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Noir c'est noir - Élégie du polar


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27 réponses sur ce sujet

#1 El Chupacabron

El Chupacabron

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Posté 23 July 2019 - 17:58 PM

Salut Madnaute

La remontée du sujet Ellroy m'a donné envie de créer celui-ci, pour combler à un manque flagrant de section généraliste du polar et du roman noir ; ces derniers étant majoritairement accaparés par les topics de quelques auteurs spécifiques.

Ce topic - je l'espère - servira à faire profiter de vos vieux coups de coeur et nouvelles découvertes dans tout ce qui entoure la grande tradition du roman noir : du hard boiled des origines au néo-noir scandinave 2.0, en passant par le thriller politique, l'enquête historique, voire le western ou le roman social hardcore.

Puisque le sujet s'y prête, je vais me servir comme un voleur de quelques pages du site https://www.bepolar.fr , histoire de renouer avec quelques bases académiques pas inutiles...

 

À l’origine était le crime
 

Avant-propos : to be or not to be Polar ?

Longtemps déconsidéré, associé à une « lecture plaisir » mal-vue, largement plébiscité aujourd’hui, le polar est un genre littéraire puis cinématographique qui a une histoire, mais qui n’a assurément pas d’unité. Car, au-delà des rapprochements et des tentatives de classification, il est une chose à bien garder en tête : chaque oeuvre est unique, bien que s’y mêlent influences et filiations, et derrière les noms se trouvent toujours des sources mystérieuses et inattendues...

Passé cet avertissement, plongeons ensemble dans les noires origines du polar, et essayons de démêler les différents fils de l’enquête sur ce genre aux nombreuses branches...

À l’origine était le crime (1)

Mais qui donc est à l’origine du polar ? Question sans réponse, tant les influences sont nombreuses et d’origines diverses. Penchons-nous néanmoins sur ses inspirateurs reconnus...

Un nom fait globalement consensus quant à la fondation du polar « moderne », c’est-à-dire celui de l’enquêteur, et c’est l’Américain Edgar Allan Poe, qu’admirait (et a traduit) Baudelaire, entre autres. Son Double Assassinat dans la rue Morgue (1841) fait figure de précurseur, avec son détective, le chevalier Auguste Dupin, qui va résoudre une énigme à l’aide de son esprit...

Le polar, héritier des Lumières ?

D’autres évoquent... l’Antiquité et Oedipe roi (écrit entre -430 et -420 avant JC) de Sophocle où, sans complexes, Oedipe mène l’enquête sur l’assassinat du roi Laïos, son père, qu’il a commis lui-même sans le savoir.

Certains (plus chauvins ?) évoquent d’autres sources, parmi lesquels Balzac et son roman Les Chouans (1829) où le personnage de Corentin fait ses premiers pas dans le police et l’espionnage.

Si rien ne manque à Poe comme figure tutélaire, c’est le français Emile Gaboriau qui peut le premier revendiquer son héritage avec son personnage de Tabaret, dit Tirauclair. Il connaît son premier succès avec L’Affaire Lerouge (1866), inspire Conan Doyle avec Monsieur Lecoq (1869) et son personnage éponyme ou Simenon grâce à ses portraits psychologiques subtils comme dans Le Crime d’Orcival (1866).

Un grand précurseur, des admirateurs, un héritier qui transmet le flambeau à d’illustres écrivains : pas de doute, un genre est bien né...

Voir aussi : Le juge Ti, l’Emma d’Austen, Maurits Hansen, E.T.A. Hoffman, Balzac : ces précurseurs méconnus du polar.
Voir aussi : Edgar Allan Poe, à l’origine des mauvais genres.
Voir aussi : Emile Gaboriau, héritier du roman populaire, précurseur du roman policier.
Voir aussi : Eugène-François Vidocq, source d’inspiration, père de la police judiciaire et des détectives privés.

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Naissance d’un nouveau (mauvais) genre : trois grands personnages en quête d’hauteur
 

À tout seigneur tout honneur. À la suite de Poe et Gaboriau, dont il admire les personnages de Dupin et Lecoq vient LA grande figure du détective, sous la plume d’Arthur Conan Doyle : il s’agit bien sûr du génial et mystérieux Sherlock Holmes, ses méthodes si particulières et sa tenue emblématique, son fidèle second le Dr Watson. Iconique, excentrique, intemporel, le détective privé à la redingote de tweed (mais pas que) apparaît pour la première fois dans Une étude en rouge (1887). Il fixe ainsi le canon de l’enquêteur, astucieux et un peu en marge du circuit officiel. Son énorme succès va donner des idées outre-Manche, dans l’autre pays d’impulsion du polar, à des auteurs nommés Maurice et Gaston...

Gentleman cambrioleur...

Prénom : Maurice. Nom : Leblanc. Signe particulier : prend le contre-pied de l’enquêteur et de la morale en se mettant... de l’autre côté de la loi, avec son gentleman cambrioleur Arsène Lupin, qui apparaît pour la première fois dans une nouvelle, L’Arrestation d’Arsène Lupin (1905), plus tard intégrée à un recueil. Un retournement de perspective et une gouaille qui ne sont pas sans faire penser au Roman de Renart, un des récits fondateurs de la langue française. Mais aussi un hommage à Conan Doyle et une sympathy for the devil qui roulera vers le succès et qui apporte sa pierre à l’édifice du polar naissant, à travers un prisme différent : l’attachement à l’envers du décor, aux personnages de l’autre côté de la barrière. Une seconde voix, une peinture en noir qui essaimera à notre plus grande satisfaction...

Détective amateur...

Troisième voie en 1907 avec Joseph Séraphin, alias Rouletabille, qui sous la plume de Gaston Leroux dans Le Mystère de la chambre jaune va donner une nouvelle identité à son héros. Ni enquêteur, ni voleur, il incarne via ce reporter la société civile, le grand public qui s’intéresse au mal, mais qui n’en est pas partie-prenante directe. Si son personnage partage avec Sherlock Holmes son sens de l’observation et son intelligence déductive, ce détective amateur marque l’irruption du crime dans le quotidien, quand la curiosité devient le moteur de l’action. Un nouveau départ qui, de Tintin à ces nombreux héros ordinaires, connaîtra de nombreuses filiations.

L’héritage et le succès du polar va alors repasser la Manche, et trouver sa reine ailleurs qu’à Buckingham Palace...

Voir aussi : Sherlock Holmes, le si bien connu ?
Voir aussi : Rouletabille, Fu Manchu, Steeman, Sam Spade, Philip Marlowe, icônes déchues du polar
Voir aussi : Arsène Lupin en précurseur, psychopathes & serial-killers : ces antihéros du polar

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Les trois grandes dames du crime
 

Après des débuts plutôt littéraires puis avoir gagné ses lettres de noblesse populaire, le roman policier se trouve à la croisée des chemins au début des années 1920... Doit-il conserver son aura littéraire, teintée d’aventure et de mystérieux ? Ou adopter le chemin des masses, plaire au plus grand nombre ? Et si vrai choix c’était de ne pas choisir, de trouver son chemin dans la diversité ? Trois grandes dames vont proposer des voies de traverse à un genre qui devient enfin pluriel.

1926. Coup de tonnerre dans le monde ce qui n’est pas encore le polar ! Six ans après sa première œuvre publiée (La mystérieuse affaire de Styles), la « Duchesse de la mort », alias Mary Westmacott, plus connue sous le nom d’Agatha Christie connait son premier succès d’ampleur avec le génial Meurtre de Roger Ackroyd, première incursion dans une exploration quasi-systématique des possibilités du roman policier.

On connaît Christie pour ses personnages iconiques (Poirot, Marple), ses whodunit insolubles, pour ses ventes qui en font, selon plusieurs sources, l’un des écrivains anglophones les plus lus au monde (après Shakespeare), pour ses adaptations, sa fameuse et mystérieuse disparition, mais on oublie souvent qu’elle a construit une œuvre complète, complexe, où presque rien n’aura été épargné à ses personnages, ses lecteurs, mais aussi ceux qui veulent lire entre les lignes de cette architecte et archéologue du crime.

Son œuvre totale, fondatrice, ouvre et clos (partiellement) le champ des possibles. Ses écrits fraient le chemin du roman policier vers la littérature policière autant que vers le roman de gare, au plaisir de lecture tout comme à l’exigence scénaristique. Le polar connait son premier souverain, et c’est une reine qui a pris le pouvoir.

On pense un peu moins à Daphné du Maurier quand il s’agit d’évoquer les figures tutélaires du polar. Et pourtant… Peut-être parce que ses romans les plus connus, L’Auberge de la Jamaïque (1936) Rebecca (1938) ou Ma cousine Rachel (1951) ont été également associés au roman d’aventure, à la littérature ou au roman gothique. C’est pourtant l’une des figures de proue du suspense psychologique, explorant les arcanes de l’âme criminelle, empreinte de symbolisme et de fantastique, entretenant des liens longtemps soutenus avec des genres cousins.
C’est le grand cinéaste britannique Alfred Hitchcock qui donna une notoriété encore plus importante à celle qui devint dame commandant de l’Empire britannique (sans jamais utiliser son titre), éclipsant partiellement son œuvre, avec laquelle il prit de nombreuses libertés.

Tantôt admirée des Britanniques, qui voit en elle une héritière des sœurs Brontë et de Jane Austen, tantôt méprisée par les critiques pour ses romans parfois qualifiés d’eau de rose, elle est récemment revenue sur le devant de la scène littéraire francophone grâce à... Tatiana de Rosnay qui lui a consacré une enquête biographique, Manderley for ever, à l’impressionnant succès public.

Patricia Highsmith], ou l’envol du polar psychologique. Nominée mais jamais lauréate aux « Edgars », elle ne fut pas non plus la première femme lauréate du Grand Prix de Littérature policière (devancée par Martha Albrand et Patricia McGerr pour les romans étrangers et Odette Sorensen et Germaine Decrest pour les romans français), mais Patricia Highsmith possède pourtant une place à part dans le panthéon du polar.
Et pourtant elle-même ne revendiquait pas une appétence particulière pour ce genre, apportant le rythme et la modernité du thriller dans une trame de suspense psychologique. Son ami l’écrivain Graham Greene qualifiait assez justement son univers littéraire : « Elle a créé un monde original, un monde clos, irrationnel, oppressant où nous ne pénétrons qu’avec un sentiment personnel de danger et presque malgré nous. Car nous allons au-devant d’un plaisir mêlé d’effroi. »

C’est cette dimension effrayante, oppressante, l’irruption de la trivialité et de l’horreur ordinaire qui fascineront de nombreux réalisateurs : L’inconnu du Nord-Express (1950), Carol (1952), Mr Ripley (1955), Eaux Profondes (1957), Le Cri du hibou (1962) ou Les deux visages de Janvier (1964) seront notamment adaptés, occultant ici encore partiellement les œuvres originales.

Ouverture à l’altérité, complexité et minutie apportée à la trame psychologique des personnages sont les apports de ces trois grandes dames du polar, qui vont par leurs œuvres et les adaptations cinématographiques qu’elles vont générer ouvrir le polar à d’autres horizons.
Et générer de nombreuses vocations : même s’il serait limitatif de les contraindre à leurs successeurs féminines et à la finesse psychologique de leurs personnages, des écrivains comme PD James (1962), Ruth Rendell (1964), Mary Higgins Clark (1975), Patricia McDonald (1981), Elizabeth George (1988), Lisa Gardner (1998), Gillian Flynn (2007), Camilla Läckberg (2008), sont à certains égards des héritières de ces trois pionnières.

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Le hard-boiled américain : Hammett, le père fondateur
 

Retour aux États-Unis. Si les origines du polar semblent se jouer entre trois pays, l’Angleterre, la France et les États-Unis, il faut sur ce sujet (comme pour d’autres) se méfier des simplifications : de grands écrivains sont originaires d’autres nations, et le critère de la nationalité n’est pas souvent opportun pour expliquer la spécificité et le talent des auteurs, le pouvoir « culturel  » et la taille du « marché national » étant des critères, parmi d’autres, non négligeables de succès.

« hard-boiled » est utilisée initialement pour qualifier des œufs durs

Néanmoins, on peut dire que des époques et des pays cristallisent et façonnent l’histoire, culturelle et artistique, au point de devenir des archétypes universels. C’est le cas du hard-boiled américain. L’expression «  hard-boiled » est utilisée initialement pour qualifier des œufs durs, et dont le sens, associé au polar, peut se rapprocher de l’expression francophone « dur à cuire ». C’est une forme de roman noir spécifique devenue symbolique d’une époque, une façon de voir et d’analyser le monde.

Schématiquement, le roman noir se distingue du roman policier de fiction par une recherche plus approfondie de la réalité objective, c’est un héritier (notamment) du roman social des Balzac et Zola, qui cherche le romanesque dans le quotidien et semble avoir des ambitions analytiques et philosophiques. Ça c’est pour la théorie. Dans la pratique, le hard-boiled répond aux problématiques d’une époque et ouvre d’autres horizons au polar.

Machine à voyager dans le temps, retour dans les années 20 : après l’euphorie économique et intellectuelle post-Guerre de Sécession, l’Amérique triomphante devient la première puissance mondiale peu avant la Première Guerre mondiale, qui ne fera que conforter cette tendance. C’est pourtant ce conflit qui fait perdre quelques illusions et la foi envers le genre humain à quelques esprits avisés, qui pressentent peut-être la crise économique et morale de 1929.

Coup sur coup, trois œuvres emblématiques

Parmi eux, quelques auteurs américains dont ceux de la « Génération Perdue » (Fitzgerald, Hemingway, ou Steinbeck, parmi d’autres)… mais aussi un maître méconnu de la littérature, qui fraie un nouveau chemin pour le polar, Dashiell Hammett. Vous connaissez peut-être son nom, mais son influence et son importance littéraire sont encore largement méconnues.

1928, Moisson rouge, 1929, Le Faucon maltais, 1931, La Clé de verre : coup sur coup, trois œuvres emblématiques, des romans marquants qui vont influencer notamment des géants comme Simenon Kurosawa ou Hemingway. Et bien d’autres. Hammett, c’est une écriture limpide et une ambiance brumeuse, un désabusement qui confine au cynisme et la naissance d’une nouvelle échelle morale, des intrigues et des personnages familiers, et pourtant novateurs.

Ecriture sèche, visuelle (lui aussi sera de nombreuses fois adapté), morale incertaine, enquêteur à la vie personnelle instable, blessé et blasé par la vie… Ce qui pourrait désormais nous sembler du ressort du cliché est chez Hammett d’une incroyable audace ; la violence, la corruption, le désir, l’injustice y sont décrits de manière vraie et sincère. Peut-être parce que cela fait écho à la vie mouvementée d’Hammett ?

Deux voies pour le polar, absolument pas incompatibles.

Issu d’une famille pauvre, fils d’un escroc devenu juge, le jeune Dashiel quitte le foyer paternel dès 14 ans pour vivre une vie de bohème. Passé par de nombreux petits boulots qui donneront une profondeur inédite à certains de ses portraits, il devient détective de la célèbre agence Pinkerton et côtoie corruption, affaires sordides et sensationnelles. Il démissionnera quand l’agence commencera à s’engager pour briser les grèves. Scénariste à Hollywood, liaison passionnée avec une femme d’exception, accusation de communisme dans l’Amérique maccarthyste, problèmes d’alcools, sa vie s’écrira comme un roman.

Hammett, c’est la photographie de l’empire américain qui doute de sa moralité, tout comme Agatha Christie est l’archétype de l’Empire britannique à son apogée. Deux maîtres du polar, contemporains, deux visions que l’on qualifierait à tort de progressiste et de conservateur, car tissées de subtiles variations. Deux voies pour le polar, absolument pas incompatibles.

Et le début d’une filiation riche, aux multiples trames.

Voir aussi : L’agence Pinkerton, les détectives privés qui ont changé le visage de l’Amérique

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Chandler et Marlowe, le grand réveil du hard boiled
 

Laissons à César ce qui appartient à César : si le hard boiled doit beaucoup, dont une partie de sa postérité, à la réflexion et aux écrits de Hammett, Rome ne s’est pas faite en un jour, et nul Caesar n’est à lui seul l’Empire. Pareillement, il serait simpliste de réduire la naissance d’un sous-genre littéraire à un seul homme, quel que soit son talent, tout Hammett fut-il.

Deux phénomènes viennent en effet appuyer l’essor du roman noir américain, avec ce côté si typique qui inspira de nombreux écrivains de polar de par le monde : d’une part la démocratisation des écrits de fiction « de mauvais genre » grâce aux pulps magazines, d’autre part la présence d’un riche terreau littéraire qui va inspirer d’autres figures de précurseurs, moins célèbres. Rapide tour des lieux avant d’entrer dans le vif du sujet.

Les pulps sont des « magazines » à bas coûts

Les pulps sont des « magazines » à bas coûts (imprimés à partir de pulpe de papier de piètre qualité) très ancrés dans la culture anglo-saxonne au même titre que les dime magazines (« histoires à 10 cents »), leurs précurseurs. Si les pays francophones connurent des publications équivalentes, elles n’eurent pas la même postérité et longévité du fait d’une diversification éditoriale moins importante : c’est en effet aux États-Unis, et dans une moindre mesure en Angleterre, que ces magazines permettront l’essor de la science-fiction et du polar, qui trouveront leurs lecteurs notamment auprès de la jeunesse masculine et des masses populaires.

Ces deux genres à la reconnaissance tardive voire incertaine dans l’aire francophone ont trouvé dans l’Amérique un melting pot d’influences littéraires fécond : mouvement romantique commun à la sphère occidentale, influences du roman gothique anglais ainsi que des littératures victorienne et élisabéthaine, héritage vivace et décalé dans le temps des écrits de Poe (et ses suiveurs), mais aussi fort développement économique, urbanisation galopante, ancrage des scènes urbaines déjà post-industrielles, qui s’accompagnent de toutes les corruptions.

C’est le pulp «  Black Mask  » qui peut s’enorgueillir d’avoir fait émerger le hard boiled, et certains de ses auteurs désormais les plus connus. A tout seigneur tout honneur, le romancier naturaliste Caroll John Daly fut le réel précurseur, avec son personnage de private detective Race William, hâbleur mais droit, dur-à-cuir proposant de nouvelles formes d’héroïsme, moins manichéennes.

Marlowe, c’est une œuvre poétique à lui tout seul

Ce « privé » servira de modèle à de nombreux autres auteurs, et devance de quelques mois Continental Op, le premier personnage de Hammett. Sam Spade, le héros du Faucon de Malte (1929), un autre des characters de ce dernier, est une sorte de synthèse entre ces deux personnalités. Le talent et l’influence de Hammett le rendent incontournable auprès d’une nouvelle génération d’écrivains, inspirés (notamment) par ses écrits.

Le premier d’entre eux est Raymond Chandler. Grand amateur de pulps, il se met à écrire et certaines de ses nouvelles sont publiées par Black Mask dès 1933. Son Grand œuvre est incontestablement Le Grand sommeil (1939), ne serait-ce que parce qu’il donne naissance au personnage emblématique de Philip Marlowe.

Marlowe, c’est une œuvre poétique à lui tout seul. D’abord parce que son nom même est un hommage au dramaturge et poète élisabéthain Christopher Marlowe, à qui l’on prête la création du vers blanc (vers syllabique sans rime), qui peut faire écho à ce que représente le polar vis-à-vis du roman classique. Il initie ainsi l’hommage patronymique d’inspiration culturelle que l’on retrouvera souvent dans le polar, que l’on pense par exemples aux personnages de Bosch de Michael Connelly ou au Montalbano d’Andrea Camilleri.

C’est ensuite le premier personnage de détective dur-à-cuir que l’on suivra au long cours. Il apparaît en effet dans les huit romans ou trames de romans ainsi que dans cinq nouvelles de la plume de Chandler. Cette empreinte durable, cette familiarisation avec le personnage et ses traits de caractère vont influencer de manière pérenne lecteurs et écrivains, admirateurs de son idéalisme déchu.

ce qui captive c’est le côté complexe et ambivalent du personnage

C’est enfin cette personnalité et ce milieu qui fascinent : Marlowe est un observateur désabusé voire pessimiste d’une société corrompue du plus haut (ceux qui détiennent les rênes du pouvoir) au plus bas de l’échelle sociale, dans une Amérique hypocrite et décadente qui transgresse allègrement ses lois et sa morale et voue un culte au roi dollar. Il préfigure ces policiers en marge d’un système qu’ils réprouvent, qui feront florès tout au long de l’histoire du polar (à vous de faire la liste !).

Mais au-delà d’une posture morale, ce qui captive c’est le côté complexe et ambivalent du personnage, qui ressemble (enfin) à ses lecteurs, à leurs aspirations secrètes, à leurs failles. C’est un fin limier avide de justice, mais volontiers bagarreur, cynique ou porté sur la bouteille. Taciturne mais capable d’un humour grinçant et narquois. Mal dégrossi et imbibé, mais volontiers philosophe, amateur d’échecs, de poésie, de musique ou de littérature. Il n’hésite pas à user de violence pour parvenir à ses fins, mais fait preuve d’une sagacité rare, notamment quand il s’agit de résister aux femmes fatales qui fascinent l’époque. Chandler tient ce propos éloquent vis-à-vis de son personnage : « Je pense qu’il peut séduire une duchesse et je suis quasiment sûr qu’il ne toucherait pas à une vierge  ».

Le Grand Sommeil (1939), Adieu, ma jolie (1941), La Grande Fenêtre (1942), La Dame du lac (1943) vaudront à Chandler une grande célébrité et le début d’une double relation contrastée avec le 7ème art. Du côté blanc, de multiples adaptations cinématographiques (huit en huit ans) qui vont populariser et rendre emblématique le personnage de Marlowe. Du côté gris, la mise en suspens de sa carrière littéraire au profit d’un emploi de scénariste (jamais sur l’adaptation de ses propres œuvres) qui lui vaudra une grande reconnaissance (deux nominations aux Oscars) mais aussi de douloureuses expériences humaines (conflit avec Billy Wilder puis plus tard avec Alfred Hitchcock).

Affecté par ces déceptions humaines et bien plus encore en 1954 par le décès de sa femme, de dix-huit ans son aînée, retombant dans son travers de jeunesse, l’alcoolisme, Chandler sombre progressivement dans un état de dépression chronique qui contraste avec son aura littéraire grandissante. Il passe finalement l’arme à gauche en 1959 : une mort qui marque l’acte de naissance d’une influence considérable et pérenne sur le monde du polar.

Voir aussi : Les pulps magazine, outils de popularisation des « mauvais genres ».
Voir aussi : William Riley Burnett, Jonathan Latimer, Brett Haliday, les précurseurs méconnus du roman noir américain
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David Goodis, Chester Himes, Jim Thompson, les frères pélerins du hard boiled
 

Comment tracer son chemin après des maîtres emblématiques comme Hammett et Chandler ? Cela est-il seulement possible ? La réponse est claire : oui, bien sûr, l’histoire de la culture est un constant renouvellement.

Tout d’abord, c’est une évidence, les problématiques d’une époque et les goûts varient. La culture est aussi un « marché d’offre », de nouveaux artistes proposent au public leur vision du monde, plus ou moins différente des précurseurs : certains proposent des variations ; d’autres plus ambitieux sillonnent de nouvelles routes.

Après Hammett et Chandler, le roman noir et particulièrement sa composante spécifiquement américaine, qu’on a nommé le hard boiled, connaît une période de grand succès : audience internationale, tirages d’édition importants, adaptations cinématographique à foison, qui amènent de nouveaux écrivains et scénaristes vers ce genre.

Il est évidemment subjectif de désigner certains auteurs comme marquants plutôt que d’autres. Il est en effet impossible de connaître avec exhaustivité toute la production romanesque ; tout aussi difficile de mesurer l’influence des écrivains sur la génération d’auteur suivante ou le grand public.

Pourquoi Goodis, Himes et Thompson ? Si d’autres auraient pu être cités, ce sont eux que la postérité a retenu en France, pour des raisons diverses. Tous ont connu un grand succès public, et se sont émancipé du modèle du « privé » et de ses codes, entrelaçant le bien et le mal, laissant leur héros, abîmés par la vie, se faire justice eux-mêmes.

Tout en ne niant pas l’existence de qualités personnelles propres à une écriture, un style, il faut avoir en tête que la postérité peut aussi naître en partie de « hasards  » : emballement médiatique, suivisme du lectorat, adaptation, date de sortie propice, soutien inattendu de libraires, etc.

David Goodis est un bon exemple de ce phénomène. L’idée n’est pas de diminuer la portée de ses œuvres, marquantes, mais de souligner son profil particulier, symptomatique : sa notoriété fut et demeure largement plus importante en France qu’aux États-Unis. Nul n’étant prophète en son pays, le public francophone aurait-il su mieux saisir la petite musique de l’auteur ?

Les raisons sont plus pragmatiques : Goodis obtient un succès mérité avec Cauchemar (Dark Passage en VO) publié en 1946. En pleine gloire du hard boiled, ce livre est adapté, avec sa participation, l’année suivante sous le titre Les Passagers de la nuit avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall, un film désormais considéré comme un des classiques du film noir, et l’un des premiers de l’histoire à adopter la caméra subjective, qui ne dévoile le visage du personnage principal que tardivement.

Pour Goodis, ce succès est le sommet d’une carrière qui va par la suite decrescendo. Son contrat de scénariste auprès de la Warner est rompu après seulement deux ans. Sa vie privée n’est guère plus reluisante. Son mariage, longtemps méconnu, n’aura tenu qu’un an. Il retourne en 1950 dans sa ville natale, Philadelphie, qui lui a inspiré nombre de ses romans, afin de s’occuper de ses parents âgés et de son frère atteint de schizophrénie. Ses écrits se font de plus en plus sombres à mesure qu’il cède à l’alcoolisme, la solitude et la dépression.

S’il meurt dans un relatif anonymat en 1967, sa postérité est assurée grâce à de nombreuses adaptations dans la sphère francophone (une dizaine entre 1956 et 1989), en premier lieu desquelles Tirez sur le pianiste de Truffaut (1960) ou Le Casse d’Henri Verneuil (1971) avec notamment Jean-Paul Belmondo et Omar Sharif. Cette vague d’adaptations va associer définitivement Goodis à l’âge d’or du roman noir et l’installer comme l’une de ses têtes d’affiche en France.

Chester Himes présente lui aussi un profil atypique. Tout d’abord pour ses origines, un fait jamais anodin aux États-Unis : il est en effet d’ascendance afro-américaine. L’engagement social et politique est intimement lié à l’histoire du hard boiled et prend chez Himes la forme de la dénonciation de la condition des Noirs et du racisme, exempt de manichéisme, puisqu’il rejette aussi les « pièges » dans lesquels, selon lui, la communauté afro-américaine s’enferme (religion, violence).

Himes est novateur également dans sa connaissance intime du mal. Sa jeunesse est en effet mouvementée : membre d’un gang, trafiquant d’alcool, frayant dans l’univers des jeux illégaux, il « tombera » pour une affaire de bijoux qui le condamne à 20 ans de prison. C’est en purgeant sa peine qu’il découvrira Hammett et Chandler et commence à écrire.

Troisième spécificité, lui aussi trouvera grâce aux yeux des lecteurs… en s’exilant, en France.

Après quelques textes publiés, il fait une rencontre décisive en 1956 en la personne de Marcel Duhamel, fondateur et directeur de la mythique « Série Noire », collection de polar des éditions Gallimard qui a popularisé le hard boiled en France.

Celui-ci le convainc de s’essayer au roman policier. Avec succès puisque paraît en 1958 son chef-d’œuvre, La Reine des pommes, lauréat du grand prix de littérature policière, premier opus où apparaissent les deux fameux inspecteurs noirs de la police de Harlem, Ed Cercueil Johnson et Fossoyeur Jones, policiers désabusés défendant des lois dictés par les Blancs dans un Harlem miséreux et livré à lui-même, usant souvent de la violence qu’ils condamnent. Une série teintée d’ironie et d’amertume.

La vie de Jim Thompson s’apparente à un roman et suit les soubresauts de l’Amérique. Fils d’un shérif qui tentera sa chance dans la course à l’or noir, il occupera de nombreux emplois emblématiques de son époque et de son pays : pigiste, employé de théâtre, groom fournisseur de toutes sortes de drogues pendant la Prohibition, projectionniste, gardien de nuit pour une entreprise de pompes funèbres, journaliste dans la presse à scandale, chroniqueur judiciaire, manoeuvre dans l’industrie aénonautique... Ces expériences vont bien évidemment alimenter ses récits et leur donner une diversité et une authenticité rarement atteinte.

Il publie en 1942 son premier roman Ici et maintenant, mais sa première oeuvre marquante date de 1952 avec Le Démon dans la peau (The Killer Inside Me, en VO), l’histoire d’un... jeune shérif adjoint, sociopathe nihiliste, qui va de plus en plus loin dans le crime. Un roman radical, crédible, effrayant, qui renverse le rapport de lecture en basculant du côté du criminel. Thompson utilisera une trame proche pour son autre oeuvre emblématique, Pop. 1280 (1275 âmes en VF) un bijou d’humour noir très justement qualifié par le célèbre critique littéraire Claude Mesplède de « pur chef-d’œuvre d’amoralité, de dérision et de noirceur  ».

Après plusieurs romans, il est appelé à travailler avec Stanley Kubrick pour le scénario de L’Ultime Razzia (The Killing) qui donnera lieu à une querelle sur la paternité de l’adaptation avec le réalisateur. Parallèlement à l’écriture de ses romans, il poursuit son travail de scénariste, sans grand succès. Relativement peu connu de son vivant, Thompson est rattrapé par sa vie chaotique et son penchant pour l’alcool et décède en 1977.

Comme Goodis, Thompson va devoir sa notoriété à l’édition française et aux adaptations cinématographiques tardives. Il est en effet pendant très longtemps un auteur emblématique de la prestigieuse « Série Noire » qui attribue symboliquement le numéro 1000 de sa collection à 1275 âmes. Avez-vous remarqué ? Ce roman se passe dans un village de 1280 habitants, ce qui explique le titre en VO : pourquoi alors ces 5 habitants en moins dans le titre en français ? Ce mystère sans réponse est l’un de plus célèbres du polar et a contribué à l’aura du livre chez les amateurs...

C’est une autre icône de l’édition du polar en France, grand amateur de l’auteur, François Guérif, qui lui offrira le numéro 1 de «  Rivages/Noir », une collection qui pour beaucoup a repris le flambeau du noir en France, quand Thompson sera délaissé par la Série Noire.

L’oeuvre de Thompson a été adaptée à 11 reprises à ce jour, les films les plus emblématiques étant Série Noire d’Alain Corneau (1979), Coup de torchon de Bertrand Tavernier (1989) et Les Arnaqueurs de Stephen Frears (1990). A noter que ces deux derniers films, avec respectivement 10 nominations aux Césars et 4 nominations aux Oscars sans récompenses, entretiennent l’image d’un Thompson brillant, apprécié des amateurs mais peu reconnu.

Voir aussi : La « Série Noire », la collection qui a popularisé le roman noir en France
Voir aussi : Jean-Patrick Manchette, le parrain du roman noir français
Voir aussi : Claude Mesplède, l’encyclopédiste du polar
Voir aussi : François Guérif, le polar dans la peau
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Les débuts du polar déjanté
 

Polar ET humour, vraiment ? N’est-ce pas antinomique avec les valeurs supposées du polar, celui de nous présenter un bouleversement de l’ordre social et moral établi (un crime, un vol, etc.) et ses conséquences ? Un affrontement entre le bien et le mal, et ses représentants ?

Ce serait faire injure à la complexité de la vie et l’imagination des écrivains. Comme pour certains philosophes, l’humour est une valeur transcendantale qui magnifie le discours en lui donnant distance et humanité : ne dit-on pas que le plus fin des humours est l’humour... noir ?

Mauvais genre par excellence, le polar ne pouvait se laisser enfermer trop longtemps dans des codes rigides. Le polar déjanté est l’héritier des évolutions sociétales et du roman noir. Les grandes crises socio-économiques (1929, 1968) et les guerres ont parfois cette vertu de rendre certains esprits un peu plus critiques et caustiques que d’ordinaire...

Si le hard-boiled est le fils de la crise de 29, le polar déjanté trouve probablement ses racines dans l’après Seconde Guerre mondiale : dans un monde libéré (en partie) des tyrannies oppressantes, l’aspiration à vivre librement et à rire est une forme de salut.

Parallèlement, le polar a aussi été progressivement « déconstruit » par les précurseurs du roman noir, qui introduisent argot, violences, dérision et toutes les corruptions de la vie réelle du monde des hommes, portes d’entrée vers les franges marginales de la société. Situations déjantées, personnages loufoques ou à la limite de la folie, histoires sans queue ni tête et humour fécond et protéiforme vont fleurir sur ce fertile terreau.

Une figure tutélaire du polar déjanté est l’américain Donald Westlake, qui remporte une première fois en 1967 le prestigieux Edgar du meilleur roman policier pour God Save the Mark (Divine Providence en VF). Ce touche-à-tout des mauvais genres, aux multiples pseudos, va notamment briller avec ses polars humoristiques : on pense notamment aux aventures rocambolesques du malchanceux John Dortmunder.

Ce côté novateur et filou vont faire de Westlake la coqueluche des réalisateurs, avec lesquels il collabore régulièrement : aux États-Unis sur Flic et voyou (1973), Le Beau-Père (1983), sa collaboration la plus fameuse en tant que scénariste restant celle qui lui valut une nomination aux Oscars pour son travail d’adaptation du livre de Jim Thompson, Les Arnaqueurs, pour le compte de Stephen Frears (1990).

En France, il compte sept adaptations dont les plus fameuses son Le Couperet réalisé par Costa-Gavras d’après le roman éponyme (2005) et l’adaptation « piratée » de son roman Rien dans le coffre sour le titre Made in USA (1966) parJean-Luc Godard.

Au pays de Rabelais et de l’humour « hénaurme », ce sont d’autres figures qui émergent pour faire rire les amateurs de frissons. Le plus connu et populaire est sans conteste Frédéric Dard alias San-Antonio, mais il ne faut pas oublier d’autres précurseurs comme Fred Kassak ou Charles Exbrayat, qui connut de grands succès et pas moins de sept adaptations dans les années 60.

Exbrayat, figure emblématique de la célèbre collection du Masque, en tant qu’auteur puis comme directeur de collection, dut son succès dans sa veine humoristique aux personnages de Roméo Tarchini, policier Véronais bedonnant et volubile, et à l’excentrique Imogène MacCarthery, vieille fille écossaise patriote et délurée.

Le polar humoristique connait de nombreux descendants, qu’on pense aux parodies historiques d’Henri Viard ou à Tonino Benacquista et son Malavita, ces deux auteurs ayant en commun d’avoir travaillé avec les Audiard - Michel pour le premier, Jacques pour le second - figures tutélaires du polar au cinéma. Plus grand public, on pense aussi aux premiers romans de Douglas Kennedy, où l’ironie et l’humour sont visibles à ceux qui veulent bien le voir...

Et qu’il est réjouissant de voir récemment primés des auteurs mêlant avec bonheur humour et intrigue policière comme Sophie Hénaff et son truculent Poulets grillés (Albin Michel), récompensé par le Prix des Lecteurs du Livre de Poche ou la déjantée Hannelore Cayre dont La Daronne (Métailié) a reçu cette année le reconnu prix du polar européen décerné par l’hebdomadaire Le Point. Des auteurs à suivre !



#2 El Chupacabron

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Posté 23 July 2019 - 18:34 PM

Personnellement, les auteurs que je suis le plus sont loin d'être les moins connus ici (Ellroy, Burke, Lansdale, Lehane).

Dans les bouquins qui m'ont marqué ces dernières années se trouvent aussi des auteurs comme James Carlos Blake (Crépuscule sanglant, grandiose épopée macabre et ultra-violente entre 2 frères oedipiens, située à la frontière mexicaine : à conseiller absolument aux amateurs de Leone, Peckinpah, McCarthy ou Zahler), Christopher Smith (le culte Un blues de coyote, hilarante échappée en compagnie d'une divinité indienne en mode gros balek), Caryl Férey (Zulu mais aussi ses dyptiques Haka/Utu et Mapuche/Condor, hyper efficaces et documentés, bien rudes aussi), Hervé Le Corre (magnifique L'Homme aux lèvres de saphir, intrigue de serial killer dans le Paris insalubre de 1870)...


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Voilà c'est un genre très riche qui se prête à 1000 divergences, je sais pas trop par quoi commencer mais je m'y remets de plus en plus.

Alors faites-moi part de vos ptites bombes à vous, j'en serai gré :ninja:

(je jette déjà de sérieuses options sur DOA et Marc Behm)



#3 Animal

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Posté 23 July 2019 - 19:57 PM

Vaste sujet, j'avoue que si je m'ecoutais, je ne lirais que ça !

 

On va commencer doucement :  si tu es client d'une certaine veine réaliste, loin des privés romantiques portés sur le whisky, je te conseille les romans de Joseph Wambaugh  ( ancien flic, il sait de quoi il cause) qui ont bouleversés la donne du genre, hélas un peu oublié en France, une bonne partie de ses romans n'étant plus dispo (mais ça se trouve encore via Ebay et autres).

 

James Ellroy est de ses plus grands fans, voilà ce qu'il en dit :

 

 

"L'écrivain le plus important de ces trentes dernières années est sans doute Joseph Wambaugh parce qu'il a transféré l'icone du dur à cuire du detective privé sur le flic. Il a rendu le réalisme au roman noir. C'est ce qui fait la faiblesse de Chandler. Son personnage est trop idéalisé. Les privés existent plus dans la fiction que dans la vie réelle. Souvenez vous de McBain lorsqu'il fait dire à Carella qu'il n'a jamais rencontré un privé enquêtant sur un meurtre.

 

 

James Ellroy, avril 1988.

 

Son chef d'oeuvre ? Sans doute Les Nouveaux centurions, ou on suit l'evolution de 3 policiers de Los Angeles justes sortis de l'ecole..pas d'intrigue à proprement parler, mais des tranches de vies hyper réalistes qui n'hésitent pas à montrer tout le côté ingrat et dangeureux du métier, sans parler des conséquences psychologiques...

C'est régulièrement bouleversant, sans aucune facilité d'ecriture et on peut y voir les prémices d'une série comme The Wire par exemple, bref; je recommande chaudement ! (en plus la VF est de qualité)

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A noter que Les Flics ne dorment pas la nuit signé Richard Fleischer est une chouette adaptation du bouquin (Stacy Keach ! George C. Scott !), même si elle en elague pas mal de choses, à cause de la densité du materiau original.



#4 Prosopopus

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Posté 23 July 2019 - 20:00 PM

Et bah mon cochon, t'avais un mémoire en stock ou bien ?
Hyper sympa et touffue comme mise en jambe, même si tu oublies Getaway dans les adaptations de Thompson.

Dans le genre pépite de noirceur, je conseille à mortel les bouquins de Robin Cook, sur qui j'avais fait un topic ici même et accessoirement les bouquins de Lawrence Block (bien pompé à mon sens par Lehane mais je ne l'aime pas trop), ceux de Ross Thomas, et ceux de Pascal Dessaint dans le versant français.

#5 El Chupacabron

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Posté 23 July 2019 - 20:16 PM

#Animal : Yes je connais Wambaugh de réputation (jamais vu le Fleischer non plus) et étant - enfin ! - en train de terminer The Wire (plus qu'une saison, du 10/6 jusque là), je sens que je vais pas tarder à me rapprocher de l'école Wambaugh/Ed McBain, voire sur le Baltimore de David Simon, l'essai/enquête à la base de sa série.

#Prosopopus : Oui comme j'ai dit, j'ai vandalisé le site BePolar qui me paraissait offrir une vue d'ensemble sympa. Je kiffe Block (mais c'est vrai que je connais plus Lehane), J'étais Dora Suarez traîne sur ma pile et je note Ross Thomas et Pascal Dessaint que je connais pas à vue de nez.



#6 Prosopopus

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Posté 23 July 2019 - 20:17 PM

Pascal Dessaint y a un gros côté lose, assez proche de Thompson mais avec un aspect un peu foutraque et farfelu à la Pennac, c'est vraiment très bon dans mon souvenir.
Y a un peu le cliché du loseur qui lose en losant (copyright Hutch) mais c'est vraiment bien écrit et plutôt différent dans le polar français.

#7 Animal

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Posté 23 July 2019 - 20:28 PM

Ah oui, saine lecture que le Baltimore de David Simon ; pas un roman, là on est vraiment dans le documentaire comme les ricains savent bien les faire, touffu et limpide à la fois.

Sinon, 87ème district, tu peux y aller sans problème, les enquêtes de Steve Carella, Meyer Meyer et les autres dans la ville imaginaire d'Isola sont vite addictives, dans le genre procedural, une référence.



#8 El Chupacabron

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Posté 23 July 2019 - 20:53 PM

Dans une catégorie proche, le Corruption de Dan Winslow, sorti chez nous l'an dernier, est paraît-il un chef d'oeuvre absolu. Des retours chez certains ?

Et dans un tout autre genre, le thriller victorien L'Homme aux deux ombres (Steven Price, 2018) me fait bien de l'oeil aussi. L'action prend place à Londres, 10 ans avant les événements décrits dans L'Aliéniste de Caleb Carr. Pareil, si y'a des avis je prends :smile:



#9 astroboy

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Posté 23 July 2019 - 21:37 PM

Pas lu Corruption, mais lu par contre La Griffe du Chien du Winslow qui est un sacré morceau (saga fleuve sur le trafic de drogue entre le Mexique et les USA).

 

Sinon très bonne idée de topic avec déjà de grands noms cités : Lehane (Ténèbres prenez moi la main :love:), Lansdale (Les Marécages  :love: ) et bien sur Ellroy (Le Grand Nul Part et American Tabloid :love:) sont parmis mes livres de chevet.

 

J'avoue un petit faible pour les serial killer novel (comme au ciné ^^)

 

1974 de David Peace

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Une traque d'un serial killer tueur d'enfant dans l’Angleterre pauvre des 70's. Très Ellroyien et un des trucs les plus glauques que j'ai jamais lu.

 

Au delà du mal de Shane Stevens

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Sorte de Maniac ou de Henry portait d'un serial killer version papier, un énorme pavé très malaisant.

 

Seul le slience de Ellory

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Premier et seul Ellory qui m'ait totalement convaincu. Comme Les Marécages le livre est écrit du point de vu d'un gosse qui va grandir dans l'ombre d'un tueur qui frappe dans l'Amérique rurale.

 

Et même si c'est pas du tout un polar, j'ai envie de citer Le Démon du Hubert Selby Junior

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Un roman tellement noir et poisseux qu'il colle toujours à la peau même des années après sa lecture.

 

Je plussoie pour Zulu de Ferey et L'Homme aux lèvres de saphir de Le Corre, sinon en français je suis en train de me régaler avec Pukthu de DOA (ça m'a donné envie de revoir Zero Dark Thirty) et j'avais beaucoup apprécié Robe de Marié et Alex de Pierre Lemaitre, dans le genre page turner bien efficace, ça faisait grave le job.


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#10 Shubby

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Posté 23 July 2019 - 21:58 PM

Je bave et je note, merci les gars.

Hammett : ses nouvelles sont sur ma table de chevet, c'était un maître - et Miller's Crossing reste l'un de mes films fétiches.

Pukthu j'ai du mal avec le tome 2, faut s'accrocher et ça respire trop le bad trip. Avant ça, je kiffe tout DOA.

Je plussoie complètement sur Ténèbres, prenez moi la main de lehane. Je l'avais lu comme j'aurais vu un Peter Hyams réussi. Graphiquement, les descriptions, c'était complètement ça et l'histoire est géniale.

David Peace > le red riding trilogy ça doit être ça. Excellents téléfilms. pas lus.

Wambaugh, Michael Connely aussi s'en réclame. jamais lu, mais le dvd des flics (...) est sur ma pile.

Michael Connely donc. Y'a de belles choses sur Harry Bosch. Même quand c'est pourri, c'est a minima addictif (sauf 2-3 bien piteux qd même). Le dernier coyote m'avait embarqué jusqu'à la transe - hard boiled spirit à mort.

Zahler > je kiffe ses films, faut que j'attaque ses bouquins.

 

On regarde à l'étranger pour l'évasion, le rêve d'ailleurs, mais chez nous je suis à la bourre & y'a forcément des bons trucs.

J'aimerais bien essayer José Jiovanni par exemple, et découvrir un peu plus Simenon, Manchette, Malet...

Et Brussolo a fait des trucs fous. En mode hard boiled - pour pas basculer hors sujet - ses bouquins sur le moyen âge avec Jean de Montpéril regorgent de vignettes dingues. J'imaginais le Jean Réno des Visiteurs (sans déc') et ça passait nickel. 

 

Faut que j'achète du temps. Des tickets de temps. Ils devraient les proposer en carnets. Y'a un marché, là.



#11 astroboy

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Posté 23 July 2019 - 22:06 PM

Ah oui Manchette, j'avais lu La position du tireur couché il y a au moins 10 ans et je me rappel surtout de son écriture très sèche.

 

Dans les romans fleuves, on peut aussi citer le très sympa La Compagnie de Robert Littell sur la guerre froide et l'histoire de la C.I.A.

 

Et dans les auteurs nordiques La Femme en Vert d'Indridason et La Lionne Blanche de Mankell valent clairement le détour (surtout qu'ils étaient là avant Millenium et toute vague nordique qui a suivi).


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#12 El Chupacabron

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Posté 23 July 2019 - 22:38 PM

Chez les frenchies, outre Férey, Le Corre et d'autres, c'est vrai que Manchette et Jonquet sont 2 méga incontournables (La Position... et Mygale, aussi courts qu'inoubliables)

Pour Winslow, on rappelle que sa Griffe du Chien est devenue trilogie avec ses deux suites successives Cartel et La Frontière.

David Peace en général (son Tokyo Année Zéro a l'air assez balèze) + le Shane Stevens / le Ellory : sur ma readlist depuis longtemps.

Selby c'est fondamental, Le Démon peut-être son plus abouti (et outre le culte Last Exit..., citons La Geôle, un des trucs les plus radicaux et dérangeants jamais écrits, terrifiant)

Enfin dans les romans-fleuves, Ellroy a encensé Le Fleuve des ténèbres de James Grady, fresque politique/espionnage par le père de John Rankin et du Condor... Pas lu.



#13 ouaisbiensur

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Posté 23 July 2019 - 22:47 PM

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Vu qu'Animal avait causé du quotidien policier avec Wambaugh (une liste polar? Tu mets Chiens de la nuit d'Anderson dessus et c'est marre), ne pas hésiter à lire le 911 de Shannon Burke qui cause de son passé d'ex-urgentiste à Harlem. C'est évidemment facile de penser au Bringing out the dead de Schrader et Scorsese. En plus fou. Et plus glauque.


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#14 El Chupacabron

El Chupacabron

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Posté 23 July 2019 - 22:53 PM

Kent Anderson, fondamental aussi.

Le dyptique Sympathy for the devil (le Vietnam en G.I.) / Chiens de la nuit (le retour à la ville en patrouilleur) est en effet complètement dingue. Le mec écrit peu mais il sera pas venu pour rien.

Par contre, de quel Burke tu parles ? :mrgreen:



#15 ouaisbiensur

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Posté 23 July 2019 - 22:55 PM

Nanmé mais si l'image passe pas forcément :teube: (j'édite).


cf8e.jpg

#16 El Chupacabron

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Posté 23 July 2019 - 22:57 PM

Ok, cool je connais pas !

(et je kiffe le Scorsese)



#17 Animal

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Posté 24 July 2019 - 17:42 PM

Je profite de l'enthousiasme général (et justifié !) sur Kent Anderson pour signaler son dernier roman paru en 2018 :

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La suite de ses histoires de patrouilleur, mais cette fois-ci, c'est à Oakland que ça se passe (j'en dirais pas plus vu que je ne l'ai toujours pas lu, en attente sur la pile avec ses petits copains :facepalm:)

 

Sinon, on l'a entendu dans Mauvais genres il y a déjà quelques années, un long entretien ou il se revèle pas mal...enjoy !

https://www.francecu...anderson-david-

morrell-hal-ashby

 

 

Shubby : si tu veux lire du Leo Malet, je te conseille la trilogie noire (La vie est dégueulasse. Le soleil n’est pas pour nous. Sueur aux tripes) surement ce qu'il a écrit de plus âpre, violent et déseperé...

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#18 El Chupacabron

El Chupacabron

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Posté 24 July 2019 - 19:28 PM

Oui le Anderson se frappe des critiques assez dithyrambiques, sans trop de surprises.

Pas lu non plus Pas de saison pour l'Enfer, son recueil de nouvelles sorti peu après Chiens de la nuit.



#19 Cat from Hell

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Posté 25 July 2019 - 12:49 PM

Quelle émotion de voir le nom de Kent Anderson.  :love:

Car autant je ne partage pas forcément le culte entourant Sympathy for the Devil, autant Chiens de la nuit constitue juste l'un des meilleurs bouquins que j'ai jamais lus (noir, humain, formidablement touchant, triste, d'une dureté à peine imaginable et en même temps porteur d'un peu d'espoir). Period. 

C'est dire combien j'espérais en Green Sun qui, hélas, s'est révélé déception à la hauteur de l'attente. Sans que le titre soit mauvais en soi - et peut-être même pourra-t-il plaire à qui n'a jamais lu l'auteur. Les autres, eux, ne pourront s'empêcher de trouver qu'il n'est juste qu'une redite (en bien moins inspirée) du précédent. À tel point que je me suis même demandé, une fois le tout fini, quelle était sa raison d'être. Et ça me fait bien chier de l'admettre... 

 

Concernant Pas de saison pour l'enfer, il ressemble à ce qu'il est : un recueil un peu foutraque compilant nouvelles de toutes époques, articles parus dans des mags, pensées éparses et chutes de ses livres précédents. Le tout oscillant entre l'anecdotique et le brillant (la nouvelle Les agneaux), en passant par les pages fendardes dans lesquelles il relate sa courte expérience hollywoodienne au cours de laquelle il côtoya un Milius fidèle à sa légende.  :mrgreen:

 

P.s. : merci à Animal pour le lien vers Mauvais Genres  :pouce:



#20 El Chupacabron

El Chupacabron

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Posté 25 July 2019 - 14:04 PM

Ok, dithyrambes moins 1 du coup :mrgreen:

Puisqu'on parlait de Le Corre, j'ai aussi réalisé qu'il avait sorti Dans l'ombre du brasier au début de l'année, "suite" de son précité ici L'Homme aux lèvres de saphir (toujours autant recommandable), et où l'on retrouve ce taré de Henri Pujols dans l'agitation de la Commune...






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