Aller au contenu


Photo

Leave No Trace - Debra Granik (2018)


  • Please log in to reply
4 réponses sur ce sujet

#1 Bruttenholm

Bruttenholm

    Faut que j'aille dormir

  • Members
  • 14567 Messages :
  • Profil:Homme

Posté 24 September 2018 - 11:45 AM

5847243.jpg

 

Un père (Ben Foster) et sa fille adolescente (la révélation Thomasin McKenzie) vivent en marge de la société, dans un campement au milieu des bois. Suite à un malheureux concours de circonstances, les voilà délogés par les forces de l'ordre et sommés de réintégrer la société.

 

C'est avec cette histoire que Debra Granik revient à la fiction après Winter's Bone (elle a entretemps signé un documentaire -inédit chez nous, je crois). Elle s'y intéresse à nouveau à l'Amérique des marges et des exclus mais, dans les 8 ans qui séparent les 2 films, on sent que Granik s'est délestée de pas mal de choses et Leave No Trace témoigne d'une certaine volonté d'épure. Là où Winter's Bone était construit sur une histoire de quasi tragédie antique, l'intrigue de ce nouveau film est bien plus simple et fait la part belle aux relations entre les personnages, sans en rajouter dans les dialogues et les péripéties.

Les enjeux sont simples : la fille aimerait rester dans cette nouvelle vie en société, le père ne peut le supporter (pour des raisons que je vous laisse découvrir) et veut retourner dans la nature. Tout l'intérêt du film et tout le talent de Granik est de ne jamais trancher sur la pertinence de ces choix et ne jamais juger ses personnages, quels qu'ils soient : qu'il s'agisse d'employés de bureau ou d'éclopés de la vie, ils sont tous traités avec le même respect et la même bienveillance. Une scène me semble ainsi emblématique : afin de s'intégrer dans la communauté, le père et la fille font acte de présence à la messe évangélique du dimanche. Quand vient la fin de la cérémonie, le pasteur présente un groupe local qui célèbre dieu en danse et en musique... C'est alors qu'arrive un groupe de mémés qui font une sorte de spectacle entre la danse et la gym rythmique, le tout accompagné de costumes à paillette et de musique rock. On a envie de rire et pourtant le regard de la caméra, frontal, en plan séquence, sans effets, est totalement objectif et ne pousse pas à la moquerie. Et d'ailleurs, une fois le spectacle fini, la fille discute avec le groupe de mémés tandis que le père attend à l'écart : les deux positions nous sont montrées comme valides, et tous les personnages dignes d'intérêt. Debra Granik met ainsi l'empathie au cœur de sa mise-en-scène, avec une caméra proche des visages dont elle scrute les moindres inflexions... En résulte un film réconfortant mais sans simplisme, qui célèbre la solidarité et la compréhension entre les êtres mais sans prêchi-prêcha ou morale toute faite. Un petit travail d'équilibriste qui fait beaucoup de bien.

 



#2 NukemaN

NukemaN

    Faut que j'aille dormir

  • Sous surveillance
  • 16639 Messages :
  • Profil:Homme
  • Location:Moi je ne collectionne que des premières pressions

Posté 04 October 2018 - 13:16 PM

J'avoue que j'ai un peu dubité à l'ouverture de ce nouveau topic monopage ; mais une fois n'est pas coutume, ça valait carrément le coup de projo'.
 
Si on est dans des thèmes -qui me causent beaucoup- relativement communs, les déclassés/esquintés et le retour à la nature (ou la fuite de la société, c'est selon) ; j'ai trouvé l'angle d'attaque à la fois extrêmement frontal, risqué, et réussi.
Loin d'une romantisation de l'appel de l'aventure façon Into the Wild ou de la "critique facile" de la société d'un Captain Fantastic, Leave no trace ne cède ni à la connivence facile, ni aux coups de coude rassurants pour nous immerger dans cette échappée.
Ici il n'est pas question d'envie, pas question de choix (pour Will/Foster du moins), mais de nécessité, et il n'y aura guère que la beauté des paysages pour amoindrir un peu la rudesse de cette vie en autarcie.
 
Pour le reste je ne peux que plussoyer Brutt' ; ce film, tout rude qu'il soit, transpire l'humanisme et le cadre resserré laisse une belle place au duo Foster/McKenzie pour briller. Si Foster est toujours aussi bon pour la jouer à vif, McKenzie est vraiment formidable ; rendant à la fois la fragilité/lumière enfantine et la dureté adulte.
Sans jouer l'esbroufe, j'ai trouvé la réal' plutôt efficace, mettant joliment en valeur les forêts d'Oregon et son cast, bénéficiant de la justesse du regard de Granik pour taper une patine très docu dès que ça touche aux communautés.
 
Une chouette surprise.
Crève-coeur autant que coup de coeur/6
 
 
En zieutant viteuf sa filmo, je constate que le doc qu'évoque Brut' est complètement dans le mood de ce film, à creuser.

Spoiler



#3 Georgie Boy

Georgie Boy

    Gremlins

  • Members
  • 1877 Messages :
  • Profil:Inconnu
  • Location:En bas de l'échelle

Posté 04 October 2018 - 15:28 PM

Vous avez tout dit... Sinon gros coup de cœur pour Thomasin McKenzie.


ad2cdb8a2cb72a996414c364a9e6f059.gif


#4 Bruttenholm

Bruttenholm

    Faut que j'aille dormir

  • Members
  • 14567 Messages :
  • Profil:Homme

Posté 06 October 2018 - 06:49 AM

J'avoue que j'ai un peu dubité à l'ouverture de ce nouveau topic monopage ; mais une fois n'est pas coutume, ça valait carrément le coup de projo'.

C'est le "Bruttenholm seal of quality", souvent imité, jamais égalé.

En zieutant viteuf sa filmo, je constate que le doc qu'évoque Brut' est complètement dans le mood de ce film, à creuser.

Dans une interview à Positif, Granik dit effectivement que l'homme qu'elle suit dans ce doc (et qu'elle a aussi fait jouer dans Winter's Bone) l'a beaucoup inspirée pour le personnage du père... Pour le côté vétéran mais aussi pour le mélange d'apparente rudesse et de tendresse... "Je déteste les êtres entiers, j'adore les "mais aussi"", ce qui résume bien son regard sur les personnages de ses films, je trouve.


Sinon gros coup de cœur pour Thomasin McKenzie.

Tout le monde lui prédit le même destin que Jennifer Lawrence après Winter's Bone. De fait, ça a l'air de plutôt rouler pour elle, d'ailleurs elle sera dans la suite de top gun (qui sera sûrement moins bien que ce film ci mais sûrement plus vu !) ainsi que dans les prochains David Michod et Justin Kurzel.



#5 JuLpM

JuLpM

    Gremlins

  • Members
  • 1868 Messages :

Posté 14 October 2018 - 16:16 PM

J'en rajoute une couche sur ce film au combien émouvant qui traite ses personnages sans en faire des caricatures.

Jamais je n'ai douté de la bienveillance des différents personnages que l'on rencontre, et cette aventure (puisque père et fille cherchent comment ils peuvent rester ensemble et continuellement sont en quête de cette endroit qui le leur permettra) m'a profondément touché.

Ben Foster (que je n'ai vu que dans des performances un peu plus sauvages) et Thomasin McKenzie (que je ne connaissais pas) livrent des performances sur le fil du rasoir, voulant des choses différentes mais tentant de rester ensemble malgré tout.

 

6/6






0 utilisateur(s) en train de lire ce sujet

0 membre(s), 0 invité(s), 0 utilisateur(s) anonyme(s)