoux et Dan O’Bannon (dans une interview audio très efficacement mise en images), ravis de se remémorer les harangues quotidiennes du bonhomme. Seydoux ressort d’ailleurs comme une personnalité réellement passionnante, suffisamment cinglée pour suivre Jodo dans ses choix les plus mégalomanes après avoir distribué El Topo et produit La Montagne sacrée. De Pink Floyd à Salvador Dali en passant par Mick Jagger et Orson Welles, le documentaire détaille les stratégies de conquête du duo, tout en animant, en 2D ou 3D, les dessins de préproduction sidérants de Moebius, Giger et Foss. L’occasion de tourner autour d’un vaisseau pirate indescriptible, de frôler un ver des sables à bord d’une libellule mécanique, de suivre une semence « spirituelle » à l’intérieur d’un utérus (idée reprise dans Enter the Void), de contempler le palais obscène du baron Harkonnen, de subir une séance de torture extrême (Jodo s’en souviendra pour Santa Sangre), ou de traverser l’univers entier en plan-séquence (oui, comme dans Contact). Ces images flamboyantes, le documentaire les empile sans excès d’amertume, préférant jouer la carte de la consolation, de l’apaisement. Après tout, Jodo a rêvé son Dune, « et les rêves aussi peuvent changer le monde ».

Alexandre PONCET

 




INTERVIEW
FRANK PAVICH RÉALISATEUR ET PRODUCTEUR

ARCHÉOLOGUE DU FUTUR
C’est au Festival de Cannes 2013 que l’auteur de JODOROWSKY’S DUNE nous expliquait comment il a remonté le fil d’un des projets de long-métrage les plus dingues jamais rêvés, en partant des incroyables tableaux et dessins préparatoires signés par Chris Foss et le regretté Moebius.

Comment avez-vous eu connaissance du projet d’adaptation de Dune par Alejandro Jodorowsky ?

C’est mon producteur Stephen Scarlata qui a découvert cette histoire il y a sept ans, en lisant juste pour le plaisir un de ces livres qui listent les 50 meilleurs films non tournés. Certains de ceux-ci sont intéressants et d’autres moins, mais quand vous arrivez à Dune et que vous découvrez tous les acteurs et musiciens envisagés – Salvador Dali, Orson Welles, Pink Floyd, Mick Jagger, etc. –, vous vous rendez compte qu’il s’agit probablement du plus grand film non tourné. Pendant trois ou quatre ans, nous avons ainsi recherché un maximum d’informations, notamment en consultant des sites Internet qui montraient quelques images du story-board. Bien qu’il s’agisse de très mauvaises reproductions, plus nous en trouvions, plus nous étions stupéfaits.

Mais vous auriez quand même fait le documentaire si vous n’aviez pas eu accès aux documents originaux ?

Impossible, cela aurait été trop ennuyeux. L’essence du projet est contenue tout entière dans les illustrations originales, dans le story-board de Moebius et les peintures de Chris Foss. Nous n’aurions donc jamais pu raconter cette histoire sans la participation de tous ces gens. Le plus dur a été de joindre Mr Jodorowsky, qui est présent partout dans le monde via Twitter et autres, mais est très difficile à contacter directement. Enfin, je l’ai rencontré brièvement chez lui à Paris, où il m’a conseillé de parler au producteur Michel Seydoux, dont c’était aussi le projet et qui en possède les illustrations originales. De fait, quand je suis arrivé dans les bureaux de sa compagnie Camera One, j’ai vu quatre ou cinq de ces peintures au mur, et j’ai dès lors été certain qu’il comprendrait mon enthousiasme : il porte toujours Dune dans son coeur, puisqu’il voit ces images tous les jours depuis 35 ans.

Quant au livre rassemblant ces images, il est si rare que c’est une sorte d’équivalent cinématographique du Necronomicon

Exactement ! Je pense qu’ils en ont fait imprimer tout au plus une vingtaine d’exemplaires. Et quand ils sont allés à Los Angeles pour rencontrer les patrons de différents grands studios, ils ont laissé le livre à chacun, sans se soucier de le récupérer ensuite. Jusqu’à récemment, le seul exemplaire existant était ainsi celui de Mr Jodorowsky. Mais quand la mère de Mr Seydoux est décédée, il a vidé la maison familiale, et il est tombé sur le livre perdu au fond d’un placard ! Il a été très heureux de retrouver, après toutes ces années, ce volume qui contient notamment le story-board en très grand format. Pour moi, cela a été un grand honneur de le feuilleter : c’est incroyable de pouvoir toucher cet objet énorme et très lourd.

Pour autant, beaucoup des témoins de l’époque sont morts depuis…

Le scénariste Dan O’Bannon est décédé en 2009, pendant que faisions nos recherches. Cela a été un coup de massue, car auparavant, nous en étions au stade du rêve : « Ouah, ce serait génial de raconter cette histoire un jour. ». Mais quand nous avons eu la nouvelle, nous avons décidé de passer à la vitesse supérieure, car tous ces messieurs sont assez âgés. Jean Giraud/Moebius a bien sûr disparu il y a quelques années. Jodorowsky est dans un état de forme merveilleux, mais il a quand même 84 ans. H.R. Giger a 70 et quelques (il est finalement décédé en 2014 – NDR), Chris Foss est à peine plus jeune… Bref, c’était une course contre la montre pour que l’histoire soit racontée de leur propre bouche, avant que ce ne soit plus possible. Cependant, mon partenaire Stephen a découvert sur Internet le mp3 d’un entretien avec Dan O’Bannon. C’était une vraie trouvaille, car cet enregistrement datait de 1978, si je me souviens bien. Du coup, les souvenirs d’O’Bannon sur Dune étaient encore très frais, contrairement aux autres entretiens que nous avions repérés, qui dataient des années 90 ou 2000. Nous avons donc passé pas mal de temps à retrouver le possesseur de l’enregistrement, qui est en fait un amateur de science-fiction de l’Utah, éditeur d’un fanzine pendant les années 70. Il a été ravi de nous laisser utiliser ce son, car il adore Dune, Jodorowsky et Dan O’Bannon. Et il comprenait qu’il était important de faire entendre la voix de ce dernier.

Mais vous n’avez pas réussi à interroger des gens de Hollywood à qui le projet avait été proposé à l’époque ?

C’était le même problème, la plupart sont morts. Vous savez, l’équipe d’Alejandro Jodorowsky était très jeune : par exemple, Michel Seydoux avait à peine plus de 25 ans. Nous avons ainsi essayé de retrouver les chefs des studios, les gens qu’ils auraient pu rencontrer à Los Angeles, mais en vain. C’est pourquoi nous nous sommes retournés vers quelqu’un comme Gary Kurtz, qui travaillait alors sur Star Wars et était donc dans le coin au même moment. Il pouvait donner son opinion, et aussi nous dire ce qu’était probablement l’état d’esprit des studios.

Et vous avez trouvé d’autres archives que les illustrations originales ?

C’est étrange, car en commençant à faire le documentaire, je me suis dit : « Oh, maintenant que nous avons retrouvé les illustrations, il doit aussi y avoir des milliers de photos montrant les gens au travail. ». En effet, ils ont bûché ensemble durant deux ans, et moi-même, pendant que je concevais le documentaire, je prenais sans arrêt des clichés avec mon téléphone portable. Mais là, il n’y avait presque aucune archive photographique. Je crois qu’ils étaient tellement impliqués dans les dessins préparatoires qu’ils ne se sont pas préoccupés de conserver des témoignages de leur boulot. En outre, je pense qu’après l’effondrement du projet, Mr Jodorowsky a en quelque sorte pris du recul. Je n’ai trouvé aucun article de presse de l’époque où il s’exprimait à ce sujet : c’est seulement depuis quelques années qu’il aime parler de Dune.

Et vous avez vérifié ses déclarations, notamment en ce qui concerne ses attaques contre le technicien d’effets spéciaux Douglas Trumbull, propres à irriter les fans de ce dernier ?

Ah, il y a toujours des gardiens du temple… Après la projection d’hier soir au Festival de Cannes, un gars m’a demandé : « Qu’est-ce que ça vous fait d’avoir participé au viol de Frank Herbert ? ». C’était sans doute un fan du roman original, vous savez. Moi-même, j’adore Douglas Trumbull : il est formidable, il travaille encore et ses effets pour The Tree of Life sont époustouflants. J’espère donc qu’il sait que je suis un de ses grands fans, et qu’il ne va pas être trop offensé. En fait, je suis sûr qu’il va comprendre que je n’ai pas essayé de faire une enquête journalistique. À vrai dire, je me suis mis dans la même position que Chris Foss : jusqu’à aujourd’hui, il n’a toujours pas lu le roman de Herbert, et à ses yeux, l’histoire de Dune est donc celle que Mr Jodorowsky lui a racontée. De la même manière, pour moi, l’histoire du Dune de Jodorowsky est celle que le principal intéressé m’a racontée. Bref, s’il me dit que les choses se sont passées comme ça, c’est comme ça qu’elles se sont passées. De toute manière, on ne sait jamais avec lui ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, car c’est un conteur né et ses récits lui échappent un peu. Sa vie elle-même est en partie fantastique et magique, et je pense qu’il existe sur un niveau différent du nôtre. En quelque sorte, il flotte autour des choses, et il est devenu sa propre créature.

Propos recueillis et traduits par Gilles ESPOSITO
(Merci à Clément RÉBILLAT) 

 



DUNE
D’UN NAUFRAGE À L’AUTRE 

DUNE à l’écran, ce n’est pas simplement l’histoire rocambolesque d’un unique et mythique naufrage, mais de plusieurs, même lorsque le projet finit par aboutir…

Après le rêve fou et ambitieux d’Alejandro Jodorowsky, le roman de Frank Herbert tombe au début des années 80 dans l’escarcelle de Dino De Laurentiis, un nabab à l’ancienne éternellement lancé à la conquête de Hollywood. Une acquisition opportuniste, étroitement liée à la popularité soudaine du genre science-fiction, promu par le succès de Star Wars. « En racheter les droits n’a pas été chose aisée » explique le producteur. « Il a fallu surmonter des problèmes de copyright. » Le chéquier toujours grand ouvert, il y parvient, une idée précise en tête : confier la réalisation à Ridley Scott, dont l’Alien a justement réuni quelques-uns des artisans de la future tentative avortée d’Alejandro Jodorowsky. « Pour avoir fait Blade Runner, il me paraissait l’homme de la situation » justifie De Laurentiis. « Nous nous sommes rencontrés à Londres, nous avons parlé du projet et il me semblait intéressé. Cependant, il a insisté pour que j’engage un coproducteur dans lequel je n’avais pas confiance, peut-être à tort. Quoi qu’il en soit, les négociations n’ont pas été plus loin. »
De son côté, Ridley Scott a une version bien différente : « En réalité, j’ai travaillé sept mois sur Dune, mais avant Blade Runner. Le scénario écrit avec Rudy Wurlitzer constituait un bon concentré du roman. J’ai finalement quitté le projet pour ne pas avoir à y consacrer deux années et demie supplémentaires. De plus, venant de perdre mon frère aîné Frank, terrassé par un cancer, je n’avais plus le coeur à une telle entreprise. »

MIRAGE 
Conseillé par sa fille Raffaella, Dino De Laurentiis jette, suite à la démission de Ridley Scott, son dévolu sur David Lynch, dont Elephant Man l’a séduit. « Je venais d’être écarté du Sixième sens, d’après le roman Dragon rouge de Thomas Harris, lorsque Dino m’a appelé chez moi » assure le réalisateur. « Il m’a dit : « Je voudrais que tu lises Dune de Frank Herbert. J’ai compris « June ». En dépit de mon peu d’appétence pour la science-fiction, je l’ai fait. Je l’ai ensuite rencontré. Vraiment un type charmant, sympathique et persuasif. Malgré mes réserves, il m’a convaincu. » Et David Lynch de se jeter dans une aventure de plus de trois ans, dont une année complète vouée à l’écriture d’un scénario dont le producteur surveille de près l’évolution. « Dino a pratiquement joué un rôle d’éditeur, me poussant à en réduire le volume. Nous l’avons ramené de près de 200 pages à 135. J’ai beaucoup élagué, veillant cependant à ce que les coupes n’altèrent pas le sens de l’histoire originale. » Effectivement, dans le script, tout est là, dans une version compressée : la planète Arrakis, les clans Harkonnen, Atréides et Fremen, la si précieuse Épice… « Plus on pénètre dans le livre, plus on a du mal à suivre. J’ai mis beaucoup de temps à commencer à ressentir des émotions. Dune m’a presque rendu fou. » Surtout que David Lynch doit se passer de Christopher De Vore et Eric Bergren, coscénaristes d’Elephant Man, dont Dino De Laurentiis n’apprécie guère les orientations ésotériques. « Je n’ai jamais vraiment eu le sentiment d’avoir la permission de m’approprier le livre de Frank Herbert » reconnaît le cinéaste. « Pour moi, ç’a été la dégringolade. Je m’étais fourré dans une sale affaire, dans un film de studio, et je n’avais pas le final cut. Petit à petit, j’ai commencé à faire inconsciemment des compromis. » Comme ajouter une voix off afin de transmettre des informations au public. « Un procédé nul » dénonce-t-il.
Budgété à 40 millions de dollars, tourné six mois durant dans les 80 décors construits sur seize des plateaux des immenses studios de Churubusco Azteca à Mexico et bénéficiant d’une équipe de 1700 techniciens et artisans, Dune ne connaît pas le succès escompté à sa sortie. « S’il n’a pas marché comme on le souhaitait, ça n’a pas pour autant été un flop car, à l’international, il a beaucoup mieux fonctionné qu’aux États-Unis ! » En France tout particulièrement. Les risques financiers sont trop élevés pour donner le feu vert au Dune 2 dont le scénario est pratiquement prêt à tourner.
Plus déçu par son travail que par les résultats au box-office, David Lynch fera remplacer son nom dans la version longue alternative de Dune destinée à la télévision américaine par celui d’Alan Smithee. L’avis plutôt positif de Frank Herbert le console à peine : « Un éblouissement visuel. J’ai aimé, malgré les coupes. ». Plus d’une heure de film finit à la corbeille ! « Dans le montage projeté à Universal, le film durait trois heures et demie » admet Dino de Laurentiis. « Pas question pour le studio de le distribuer dans cette version, aussi longue que Les Dix Commandements. Sa direction m’a poussé à tailler dans le vif. Vu le montant de leur investissement, je me suis moralement senti obligé de leur obéir. Une grosse erreur. Aujourd’hui, tout le monde sent qu’il manque quelque chose au film. »

TÉLÉ-ISÉ
Dino de Laurentiis perd les droits de Dune au milieu des années 90 au profit de Richard P. Rubinstein, producteur au cinéma de Zombie et à la télévision du Fléau et des Langoliers. Le bonhomme n’achète pas seulement les droits de Dune en vue d’une adaptation télé : il acquiert l’ensemble des romans de la saga, du moins ceux signés Frank Herbert : Le Messie de Dune, Les Enfants de Dune, L’Empereur-Dieu de Dune, Les Hérétiques de Dune et La Maison des Mères.
Ambitieux, Rubinstein obtient un budget de 20 millions de dollars pour le premier, issus en grande partie des caisses de Sci-Fi Channel. « Le nouveau Dune s’adresse aux gens qui, habituellement, n’aiment pas la science-fiction » garantit-il, tandis que le réalisateur en poste, John Harrison (Darkside, les contes de la nuit noire), revendique « une grande fidélité » au livre. Il en a non seulement les moyens (investis dans quatre mois de tournage en République Tchèque), mais dispose de la durée nécessaire, avec pas moins de trois épisodes d’une heure trente chacun.
Sous forme de mini-série, le Dune daté 2000 trouve son public. La critique l’accueille favorablement, trouvant en Alec Newman un Paul Atréides du niveau de celui incarné par Kyle MacLachlan dans le film de David Lynch. Richard P. Rubinstein peut par conséquent poursuivre le cycle de Dune. Dès 2003, il revient avec les trois épisodes de 90 minutes des Enfants de Dune, dont le scénario intègre aussi le roman Le Messie de Dune. « En tant que livres, Les Enfants de Dune et Le Messie de Dune constituent les deux parties d’une même histoire » justifie John Harrison qui, auteur du script, a passé les lourdes rênes de la réalisation à Greg Yaitanes (Nash Bridges, Cleopatra 2525). Le précédent Dune possédant sa guest-star prestigieuse (William Hurt en père du héros), sa suite procède de même, offrant à Susan Sarandon les toilettes de la corrompue Princess Wensicia Corrino.

LES PIEDS DANS LE SABLE
Des mini-séries Dune, Richard P. Rubinstein aurait pu en produire une ou deux autres, la matière première ne manquant pas. Pourtant, la saga TV s’arrête en 2003, prématurément en regard des intentions de départ. Le producteur a cependant un projet en tête : une nouvelle tentative d’adapter le roman de Frank Herbert au cinéma. Il recherche un studio en mesure de financer la bête ; ce sera la Paramount qui, dès fin 2007, annonce l’implication de Peter Berg (Hancock, Le Royaume). Très vite, celui-ci s’exprime : « Mon Dune sera différent de celui de David Lynch, qui se concentrait surtout sur la rivalité politique des maisons Harkonnen et Atréides pour le contrôle de l’Épice. S’il en sera toujours évidemment question, mon film sera une aventure épique, quelque chose d’audacieux, de violent, de musclé et aussi d’amusant. » En clair, Peter Berg voudrait faire de Dune un pur divertissement, « quelque chose dans le genre du Seigneur des Anneaux, de Star Wars ou d’Indiana Jones, sans pour autant négliger les aspects shakespeariens du livre » tente-t-il de rassurer, ajoutant que les progrès techniques des effets spéciaux lui « permettront d’accomplir ce qui était inaccessible à David Lynch. » De son côté, Richard P. Rubinstein promet un grand nom dans les habits de Paul Atréides. Robert Pattinson ? Possible, la révélation de Twilight ayant rencontré le réalisateur. Avec un budget avoisinant les 200 millions de dollars, ce Dune nécessite une star hautement « bankable ». Le scénario de Josh Zetumer (qui signera plus tard le remake de RoboCop) prêt, il ne reste plus à la Paramount qu’à fixer une date de sortie. Las, la firme révèle l’abandon de Peter Berg, que trois ans de développement ont usé. Il est question que Neill Blomkamp (District 9) ou Neil Marshall vole au secours du projet ensablé. C’est finalement un Français, Pierre Morel, qui en reprend les rênes. Réalisateur de trois productions Luc Besson (l’amusant Banlieue 13, l’assez réussi Taken et l’inepte From Paris with Love), le nouveau venu annonce illico un « Dune proche du livre », que se charge d’écrire le scénariste Chase Palmer. Un an de labeur plus tard, Pierre Morel jette à son tour l’éponge, essentiellement pour des questions de budget.

 

MAD Team