Aller au contenu


Photo

Bob Leman : monstres & mystère


  • Please log in to reply
16 réponses sur ce sujet

#1 Maniak

Maniak

    She's a maniak

  • Members
  • 13117 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Sturkeyville

Posté 05 March 2019 - 11:07 AM

Bon, probablement un topic monopage de plus, mais j'ai pas le choix il faut que je vous parle de Bob Leman !
 

Bob_Leman.jpg

La revue Fiction a publié entre novembre 1977 et décembre 1988 11 nouvelles écrites par un certain Bob Leman (1922-2006). Vous ne connaissez pas ? C'est normal. Cet auteur américain n'a écrit aucun roman et en France, il n'y a jamais eu de recueil regroupant tout ou partie de son œuvre publiée aux USA entre 1967 et 2002.
C'est à dire seulement 15 nouvelles et novellas en tout et pour tout, 11 ont été traduites par Alain Domrémieux et les autres sont restées inédites. Parmi ces nouvelles, un cycle de 6 textes fantastique weird et SF : Goster County et sa ville imaginaire des USA, Sturkeyville.
Ce sont ces textes là qui sont les meilleurs et les plus intéressants.
 
51hVLnkusWL.jpg

(la vieille édition moche en langue anglaise)
 
En France les exigeantes éditions Scylla ont décidé de sortir Bob Leman de l'ombre via la traduction et l'édition de tout le cycle Sturkeyville...
Et l'illustrateur du truc, c'est moi :hihi:
 

crowdfunding-sturkeyville.jpg

 

 

Et du coup c'est bien ou pas ?
 
Mais à fond !  Avant de bosser dessus je ne connaissais pas du tout et je suis content d'avoir découvert.

Déjà c'est ultra Pulp, avec plein de monstres et de créatures weird. Le bestiaire est vraiment cool, à base de créatures anciennes et de forme aquatiques, le tout vraiment original et créatif, et ça fait du bien ça !

Ensuite y'a du mystère, registre inquiétante étrangeté "je ne donne pas d'explications"... Pour le coup je dirais presque qu'on est dans du proto-new-weird ... ça a été écrit dans les années 80 mais ça annonce tellement la vague actuelle des Annihilation et autre China Miéville... on goûte déjà à l'inconnu total et c'est bon !

Et enfin, le coté "tout se passe au même endroit" et la ville fictive ça donne une dimension supplémentaire, ça crée du lien entre les nouvelles et une fois qu'on a lu plusieurs textes, la ville et ses habitants continuent d'exister dans notre esprit. 

AMHA on est clairement dans un recueil où le total est supérieur à la somme des parties.

 

Je trahis un peu l'esprit mais pour se donner une idée, on peut imaginer un croisement bizarre entre Lovecraft et Twin Peaks :love:

 

un autre avis que le mien sur le blog ici je suis ailleurs
 

Traduit par Nathalie Serval, ce court récit d'une trentaine de pages capture à nul autre pareil ce que John Keats a nommé la « capacité négative ». Autrement dit l'aptitude à rester dans le mystère, dans le doute, « sans vouloir à tout prix arriver à une explication raisonnable ». Les Créatures du lac n'est pas de ces textes qui demandent de déciller de beaucoup notre « troisième œil » ; car tout y est fait pour que même le plus incrédule des lecteurs, s'immerge dans une délicieuse sidération. Et veuille y rester.

Si le reste des nouvelles proposées est du calibre de celle-ci, il n'y a aucun doute que Bob Leman sortira rapidement de son anonymat.

 

 

Voilà si vous avez lu jusque là normalement vous devriez avoir envie de participer au financement du livre :

https://editions.scy...le-de-bob-leman

 

et pour voir mes illustrations c'est sur le topic des dessins

sturke10.jpg


1534417426.gif

#2 logan

logan

    Je consulte un psy

  • Members
  • 8472 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:madripoor

Posté 05 March 2019 - 11:21 AM

:angry:



#3 tonton

tonton

    DJ Zero

  • Members
  • 13842 Messages :

Posté 05 March 2019 - 11:28 AM

On ne peut pas avoir le recueil papier ET la bière via une seule contribution.

:angry:


48582367457_5a6860d055_o.png


#4 Maniak

Maniak

    She's a maniak

  • Members
  • 13117 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Sturkeyville

Posté 05 March 2019 - 11:41 AM

Rien ne t’empêche de faire deux contributions (la bière a été ajoutée à mi-parcours) :closedeyes:
(sinon y'a le pack où tu choppe tous les lots pour 500€ icon_rolleyes.gif)
 
Enfin j'ai pas dis mais sur la page du financement y'a un lien pour chopper une nouvelle gratos et se faire une idée par soi-même... (en plus c'est l'excellente Les Créatures du lac)


1534417426.gif

#5 tonton

tonton

    DJ Zero

  • Members
  • 13842 Messages :

Posté 05 March 2019 - 13:44 PM

J'avais pas capté... j'ai pas l'habitude des machins participatifs (Time and Tide était mon premier :love: ).

Du coup tu seras mon deuxième.

(Avec la bière, donc.)


48582367457_5a6860d055_o.png


#6 Maniak

Maniak

    She's a maniak

  • Members
  • 13117 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Sturkeyville

Posté 05 March 2019 - 13:48 PM

celui là est un peu particulier vu que la plateforme de financement est gérée directement par l'éditeur et lié à la boutique

je t'avais envoyé un MP, mais pour tout le monde :

pour chopper plusieurs contreparties, par exemple la bière en plus du livre, Il suffit d'ajouter la bière à son panier une fois que le livre est déjà dedans.


1534417426.gif

#7 Maniak

Maniak

    She's a maniak

  • Members
  • 13117 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Sturkeyville

Posté 08 March 2019 - 09:20 AM

Une interview de ma pomme sur le blog de Scylla où on revient sur les origines du truc, mes illus, les badges, la bières, et où je cause un peu de mon ressenti sur Bob Leman :
https://www.scylla.f...arnaud-s-maniak
 
et un visuel de ce qui deviendra une belle sérigraphie :
[img(400px,800px)]https://www.scylla.f...serigraphie.jpg

serigraphie.jpg
1534417426.gif

#8 Maniak

Maniak

    She's a maniak

  • Members
  • 13117 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Sturkeyville

Posté 21 March 2019 - 09:29 AM

un retour très enthousiaste sur les nouvelles ici :

 

https://albdoblog.co...ille-bob-leman/

 

 

Le lecteur vit son calvaire tant la plume de Bob Leman tourne à l’empathie. L’horreur de cette vie glace le sang, et vous n’en sortirez pas indemne. Nous sommes dans un texte qui franchit la barrière horrifique et sans doute celui-ci plaira énormément aux amateurs de Lovecraft.

Un belle réussite.

L’ensemble des nouvelles forme un recueil cohérent, jouant sur différentes ambiances du registre de l’angoisse. Nous flirtons régulièrement avec le suspense horrifique, mais le tour de force de Bob Leman ne se situe pas dans des descriptions et des tableaux gore, alignant des farandoles de friandises sanguinolentes. Rien de tout cela, ici. L’auteur parvient à vous immiscer dans la psyché de ses personnages, que ce soit les créatures ou les humains, protagonistes involontaires de ces événements.

 

 

Il reste 17 jours pour participer au financement et donner vie au projet :

https://editions.scy...le-de-bob-leman


1534417426.gif

#9 Maniak

Maniak

    She's a maniak

  • Members
  • 13117 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Sturkeyville

Posté 26 November 2019 - 09:58 AM

Des nouvelles du bouquin : toutes les illustrations ont été terminées et le livre est parti chez l'imprimeur la semaine dernière...

 

l'éditeur est passé me voir avec les impressions de contrôle, et ça va être très beau !

 

imgp3012.jpg

 

imgp3011.jpg

 

imgp3010.jpg

 

Du coup le livre devrait sortir des presses début décembre et sera envoyé aux contributeurs dans la foulée.

 

Sortie officielle en librairies le 02 févirer 2020 :flamby:


1534417426.gif

#10 tonton

tonton

    DJ Zero

  • Members
  • 13842 Messages :

Posté 29 November 2019 - 21:27 PM

Trop yes !!!
<3

48582367457_5a6860d055_o.png


#11 tonton

tonton

    DJ Zero

  • Members
  • 13842 Messages :

Posté 18 December 2019 - 09:08 AM

Commande expédiée !!!

:love: 


48582367457_5a6860d055_o.png


#12 Batman Closing

Batman Closing

    Critters

  • Members
  • 277 Messages :

Posté 18 December 2019 - 11:07 AM

Wôôôw poutain, j'avais loupé ça ! :HMr2Umk:

 

Précobandé également

(sur un grand site marchand en ligne, cette gauchiasse de Maniak va en faire une jaunisse hihihi :ninja: ).

 

Blague à part, votre projet est d'autant plus miaoumiam à l'aune de la rareté des trad' françaises de recueils de littérature "macabre" d'auteurs anglo-saxons à la réput' établie mais encore largement méconnus sous nos latitudes. Sortis des habituels poids lourds à la Stephen King, y'a bien quelques tentatives courageuses comme la publication des Chants du cauchemar et de la nuit de Thomas Ligotti mais ça reste malheureusement des trucs plus ou moins confidentiels... A quand une VF des bouquins de T.E.D. Klein, The Ceremonies ou Dark Gods, entre autres ?

 

Pour en revenir à Bob Leman, je l'avais découvert sur le tard grâce aux recommandations d'ouvrages critiques sur le fantastique, qui évoquaient une tradition lovecraftienne sans le réduire toutefois à cette veine-là. M'étant procuré de vieux numéros de la revue Fiction éditée par Opta, j'avais pu notamment apprécier le "cosmicisme" perceptible dans "Directives" ("Instructions" en VO). Chuis curieux de découvrir la nouvelle trad' par Natalie Serval. :pouce:



#13 Maniak

Maniak

    She's a maniak

  • Members
  • 13117 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Sturkeyville

Posté 18 December 2019 - 11:33 AM

(sur un grand site marchand en ligne, cette gauchiasse de Maniak va en faire une jaunisse hihihi :ninja: ).


tu l'auras que le 2 février alors que si tu l'avais choppé chez Scylla direct tu l'aurais eu cette semaine. :closedeyes:

(mais c'est quand même cool de ta part)
(tu dis le vrai en plus)

(d'ailleurs Thomas Ligotti c'est chez Dystopia, aka plus ou moins la même team que Scylla)


1534417426.gif

#14 Batman Closing

Batman Closing

    Critters

  • Members
  • 277 Messages :

Posté 18 December 2019 - 11:50 AM

Ah mais suis-je sot ! J'avais même pas fait le rapprochement : s'il s'agit de soutenir la librairie Scylla (son vendeur, fort aimable, m'avait réservé plein de numéros des fanzines Lovecraft Studies et Crypt of Cthulhu y'a quelques années), j'annule mamazon et m'en vais me procurer directement la came chez le fournisseur. :love:

 

Je félicite pas Maniak pour sa réclame éhontée (mais efficace) façon soutenez les petits producteurs. :cat1:



#15 Maniak

Maniak

    She's a maniak

  • Members
  • 13117 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Sturkeyville

Posté 18 December 2019 - 13:06 PM

:closedeyes:
1534417426.gif

#16 Maniak

Maniak

    She's a maniak

  • Members
  • 13117 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Sturkeyville

Posté 20 December 2019 - 12:38 PM

 j'annule mamazon et m'en vais me procurer directement la came chez le fournisseur.

 

tu as d'autant mieux fait que tu ne l'aurais jamais reçu vu que l'éditeur ne bosse pas avec Amazon :mrgreen:

(le livre est sur le site uniquement parce qu'ils ont pécho les infos dans les bases de données des libraires)


1534417426.gif

#17 Maniak

Maniak

    She's a maniak

  • Members
  • 13117 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Sturkeyville

Posté 31 December 2019 - 17:13 PM

Bon, les contributeurs ont reçu le livre semble-t-il et les premières chroniques tombent et font plaisir !

 

"Sturkeyville est bel et bien un organisme autonome, en mutation, que l’orgnanique transmute même l’inorganique si bien que même les maisons - et l’habitat se révèle alors un motif essentiel de ce bienvenue à Sturkeyville - prennent vie. (...) [Ce] processus de mutation (...) rappellera parfois l’étrangeté d’une métamorphose à la Kafka (et ce d’autant plus que la dimension sociale est insécable des histoires se déroulant à Sturkeyville), voire l’étrangeté d’un « K » façon Buzzati. Les récits eux-mêmes sont organiques, mutants, jamais serviles d’une ligne droite toute tracée, l'ensemble n'est donc lui-même qu'un seul organisme."

 

:love:
 

Et si Sturkeyville n’était qu’une grande maison contenant d’autres maisons, autant de petites boites dans une grande boite que l’oeil haut placé, et malsain, d’un dieu inquiétant couverait sans discontinuer ? Une expérience ?

 

 

Sturkeyville, telle la Sunnydale de l’icônique Buffy, ou même Twin Peaks, rappelle que les États-Unis sont grands, très grands, et que les Américains raffolent de ce genre d’endroits coupés, à leur façon, de l'espace et du temps qui, à eux seuls, semblent rassembler toutes leurs angoisses, leurs psychoses et leurs secrets les mieux enfouis, dans une concentration maléfique où règne le bizarre (le « weird »), l’étrange absolu et même (surtout ?) l’horreur, qu’elle soit dicible ou indicible.

 

 

Sturkeyville, la ville imaginée par Bob Leman au travers d’une demi-douzaine de récits parus entre la fin des années 1970 et la fin des années 1980, est symptomatique de cette atmosphère bien particulière, héritée de la conquête de l’Amérique du nord, de villages montés à la va-vite et parfois abandonnés tout aussi rapidement, devenus fantômes, mais aussi des mythes nouveaux qui se sont ancrés au fur et à mesure du temps et d'un effet de contamination avec les mythes locaux (voir la nouvelle "Odila" et son étonnant Très Grand). Car à Sturkeyville, petite ville qui, bien que l’on cite régulièrement des événements ou des toponymes hors de sa géographie (mais ils sont autant de fantômes), vit comme douée d’une autonomie qui puise sa force dans un irrationnel naturel, auquel les citoyens de Sturkeyville se sont habitués, au gré des générations, et même adaptés. Pourtant, tout est secret, et le secret, tout comme le bizarre, fait partie intégrante de cet ordre irrationnel et nous sommes là, à Sturkeyville, comme à Sunnydale, là où les anciens mythes croisent les nouveaux, nés de l’installation des colons et de l’industrialisation, du XIXème siècle aux années 60, dirons-nous. En résulte une forme d’atemporalité, bien résumé par le narrateur de la nouvelle « Loob » : « Si l’exercice de la raison m’a rapidement amené à cette conclusion, par la suite, cette quête désespérée de la vérité s’est confondue avec la traque du responsable de mon exil dans ce cul-de-sac temporel ». Le narrateur de Loob (y voir sans doute un jeu de mots avec loop, la « boucle »), pourtant, se trompe de cible. Ce n’est pas tant la personne qu’il traque que l’on doit considérer comme le coupable de son malheur, mais Sturkeyville elle-même, qui attire tout autant les monstres « vers » (La Saison du ver) que les vampires (La Quête de Clifford M.). La responsable de tous les maux est la ville elle-même, une ville où plusieurs familles reviennent au fil des différents récits, comme indéracinables, comme indissociables de l’étrange développement de la ville, comme si elles en étaient les gardiennes-esclaves indubitablement enchaînées, toujours destinées à revenir là où elles sont nées… une ville où s’est installée une industrie métallurgique où les pluies ont tout rouillé jusqu’aux habitants… souvent eux-mêmes de cette couleur rouille (cf "Odila"). Tout se contamine à Sturkeyville, tout se transforme (au point que l’on songe parfois aux délires fantastiques de l’excellent mangaka d’horreur Junji Ito - voir Spirale). L’humain devient mythe par ses transformations, une légende sombre pour lui-même (Les créatures du lac) et nous prouve, s’il en était besoin que Sturkeyville est bel et bien un organisme autonome, en mutation, que l’orgnanique transmute même l’inorganique si bien que même les maisons - et l’habitat se révèle alors un motif essentiel de ce bienvenue à Sturkeyville - prennent vie ("Viens là où mon amour repose et rêve") ; car tout ce qui naît, croît, grandit, ou s’installe à Sturkeyville, vivant ou pas, appartient à Sturkeyville. Il en va donc de même pour l’habitat, qu’il soit simple maison possédée par une créature ver (La Saison du ver) ou une belle et ancienne maison Victorienne ; souvent construites d’un « grès gris » austère. L’héritage fait partie du secret, fait partie du processus de mutation (Les créatures du Lac), qui rappellera parfois l’étrangeté d’une métamorphose à la Kafka (et ce d’autant plus que la dimension sociale est insécable des histoires se déroulant à Sturkeyville), voire l’étrangeté d’un « K » façon Buzzati. Les récits eux-mêmes sont organiques, mutants, jamais serviles d’une ligne droite toute tracée, l'ensemble n'est donc lui-même qu'un seul organisme, et c’est ainsi que vous débuterez votre visite là-bas : « A Sturkeyville, il y a une dizaine d’années, vivait un certain Harvey Lawson, dont la femme était un ver. »

 
Une façon, en somme, de vous dire : « Bienvenue à Sturkeyville ». Mais en repartirez-vous ?

 

"Bienvenue à Sturkeyville", Bob Leman, ed. Scylla, décembre 2019. Traduction Nathalie Serval. Corrections : Pascale Doré. Illustrations (splendides, car l'objet est splendide) Stéphane Perger, et Arnaud S. Maniak.



"Brillant recueil d’histoires fantastiques, fix-up horrifique fascinant où Cronenberg croise Lovecraft et Del Toro, Bienvenue à Sturkeyville redonne voix à un auteur franchement passionnant à l’écriture délicate.
Un délice pour tous les amateurs du genre fantastique."

justaword.fr
 

Très largement tombé dans l’oubli, l’écrivain américain Bob Leman n’a pourtant rien perdu de son attrait.
Aussi rares — quinze nouvelles et pas un seul roman dans sa carrière — que précieux, les textes de l’américain furent jadis traduits dans la prestigieuse revue Fiction grâce, notamment à Alain Dorémieux.
Pour tenter de le remettre sur le devant de la scène, les micro-éditions Scylla aidées par la traductrice Nathalie Serval, les illustrateurs Stéphane Perger et Arnaud S. Maniak ainsi que la graphiste Laure Afchain se sont mis en tête de publier un bel ouvrage regroupant les six nouvelles de Bob Leman liées à son fameux cycle de Sturkeyville, petite ville américaine à l’histoire tumultueuse.
Un crowdfunding plus tard et voilà que débarque Bienvenue en Sturkeyville dans un écrin à la hauteur du contenu.
© Arnaud S. Maniak
Une petite ville tranquille

Sturkeyville ne vous dit peut-être rien mais cette petite ville américaine nichée au pied des Appalaches a connu son long d’histoires étranges au cours de son existence.
Bob Leman, en bon conteur et archiviste de talent, se propose de vous en raconter six, tour à tour effrayantes, intrigantes, fascinantes et dérangeantes.
Ce fix-up de nouvelles nous invite donc à naviguer en eaux troubles, du lac Howard au cimetière de la ville en passant par les aciéries de la vieille famille Hodge.
Si le cadre n’a rien d’extraordinaire, avec ses vieilles lignées bourgeoises et ses pauvres travailleurs, ses fiançailles imprévues et le bouleversement entraîné par la Grande Dépression, il se produit des choses très curieuses à Sturkeyville. Des choses abominables même.
En immisçant de façon frontale le fantastique et l’horreur dans cette bourgade anonyme, Leman n’applique pas simplement la définition la plus stricte du fantastique mais recycle périodiquement ses obsessions horrifiques autour de la transformation du corps et de la psyché ainsi que ses préoccupations autour de l’inéluctable s’abattant sur le pauvre malheureux qui n’en demandait pas tant…
C’est d’ailleurs exactement ce qui arrive à Harvey Lawson au cours de la première nouvelle, La Saison du ver. Dès la première phrase, le ton est donné et le fantastique mis en place : la femme d’Harvey est un ver télépathe !
Une monstruosité qui vit sous sa maison et s’empare de l’esprit de sa mère avant de s’emparer du sien et de le réduire à l’état d’esclave pathétique.
Seulement voilà, Harvey n’attend qu’une occasion pour se jouer du ver même si celle-ci met des années à se présenter.
Bob Leman décrit la déperdition mentale et physique d’un homme que rien ne prédestinait à l’horreur tout en jouant sur une horreur organique avouée à demi-mots qui se ressentira dès lors dans tous les autres textes de l’auteur.

« Elle vécut là dans une nuit et une terreur perpétuelles, prodiguant sa tendresse et ses soins aux quatre petits monstres qui avaient été ses filles, leur chantant des berceuses dans les ténèbres moites du sous-sol où elles avaient trouvé refuge. »

Transformer l’être

Ce qui obsède clairement l’américain, c’est la faculté pour l’être humain d’être altéré par un élément extérieur.
Cette altération se traduit d’ailleurs de façon variable.
Elle peut être mauvaise comme pour Harvey Lawson pris au piège dès son plus jeune âge, ou bénéfique comme pour Clifford M., vampire qui s’ignore et qui grandit dans un monde humain lui permettant d’éviter la monstruosité sauvage de ses congénères.
Dans La Quête de Clifford M., Bob Leman explore le mythe vampirique à sa sauce pour en faire une sorte d’analyse anthropologique délicieuse qui se conclut avec une vraie humanité.
La transformation à Sturkeyville n’est jamais uniquement physique. Si souvent les créatures sorties de l’imagination de Leman changent d’aspect en vieillissant, leur psychologie évolue. Clifford M. en est d’ailleurs un exemple parfait, passant du vampire en quête des siens à pourfendeur de sa propre espèce.
Pour la famille Feester, les choses sont tout aussi complexes. Victime d’une malédiction (ou d’un parasite selon vos croyances), les filles Feester deviennent des monstres hantant un lac plus profond qu’on ne le pense.
Ici, encore une fois, l’enquête prend l’aspect d’un conte dans l’histoire dans le récit. Bob Leman enchâsse ses légendes et prend un plaisir à confectionner ces mythes en poupées russes littéraires. Les Créatures du Lac synthétisent en réalité tout le talent de conteur de l’écrivain réunissant son écriture enchevêtrée, son horreur organique et ses histoires familiales emprunt d’amours déçus et de cœurs brisés en un seul et même texte.
Portraits familiaux

Bienvenue à Sturkeyville, davantage encore que la chronique en échos d’une ville ordinaire, devient rapidement une compilation d’histoires humaines où le plus grand talent de Bob Leman est de dresser des portraits crédibles et éminemment humains du moindre de ses personnages.
Odila raconte par exemple l’union improbable entre deux familles, l’une de Sturkeyville, l’autre de son double dégénéré dans les montagnes, Grill’s Fork. Deux familles, les Selkirk et les Wagner, des personnages puissants et fouillés, des lignées bouleversées par leurs racines monstrueuses…et bien évidemment des créatures aux transformations particulièrement dégoûtantes.
Au milieu de tout ça, Leman glisse une histoire d’amour qui pourrait ne pas en être une et un homme pris au piège d’une puissance qu’il ne comprend pas tout à fait.
Mais là où le génie de l’américain éclate, c’est bien dans l’avant-dernière nouvelle, Loob, petit chef d’oeuvre de paradoxe temporel et d’horreur sourde où l’idiot du village devient le fossoyeur de la prospérité à cause des mauvais traitements qu’on lui inflige. Croisant le portrait de plusieurs familles, opposant les environnements sociaux et les opportunités, Leman devient sociologique et émouvant, piégeant le lecteur dans une boucle (Loop/Loob) où le passé sera différent un jour ou l’autre.
Pour terminer, une dernière histoire familiale, sous le signe du fantôme et de la maison hantée avec Viens là où mon amour repose et rêve. Toujours un homme écrasé par le poids d’un destin cruel et sous l’emprise d’une influence maligne qui le transforme physiquement et mentalement. Toujours cette fibre humaine et sensible qui creuse jusqu’à l’indicible et la perte pour que la transformation devienne le reflet du châtiment injuste et erratique comme peut l’être la vie elle-même.

Note : 8.5/10


1534417426.gif




0 utilisateur(s) en train de lire ce sujet

0 membre(s), 0 invité(s), 0 utilisateur(s) anonyme(s)