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OtherLife - Ben C. Lucas (2017)


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#1 Kissoon

Kissoon

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Posté 27 January 2020 - 20:39 PM

OtherLife

 

2017 - Australie - 1h35

 

Un film de Ben C. Lucas.

Adaptation libre du roman "Solitaire" de Jessica Eskridge.

Avec : Jessica de Gouw, T.J. Power, Thomas Cocquerel ...

 

 

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Ainsi donc, le film que j'ai le plus visionné ces deux dernières années est un petit budget australien inconnu au bataillon, et réalisé par un tout aussi inconnu réal qui n'a mis en scène que deux films en dix ans.
Alors pris dans une frénésie de découverte de tous petits films fantastiques (j'en matais un par soir, du très sympa au très mauvais), l'ami Netflix m'a donc conseillé ce OtherLife. J'en ignorais tout, c'était en VOSTF uniquement, j'ai regardé. 
 
Depuis j'ai vu le film 4 fois. Et phénomène étrange, alors même que je peux dire précisément ce que ça raconte, décrire des scènes,  quand je le revois j'ai l'impression de le redécouvrir, que j'avais oublié ça, et ça, et ça ...
 
 
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OtherLife est un film court, dense, qui raconte une histoire et aborde des thèmes qu'on a pu voir ou lire ailleurs. Une "expérience" informatique et biologique, contenue dans un liquide (!) qu'on s'inocule dans l'oeil, et qui vous rend à la vie réelle avec le sentiment que vous avez réellement vécu l'expérience. On pensera à Total Recall, ou ce qu'on voudra qui navigue dans ces thèmes là, et y'aura des raisons, mais au final OtherLife trace sa propre voie.
 
 
L'ouverture du film, qui m'émeut beaucoup sans que je sache trop pourquoi, pose d'emblée le ton mélancolique qui traverse une bonne partie du film. Un homme et une femme, une plage calme, l'océan. On est pas loin de Perth, côte ouest de l'Australie, et là-bas devant eux il n'y a rien. De l'eau, du calme, l'envie de rester là à jamais.
 
 
 
OtherLife parle biotechnologie. Une programmation "d'expériences de vie", au sein d'une start-up qui évoque un balbutiant Facebook. Un produit unique, du jamais vu, porteur des espoirs les plus fous niveau business, et qui bien entendu intéresse aussi le gouvernement. Envie d'un séjour au ski dans les Alpes suisses ? Pas de problème, injectez vous le liquide noir contenant l'expérience dans l'oeil, et vous allez frissonner comme si vous y êtiez, un "rêve" d'un réalisme total, et qui vous laissera avec la certitude de l'avoir réellement vécu.
 
Mais le danger est aussi réel. Le produit "OtherLife" est un produit tellement autre qu'il ouvre des portes dont on ne sait rien ... Mais le temps presse, l'argent manque, des partenaires sont obligatoires, la tension monte entre Ren, la programmeuse et cerveau du projet, et Sam, son associé pressé de sauver l'entreprise.
 
Otherlife-2.jpg
 
 
De ce canevas intéressant mais pas forcément original, Ben C. Lucas tire régulièrement des scènes belles, calmes, épurées, emprises d'une mélancolie palpable, et à la cinématographie évidente.
OtherLife est plein de scènes ingénieuses, qui font passer une idée ou un sentiment de façon simple et visuelle. La jetée du film, point de départ et d'arrivée, bulle coupée du monde, y'a pas besoin d'en dire plus. La "prison", idée formidable, juste une pièce sans fenêtre, un écran géant, quelqu'un dedans, et rien d'autre, et le temps qui passe, qui passe ... Ou ces visites au frère à l'hôpital, l'espoir et le désespoir en même temps, tout le poids de la culpabilité sur les épaules de Ren. Ou ces "bugs" qui tordent l'illusion, c'est déjà vu, mais là bizarrement ça marche à chaque fois. 
 
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Cette porosité entre le réel et le simulacre, le danger et la confusion que cela engendre chez Ren et tous ceux qui testent "OtherLife", c'est aussi, paradoxalement, ce qui mènera notre héroine à accepter ce qu'elle refuse d'accepter depuis le début. 
Un long cheminement vers l'acceptation, le lacher prise. Les quelques scènes avec le père, qui pourtant arrive tardivement et est peu présent, sont émouvantes.
 
OtherLife est donc un film qui m'a beaucoup touché, mais j'aurais tort de vous vendre ça comme un film d'auteur porté sur la sensiblerie. C'est avant tout un film de genre, qui assume son élément fantastique, mais avec une imagerie très réaliste et crédible. S'il n'y a pas de scènes d'action, le rythme du film est élevé, il n'y a pas vraiment de temps mort, et la tension est présente. Le temps presse, cours, Ren, cours ...
 
Un film fantastique intimiste, un budget de petit film indé, mais à la facture technique impeccable. Visuellement le film est très beau, et aligne quelques séquences qui ont bien imprimé mes rétines. L'océan est particulièrement choyé, mais c'est tout Perth que Ben C. Lucas, originaire de la ville, essaye de montrer au maximum.
Et y'a le casting. Si tout le monde joue bien, avec peut-être un bémol sur le personnage du copain, Jessica de Gouw crève l'écran. Une cinégénie incroyable. Elle est à l'écran dans presque toutes les scènes, et on ne voit qu'elle. 
Mais en plus elle joue bien. D'un personnage dont on pourrait douter dans la vie réelle (la programmeuse mignonne mais torturée), elle fait une Ren ambiguë, contrariée, antipathique même par moments, qui fuit ses peurs en courant après un objectif impossible. Le personnage existe physiquement et émotionnellement, et c'est un très beau portrait de femme.
 
 
Avec ce long texte sans queue ni tête, j'ai l'impression de n'avoir fait que tourner autour du pot, tel un Nolan* dans ses blockbusters les plus longs. C'est que le film me touche sur à peu près tous les niveaux, et je sais qu'il y a des chances que cela ne soit pas votre cas. 
Comment expliquer ce calme qui me prend dans certaines scènes ? Pourquoi je trouve si beau et si touchant ce simple regard de Jared, le frère de Ren, à sa soeur ? Ou les scènes entre Ren et son père ? Pourquoi je ne peux m'empêcher de penser que son associé, pourtant une belle enflure, est humain et pas si mauvais ? Pourquoi cette jetée au bout du monde est pour moi une sorte d'idéal inaccessible, un truc qui me parle tant ?
Mystère. Va falloir que je revois le film une 5ème fois  :tongue:
 
 
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Nota : Ben C. Lucas a porté ce projet de longues années.  C'est à l'origine une adaptation d'un roman sorti en 2002, "Solitaire" de l'australienne Kelley Eskridge. Le deal était celui d'un film à gros budget, mais la multiplication de blockbos à thème similaire (Inception et compagnie) a fait que Warner a laissé tomber le projet. Le réal l'a repris et réécrit pour en faire une petite production, à priori 2 M $, tourné en 5 semaines seulement. De fait le film diffère énormément du roman, qui serait très métaphorique et spirituel. 
 
*
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Ce message a été modifié par Kissoon - 27 January 2020 - 21:02 PM.

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