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Loin de moi, près de toi - Jun'ichi Satô et Tomotaka Shibayama (2020)


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7 réponses sur ce sujet

#1 profondo rosso

profondo rosso

    Bluette Prof

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Posté 09 July 2020 - 20:31 PM

Ca réclamait un topic je me dévoue !

 

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L'histoire prend place dans la ville de Tokoname située dans la préfecture d'Aichi. Nous y suivons le quotidien de Miyo Sasaki, une collégienne amoureuse de son camarade de classe nommé Kento Hinode. Malgré tous les efforts de Sasaki pour se faire remarquer, Hinode ne fait pas attention à elle. Un jour, elle découvre un étrange masque lui permettant de se transformer en un chat nommé Tarō. Grâce à cet objet, elle peut se rapprocher de celui qu'elle aime. Cependant, à force de l'utiliser, elle pourrait bien ne plus retrouver sa forme originelle...
 
Loin de moi, près de toi est la dernière production du Studio Colorido qui avait offert en 2019 une des plus belles et originales propositions récentes de l’animation japonaise avec le délirant Le Mystère des pingouins. Il est à nouveau question de mettre en valeur un animal au charme certain ici, mais cependant plus immédiatement inscrit dans notre quotidien avec le chat. Le postulat du film croise habilement le spleen adolescent mâtiné de surnaturel à la Makoto Shinkai (Your name (2016) en tête),  et l’onirisme foisonnant de Ghibli (la dernière partie lorgnant formellement sur Le Voyage de Chihiro (2001)). Le film se démarque cependant par sa narration singulière. La dimension dramatique s’entrecroise toujours aux éléments fantastiques du récit, les seconds offrant constamment une échappatoire (et une manière de masquer) la première. Ainsi lors de la scène d’ouverture nous suivons la jeune Miyo, manifestement troublée par une situation familiale qui sans totalement se révéler s’avère difficile, et dans sa fuite rencontre une mystérieuse créature vendant des masques de chats.
 
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On a presque l’impression de rencontrer un tout autre personnage lorsqu’on retrouve cette même Miyo dans son quotidien scolaire. Enjouée et bondissante, elle y poursuit de ses assiduités amoureuses l’introverti Hinode guère réceptif à ses appels du pied. Notre héroïne semble indifférente à la piètre opinion de ses camarades à son égard et surtout semble avoir un secret pour se rapprocher d’Hinode malgré lui. L’étrange vendeur lui a offert un masque qui lorsqu’elle le revêt la transforme en chat des plus mignon qui peut s’introduire auprès d’Hinode alors bien plus affectueux. Sans pousser trop loin cet aspect-là, la facette sexuelle est sous-jacente avec la nature entreprenante de Miyo (ce qui change du cliché des héroïnes de japanime rougissante et paralysée de timidité) et la promiscuité charnelle induite par sa transformation, les caresses et la tendresse qu’elle peut recevoir sous son avatar félin. Mais cela sert surtout de révélateur à ce que Miyo et Hinode ne peuvent se dire en humain. Miyo abandonnée enfant par sa mère découvre une un nouveau quotidien auprès d’une belle-mère et dissimule son mal-être sous ce caractère enjoué. Hinode rêvant d’être potier mais poussé vers les études par sa mère est également, sous une forme plus silencieuse, incapable d’exprimer ses vrais sentiments. Lui sort de sa froideur sociale auprès de Miyo transformée en chat quand elle reçoit l’attention espérée et peut observer le vrai caractère de son aimé. Le travail sur le mimétisme de la gestuelle chat/humain et dans l'expression du regard est d'ailleurs fort réussi.
 
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On baigne dans une atmosphère réaliste où s’invite avec finesse des éléments de magie. La poésie du quotidien s’entrecroise joliment avec le surnaturel avec les discrètes scènes de transformation où Miyo s’échappe de son corps et symboliquement de son foyer, le réalisme des paysages accompagnant les déambulations de ce chat pas comme les autres. La nuit venue, l’étrange prend le pas sur le réel avec les déroutantes apparitions du vendeur de masque, trop avenant pour être sympathique, et qui incite Miyo à définitivement endosser l’existence de chat. Quand l’amour si fébrilement espéré de Hinode semblera impossible à obtenir, la tentation sera grande. Adolescent comme adulte, il peut arriver en observant l’existence nonchalante et bienheureuse des chats de les envier quand nos soucis bien réels se font insupportables. Le chat matérialise littéralement ici la fuite en avant ordinaire face à l’adversité, et d’autant plus difficile à appréhender pour une adolescente. La force du film est de livrer de façon subtile et fragmentée les failles de ses personnages, et plus le puzzle de leur maux se reconstitue, plus la fuite vers cet onirisme manipulateur semble la solution.
 
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Miyo et Hinode n’y trouveront pourtant qu’un point de non-retour dans la solitude et le retour au réel devra servir leur reconstruction. Pour exprimer cela, l’aspect féérique et fantasmagorique se déploie pleinement dans la dernière partie qui nous emmène dans le monde parallèle des chats. On avait déjà eu droit à ce type d’univers dans Le Royaume des chats (2002) produit par Ghibli mais on s’éloigne du côté joli ornement de ce dernier pour une portée plus symbolique. C’est notamment le cas lorsque Miyo rencontrera d’autres chats ayant fuis leur vie humaine mais regrettant désormais amèrement leur métamorphose définitive - et justifie l'esthétique à la Chihiro où la ville des chats est une réminiscence de l'esthétique médiévale de la cité de Tokoname. Même si pas pleinement exploité, l’idée de cette chatte devenue humaine regrettant la simplicité de sa vie animale auprès de sa maîtresse offre également la perspective inversée de façon très touchante.
 
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La dernière partie, toute en course-poursuite et combats, est moins originale que tout ce qui a précédé mais touche néanmoins en montrant Miyo et Hinode transcendant leur caractère de façade pour s’avouer leurs sentiments. Miyo ose se montrer vulnérable et quitte son masque enjoué permanant, et Hinode se refuse à son habituelle passivité pour être enfin combatif. Le surnaturel n’est plus un refuge factice mais un révélateur qui ramènera notre couple à son quotidien, transformé par leur attitude positive. Une belle réussite qui, sans atteindre la vertigineuse démesure des meilleurs moments de Le Mystère des pingouins, a pour elle une émotion subtile et sincère. 5/6


#2 Captain Cavern

Captain Cavern

    Faut que j'aille dormir

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Posté 09 July 2020 - 21:38 PM

Arf, après cette critique alléchante j’espérai pouvoir voir le film en salle, je découvre finalement que c'est déjà dispo sur Netflix. Dommage ne pas pouvoir profiter de ça sur grand écran, mais c'est mieux que rien. 


Science, progress, laws of hydraulics, laws of social dynamics, laws of this, that, and the other. No place for three-legged cyclops in the South Seas. No place for cucumber trees and oceans of wine. No place for me.

#3 Aniya_san

Aniya_san

    Miyazaki is DOG !

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Posté 10 July 2020 - 09:36 AM

J'ai adoré, Sasaki elle est délire, complètement excentrique, ça cache un truc of course mais elle est touchante, parfois relou pour ce pauvre introverti d'Hinode.
J'avais peur que ça soit trop nunuche mais non.
Le côté fantastique est excellent, c'est pas grand chose en faite, une excuse.

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#4 cool attitude

cool attitude

    Wookie

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Posté 10 July 2020 - 10:47 AM

Excellente critique Profondo Rosso qui met bien en exergue les qualités visuelles et narratives de ce très beau long métrage.  :smile:

 

En plus l'un des deux réalisateurs Juni'chi Satô est connu pour avoir réalisé deux séries animées Japonaises majeures des années 2000: l'étonnante et originale Princess Tutu et la rafraîchissante et exaltante Kaleido Star !

 

J'ai énormément aimé Loin de moi près de toi.

 

Visuellement, le film est un enchantement, le character design est splendide et l'animation est d'une fluidité éblouissante.

 

Miyo est une héroïne attachante: tantôt pétulante et enjouée, tantôt mélancolique et triste, notamment comme tu le soulignes au sujet du fait que sa mère l'ait abandonnée étant petite où ses relations conflictuelles avec sa belle mère.

 

En tout cas, elle ne manque pas de cran, ni d'audace, notamment quand elle a carrément sauté de plusieurs étages de son collège(!) pour punir ceux qui martyrisaient l'élu de son coeur Hidone !

 

Les personnages sont également nuancés: je pense en particulier 

Spoiler
.

 

Un très joli film à la fois onirique et poétique, sentimental et émouvant, charmant et prenant...

 

C'est l'un de mes gros coups de coeur de l'année !  :smile:



#5 aruno

aruno

    Wookie

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Posté 10 July 2020 - 12:46 PM

Damned. Je viens de me faire spoilers quelques truc en passant ici comme j'ai pas encore vu le film (^^;). Bon pas grave, ce sont pas des Gros truc non plus(^^)

Je suis en train de traduire, du newtype de juillet, l'interview de Mirai Shita qui interprète l'héroïne principal . J'ai presque fini. Faudra que je fasse quelque vérification (peut-être voir le film avant aussi) et je la posterais ici.
(C'est en me mettant vraiment a l'exercice de la traduction que je me rend compte de la prise de tête que c'est (è_é))

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#6 Captain Cavern

Captain Cavern

    Faut que j'aille dormir

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Posté 15 July 2020 - 09:04 AM

Depuis que j'ai vu le film (fort agréable et touchant), j'ai le générique de fin en tête, dans le genre earworm c'est sacrement efficace :

 


Science, progress, laws of hydraulics, laws of social dynamics, laws of this, that, and the other. No place for three-legged cyclops in the South Seas. No place for cucumber trees and oceans of wine. No place for me.

#7 geoff87

geoff87

    Gremlins

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Posté 15 July 2020 - 16:32 PM

Disponible dés aujourd'hui avec le doublage VF (qui a été retardé)



#8 Epitakt

Epitakt

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Posté 24 July 2020 - 22:12 PM

Merci a Profondo Rosso pour avoir ouvert le topic et la découverte, c'était chouette !

Ce n'est peux être que le creux de la nuit et les rides qu'elle y creusait, mais j'ai été plutôt cueillit par ces effluves d'émotions, amenées pas sans nuances mais toujours frontalement, la manière qu'on les personnages de les digérer et les extérioriser (verbalement) guidant le récit. Un fil rouge parsème le tout de culture Shinto et de ses portes. Un petit regret tout de même pour le deuxième partie, qui si elle vient de manière très surprenante et agréable en tirant toute partie de la direction artistique, loupe un peu le coche quand a l'action choisie et ne tire pas assez d'épingles de ce monde des esprits esquissés - somme toute d'une très belle manière mais peux être en attente d'un grain de folie, d'interactions qui fasse vivre cet espace hors de l'intrigue un peu plus ou de quelque chose de plus psychique et intérieur, quitte a enfoncer un peu plus le couteau dans la plaie quand aux aspects les plus sombres du film et qui guide son côté évocateur, des le début.

 

Ceci dit, ce côté un peu plus familiale et conventionnelle donne un peu l'impression que le film attend le grand écran, autant par cela que par ses décors soignés et dont on a envie d'être immergé. Et oui la musique de fin est chouette : )


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