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Terry Gilliam


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395 réponses sur ce sujet

#1 Bruttenholm

Bruttenholm

    Faut que j'aille dormir

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Posté 25 March 2012 - 09:34 AM

Alors qu'il sera l'invité du festival du film fantastique de Bruxelles dans quelques semaines et que les dernières rumeurs voudraient qu'il se re-re-remette à son projet chevaleresque d'adaptation de Don Quichotte, il est plus que temps de s'attarder sur le parcours de Terry Gilliam... Plusieurs chapitres qui prendront le temps qu'ils prendront (on n'en verra peut-être jamais le bout, qui sait ?) et habillés autant que faire se peut d'illustrations, d'extraits et de machins et de bidules pour ne pas être trop chiants...
 

Chapitre 1 : De l'autre côté de l'Atlantique


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Comme il est mignon


Contrairement au mythe qui entoure beaucoup de réalisateurs, Terrence Vance Gilliam, né le 22 novembre 1940 à Medicine Lake, Minnesota, a eu une enfance et une adolescence heureuse, voire « classique ». De l'enfance rurale au milieu des bois (« à la Tom Sawyer »), avec toilettes dans le jardin, aux années lycée passées en Californie, Terry Gilliam est un pur produit de l'Americana.
Major de promo, champion de saut à la perche, délégué des élèves, élu « élève ayant le plus de chances de réussir » par les lycéens et envisageant même de devenir missionnaire presbytérien, Gilliam avait tout de l'élève modèle… Une certaine image du rêve américain incarné.

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Mais quelle tête à claques !

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C'est à la fac que ça commence à se gâter. A Occidental College, Gilliam se dirige d'abord vers des études de Physique, puis d'Art, pour finalement se fixer sur les Sciences Politiques. Des études qu'il suivra de loin, étant de plus en plus occupé par des activités extrascolaires qui ont le plus souvent à voir avec son don pour le dessin. Il se consacre par exemple à fond au magazine de l'école pour le remplir d'articles humoristiques et de cartoons, imitant consciemment le ton et l'esthétique du magazine MAD qui a bercé ses jeunes années. Gilliam ira même jusqu'à envoyer une copie de sa revue à Harvey Kurtzman lui-même, le fondateur du magazine de BD new-yorkais MAD, qui lui répondra par une lettre d'encouragement. Une lettre déterminante puisque quelques années plus tard, Terry Gilliam doit maintenant intégrer le monde du travail. Intéressé par le monde du cinéma mais ne voulant pas passer des années à porter des cafés, Gilliam décide de s'orienter vers l'autre discipline artistique qu'il connaît à-peu-près : la bande dessinée, et recontacte Kurtzman pour lui demander du boulot. Kurtzman lui répond qu'il n'y a rien pour lui à New York. Logiquement, Gilliam décide donc de déménager là-bas. Ce qui ne sera pas une mauvaise idée, après tout, puisque le rédacteur en chef adjoint de Help !, la nouvelle revue de Kurtzman, vient alors de démissionner, et que Kurtzman propose donc à Gilliam de reprendre le poste.

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"Quick, Henry, the flit !", un cartoon signé Gilliam pour le magazine Fang de l'Occidental College.

Terry Gilliam occupera ce job de 1962 à 1965. Gagnant un salaire inférieur aux allocations chômage, il n'en est pas moins ravi de travailler avec ses idoles Kurtzman, Jack Davis ou Will Elder. D'autant plus que la revue lui donne l'occasion de s'approcher un tout petit peu plus du monde du cinéma puisqu'il est aussi chargé de la production de romans photos humoristiques, pour le « tournage » desquels il rencontre des acteurs tels que Woody Allen… ou John Cleese.
 

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"Christopher's Punctured Romance" - John Cleese fait des choses dégoûtantes avec une poupée Barbie : la première collaboration entre Cleese et Gilliam (suivez le lien pour lire l'histoire en entier).


Lorsque Help ! met la clé sous la porte, Gilliam commence une période assez hédoniste : voyage en stop à travers l'Europe, arrêt à Paris pour bosser chez Pilote, le magazine de René Goscinny (pote de Kurtzman), retour sur la côte Ouest des Etats-Unis, « Summer of Love »… Une période qui prendra fin dans l'horreur quand Gilliam atterrira au beau milieu de la répression d'une manif anti-Vietnam en 1967.

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Les Ramoneurs, la rencontre au sommet entre Fred et Gilliam dans les pages de Pilote -Gilliam signera une autre histoire pour le magazine, intitulée La bonhommedeneigeologie.

Le retour à la réalité est brutal, la rupture avec les USA est consommée : Gilliam part s'installer à Londres. Là-bas, il signe plusieurs illustrations pour des magazines, avant de se souvenir de ce jeune comédien de la troupe de l'université de Cambridge qui était en tournée à New York il y a quelques années… John Cleese est alors une petite célébrité de la télé où il participe au Frost Report de David Frost (le David Frost de Frost/Nixon), et il met Gilliam en contact avec le producteur Humphrey Barclay, qui lui commande quelques animations et cartoons pour certains de ses shows, dont Do Not Adjust your Set, une émission co-écrite et co-interprétée par Michael Palin, Terry Jones et Eric Idle. Fascinés par le talent de l'américain, ces derniers l'intègrent dans leur groupe.
Ça tombe bien, John Cleese et son co-scénariste Graham Chapman cherchent des talents pour la nouvelle série que la BBC vient de leur commander…

Beware of the elephants et The Christmas Card, deux petits bijoux réalisés par Gilliam pour Do Not Adjust Your Set.
 

__________________________________________________________________________________________________________________
 



#2 OrsonZ

OrsonZ

    Le Facteur Manchot

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Posté 25 March 2012 - 09:43 AM


Lorsque Help ! met la clé sous la porte, Gilliam commence une période assez hédoniste : voyage en stop à travers l'Europe

A ce propos, Terry a récemment posté une de ses photos sur Facebook de lui-même faisant du stop

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:mrgreen:

Que dire de Gilliam sinon que j'adore la plupart de ses films, son passage chez les Monty... et je suis d'ailleurs étonné qu'il n'ait pas eu son topic plus tôt.
Sa rencontre avec Fred (déjà évoquée par mézigues et Brutt je ne sais plus sur quel sujet)
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[Psycho Style]
Merci Bruttenholm
[/Psycho Style]


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Adaret©


#3 Bruttenholm

Bruttenholm

    Faut que j'aille dormir

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Posté 25 March 2012 - 09:53 AM

C'est bien que tu postes cette photo, ça m'évite de le faire :mrgreen: .

#4 Mad-Minds

Mad-Minds

    Gremlins

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Posté 25 March 2012 - 10:04 AM

AAAh ce que j'aime son univers, déjà il a le meme prénom que moi et ensuite je trouve son univers très construit mais s'il a eu
souvent une mauvaise étoile face à un Tim Burton, car Gilliam est un cineaste qui tient la route et reste fidèle à son univers même
s'il a moins de succès et vit parfois des echecs cinématographique. Peut-être que son Dr Parnassus ma moins emballé sur la durée déjà et
les rebondissements, mais je reste comme un enfant encore devant son Frères Grimm par exemple que je trouve sous-estimé.
Rien que d'y penser, faut que je me rachète les aventures du Baron, trop envie de le revoir, ma vhs rend l'âme petit à petit.

Je vois qu'on tarde aussi à lui établir des livres sur son oeuvre, presqu'aucun en France si je ne dis pas de bétise comparé à d'autres.

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#5 Deedee

Deedee

    JarJar

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Posté 25 March 2012 - 17:28 PM

Moi aussi, bien sûr, comme toute personne de goût j'adore ses premiers travaux et je pense que "Brazil" ou "Twelve Monkeys" sont de grands films.
De plus, je l'ai vu en conférence au moment de la sortie du plutôt bon "Tideland" et il avait l'air extrêmement sympathique.
Mais j'ai un petit quelque chose à raconter à son sujet:

Il y a quelques années j'ai eu la chance de travailler sur un tournage avec la canadienne Sarah Polley.
Une jeune femme adorable qui avait commencé sa carrière à treize ans sur le tournage de "Munchausen".
M'entendant bien avec elle, j'ai un jour abordé le sujet Gilliam.
Mlle Polley gardait un très mauvais souvenir du tournage, le décrivant comme extrêmement dangereux et que rien n'arrêtait Gilliam. C'est à dire que même après la mort d'une personne sur le plateau, il continuait à foncer bille en tête et à tourner parait-il dans des conditions déplorables.
D'après elle, Gilliam est déconnecté de la réalité, ne pensant qu'à son oeuvre et se foutant de ce que peuvent vivre ses collaborateurs.
À mon avis, c'est pour ça qu'il a réussi de grands films, mais c'est aussi pour ça qu'il a toujours tant d'embrouilles pour les faire , ses films.
Ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas toujours "la faute aux vilains producteurs" et que Monsieur Gilliam peut aussi avoir sa part de responsabilités.
Sarah Polley m'avouait même avoir regardé "Lost In La Mancha" avec jubilation...

#6 Bruttenholm

Bruttenholm

    Faut que j'aille dormir

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Posté 25 March 2012 - 18:41 PM

? Je crois pas me souvenir que quiconque soit mort sur le plateau de Münchausen...
En ce qui concerne le trauma de Sarah Polley, elle en a avait parlé à l'époque de Tideland dans une lettre ouverte, en fait. Une lettre qui avait entraîné un petit échange de mails avec Terry Gilliam, échange qu'on peut lire ici : http://movies.groups...ub/message/5946

#7 Bruttenholm

Bruttenholm

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Posté 25 March 2012 - 19:36 PM

Image IPB


Chapitre 2 : L’extraordinaire cirque volant de monsieur Python


Image IPB


Le show Monty Python’s Flying Circus voit le jour en 1969.
Ce qui sera connu comme le groupe des Monty Python résulte en fait de la fusion de deux groupes : la paire Chapman-Cleese et le groupe Eric Idle-Michael Palin-Terry Jones. Dans cette organisation, Gilliam est à la fois au centre et en marge… Au centre puisqu’il est entendu dès le début que ses animations apporteront un ton unique au show et surtout feront le lien entre les sketchs, qui pourront ainsi se permettre de n’avoir pas toujours de chute et ainsi éviter les baisses de rythme. En marge, car la confection des animations le force à travailler à l’écart du reste du groupe. Sept jours sur sept, enchaînant les nuits blanches, Gilliam dessine, découpe et peint puis va tourner puis monter ses séquences à la BBC pour fournir régulièrement un peu plus de 2 minutes d’animation chaque semaine. Un régime intense qui le condamne à n’être présent à l’image que dans des petits rôles à la limite du caméo.

Petit cours d'anim en papiers découpés par Terry Gilliam -maintenant, tous les pubards de la planète font ça sous after effects.


Le Flying Circus durera 4 saisons, de 1969 à 1974, pendant lesquelles sa popularité, alimentée par des sorties de disque et des spectacles live, ne faiblira pas. Ce qui permettra à la troupe de se lancer dans le cinéma avec Sacré Graal ! en 1975, pour lequel Terry Jones et Terry Gilliam s’attribuent les postes de réalisateurs (simplement parce que les 4 autres, en plus de ne pas s’appeler Terry, ne s’intéressaient pas à la mise-en-scène – de fait aucun d’eux n’a jamais réalisé de film ensuite).

Entre la fin du Flying Circus et Sacré Graal !, Gilliam aura le temps de signer quelques animations pour l’émission américaine The Marty Feldman Comedy Machine, dont ce "Miracle of Flight".


Tourné pour un tout petit budget de 229 575 livres de l’époque (apportés en majeure partie par le mécénat de stars du rock britannique de l’époque cherchant à bénéficier de réductions d’impôt), le film est un bordel logistique qui met les nerfs de l’équipe à rude épreuve (2 semaines avant le tournage, l’accès à tous les châteaux forts réservés pendant la pré-production a été refusé, obligeant une refonte complète du planning entraînant des problèmes de disponibilité des costumes etc. –et la caméra s’est cassée le premier jour) et font naître des tensions entre les deux Terry. Au lieu de s’engueuler continuellement, les deux réalisateurs décident donc d’une nette répartition des tâches : à Terry Jones le travail avec les acteurs, à Terry Gilliam le travail de l’image… Un principe qui n’ira pas sans heurts (les deux réalisateurs iront jusqu’à s’introduire de nuit dans la salle de montage pour rajouter ou enlever des scènes à l’insu l’un de l’autre) mais qui permettra au moins au film d’avoir une sacrée gueule pour le peu de pognon qu’il a coûté (Andrew Stanton a récemment déclaré que Sacré Graal ! restait pour lui un modèle de direction artistique).

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Gilliam, dans son costume du vieil homme de la scène 24, dirige son petit monde

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le making of d'une scène culte


A partir de là, les chemins de Gilliam et des Pythons vont s’écarter petit à petit… Dans La vie de Brian (1978), Gilliam n’est plus réalisateur, même s’il reste responsable des effets spéciaux (George Lucas lui dira son admiration pour la scène des extraterrestres) et directeur artistique (Gilliam dira que Terry Jones a gâché certaines scènes aux décors très élaborés en filmant les scènes comme un téléfilm). Et dans Le sens de la vie (1982), Gilliam réalise 3 séquences d’animation (dont une –la partie musicale- sous-traitée mais surtout son propre sketch en marge du tournage principal. Un sketch qui prendra tellement d’ampleur que le groupe décidera de l’extraire du film pour en faire The Crimson Permanent Assurance, un court-métrage d’avant-programme… La rupture entre Gilliam et les Monty Pythons, bien qu’amicale, ne pourrait pas être plus claire.





Image IPBImage IPB
Terry Gilliam, un acteur dont on se souvient
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#8 Bruttenholm

Bruttenholm

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Posté 25 March 2012 - 19:40 PM

Bonus 1 :

Terry Gilliam, un artiste aux multiples talents

Bonus 2 :

Avant d'intégrer les Monty Python, Terry Gilliam réalise le générique de Cry of the Banshee -"Les crocs de Satan" en français, un film avec Vincent Price

#9 Bruttenholm

Bruttenholm

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Posté 05 April 2012 - 10:24 AM

Les Ramoneurs, la rencontre au sommet entre Fred et Gilliam dans les pages de Pilote -Gilliam signera une autre histoire pour le magazine, intitulée La bonhommedeneigeologie.

Aux dernières nouvelles, sa bande dessinée scénarisée par Fred est republiée dans un numéro spécial de Fluide Glacial en kiosque aujourd'hui : http://www.lexpress....al_1096890.html

#10 Bruttenholm

Bruttenholm

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Posté 05 April 2012 - 16:29 PM

Ouhlà, c'est la folie par ici... Bon...

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Chapitre 3 : Bandits et borogoves


La rupture d’avec les Python, officialisée avec The Crimson Permanent Assurance, couvait déjà depuis quelques années. En effet, Gilliam s’était déjà lancé dans une carrière en solo, intercalant ses films entre deux sorties pythonesques : Jabberwocky (1977) entre Sacré Graal ! et La vie de Brian et Bandits Bandits (1981) entre La vie de Brian et Le sens de la vie. Des films qui vont l’éloigner petit à petit de la tutelle de monsieur Python…

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Car si, de prime abord, Jabberwocky semble dans la continuité du moyen-âge crasseux et ironique de Sacré Graal !, il plonge surtout ses racines dans des influences bien plus profondes, qui travaillent Gilliam depuis longtemps. D’abord Lewis Carroll, qui a écrit le poème éponyme, et qui obsède le réalisateur depuis l’enfance (la première production de Terry Gilliam a été une adaptation théâtrale de Alice au pays des merveilles alors qu’il était moniteur d’une colonie de vacances –la troupe d’acteurs étant constituée des gamins dont il avait la charge. Ironiquement, cette pièce sera aussi sa première production avortée), puis le moyen-âge, une autre passion d’enfance (il répètera souvent qu’un des grands intérêts d’avoir déménagé en Europe était de voir des Châteaux forts en vrai), et enfin le Gormenghast de Mervyn Peake, qu’il envisagera un temps d’adapter et dont l’atmosphère de grotesque décadent médiéval imbibe son Jabberwocky.
Ce sera donc une petite déception pour Gilliam que le film ne soit pas vu à sa sortie comme une œuvre personnelle mais plutôt comme un dérivé des Monty Pythons (la présence de Michael Palin dans le rôle principal ajoutant à la confusion)… Il se consolera en apprenant que John Boorman se servira de son film fauché (fait pour 500 000 dollars de l’époque) comme référence pour la direction artistique de Excalibur (11 millions de dollars), le projetant 14 fois à son équipe pendant la phase de pré-production…

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Croquis préparatoire du costume du monstre par Gilliam himself... Le concept central était de retourner le gars dans le costume afin qu'il puisse activer les ailes avec ses bras et que ses genoux figurent les "talons" de l'animal




Le sort de Bandits Bandits sera bien différent, poussant même Terry Gilliam à déclarer au détour d’une interview que c’était son premier film « officiel »…


Pensé dès le départ comme un film pour tous les âges, Time Bandits a été imaginé très vite alors que Gilliam était empêtré dans l’écriture d’un autre film, The Ministry. L’idée est de suivre un enfant qui voyage à travers les époques…. Le fait qu’il soit entouré de nains résulte d’une logique simple : Gilliam voulait garder l’enfant comme personnage central mais craignait qu’un enfant seul ne soit pas assez intéressant à suivre pour le spectateur et tenait donc à l’entourer d’une troupe de personnages secondaires. Mais comme il fallait conserver le point de vue du gamin, il fallait que ces personnages soient de la même taille que celui-ci, donc des nains.

Part 2 et Part 3


Bandits Bandits est le dernier film que Gilliam co-écrira avec un Monty Python (Michael Palin) mais c’est surtout un film marqué par de nombreuses premières fois :
-Première fois que Gilliam travaille avec des stars , que ce soit son ami John Cleese en Robin des Bois, très connu à l’époque pour sa série Fawlty Towers, mais surtout Sean Connery, intégré dès le scénario, un peu comme une blague (« Quand le guerrier grec enlève son casque, il se révèle être nul autre que Sean Connery –ou un acteur de stature égale mais moins cher »). Un Sean Connery impérial, dont les scènes seront tournées en premier par souci de planning, et qui saura proposer des idées ingénieuses pour contourner un budget serré.

-Premier film pour la compagnie d’effets spéciaux visuels de Terry Gilliam, Peerless Camera, créée pour l’occasion. Le premier investissement de la compagnie est un banc-titre qui permettra de filmer la séquence du générique ainsi que le visage de l’Être suprême.

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Avant de se décider pour un trucage optique en post-production, l'être suprême devait être représenté par un acteur présent sur le plateau. Les premières scènes tournées n'étaient pas très concluantes


-Premier conflit avec un producteur : co-fondateur de la compagnie Handmade Films avec George Harrison, Denis O’Brien tenait à parsemer le film de chansons d’Harrison. Une décision qui n’était pas partagée par Gilliam, qui menaça de déchirer le négatif avec un clou s’il n’obtenait pas gain de cause. On se mit d’accord sur une seule chanson d’Harrison, sur le générique de fin.

-Enfin, et surtout, premier succès en solo : alors que le film fait un bide en Grande-Bretagne, toujours à cause d’une confusion avec les Monty Pythons, il cartonne aux Etats-Unis où il est vendu comme le film familial qu’il est (Pour l’anecdote, la fin du film était un peu trop bizarre pour le distributeur américain- Gilliam dit qu’elle est quand même restée à cause d’une projection test particulièrement déplorable où le son était vraiment très mauvais, ce qui rendait la vision du film très pénible… Quand on a demandé aux spectateurs ce qu’ils préféraient dans le film, il avaient tellement hâte que le film se termine qu’ils ont dit que ce qu’ils préféraient c’était la fin. Et voilà pourquoi -selon Gilliam- elle est restée intacte)

Ce succès ouvrira à Gilliam les portes de plusieurs producteurs qui le voient comme le nouveau petit génie du monde du cinéma… Le réalisateur peut donc faire aboutir The Ministry, rebaptisé Brazil.



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La petite troupe, avec Gilliam et Harrison, et leurs gamins respectifs, à gauche de l'image.




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Entre le scénario et le film fini, Terry Gilliam a dû supprimer plusieurs scènes par manque de budget, dont celle de la forêt de mains (ci-dessus) qu'il essaiera de recaser ensuite dans plusieurs autres projets, ou celle des vieilles femmes araignées (ci-dessous), storyboardée et tournée mais coupée au montage car les scènes servant d'introduction à celle-ci n'avait pu être tournées par manque d'argent
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#11 Steerpike

Steerpike

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Posté 06 April 2012 - 13:50 PM

Ouhlà, c'est la folie par ici... Bon...


Mais si, mais si, il est super ce topic. Simplement, ton exposé étant fort complet et détaillé, il n'y a peut-être pas grand chose à ajouter...

Personnellement, j'aime beaucoup Jabberwocky, même si le film est parfois un peu bancal, pris entre les délires pythonesques et les ambitions de Gilliam. Toute la narration reposant sur un principe de frustration (le héros, Dennis, n'assume jamais ce statut et reste médiocre de bout en bout, aucun personnage n'atteint jamais ses objectifs, etc.), le film est parfois un peu... pénible, je dirais, pas dans le sens où ce n'est pas bon, mais où on a l'impression de faire face à un récit qui s'embourbe constamment (au sens propre comme au figuré).

Restent les costumes, les décors (encore un film qui a couté trois francs six sous et qui en met plein la vue), le regard sur le Moyen-Age, le poème de Lewis Carroll, et le formidable talent de Gilliam pour mettre en scène le chaos...

Le parallèle avec Gormenghast est également frappant dans certaines scènes (l'anarchie généralisée dans le château de Bruno the Questionnable), mais s'accorde-t-il réellement avec le reste du film?

Bref, une première oeuvre très attachante, mais pas tout à fait maîtrisée.

Bandits, bandits fonctionne, je crois, un peu mieux, avec sa structure en épisodes et son incroyable défilé de guest stars, qui, au gré de prestations mémorables (John Cleese en Robin des Bois, Sean Connery en Agamemnon, Ralph Richardson en Dieu et l'époustouflant David Warner en Satan, pour n'en citer que quelques uns), viennent soutenir un groupe central également très solide (Jack Purvis forever!)

J'ai un petit faible pour la scène toute simple où Agamemnon fait un tour de magie pour son fil adoptif. Drôle et émouvant, avec ce regard iconoclaste sur l'histoire et les héros. Et j'adore la fin à la Roald Dahl, avec
Spoiler


Enfin, une fois de plus, le film est absolument spectaculaire, compte tenu d'un budget comparativement très raisonnable.

D'ailleurs, cela fait des années que je fantasme sur la scène avec les deux araignées... Il y a moyen de la voir quelque part?

#12 Bruttenholm

Bruttenholm

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Posté 07 April 2012 - 14:15 PM

D'ailleurs, cela fait des années que je fantasme sur la scène avec les deux araignées... Il y a moyen de la voir quelque part?

Apparemment non, et je ne sais absolument pas pourquoi.

(Sinon, merci pour ta petite critique de Jabberwocky, j'avoue n'en avoir que des souvenirs trèèèès lointains)

#13 Clint*

Clint*
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Posté 07 April 2012 - 16:07 PM

BRAZIL est pour moi dans le top 10 des meilleurs films de l'histoire du ciné. Quand un gars arrive à être un vrai visionnaire, il mérite mon estime au même titre qu'un Ray Bradbury, un Jules Verne ou un Stanley Kubrick. Faire preuve d'une lucidité hors du commun avant les autres montre que l'on est un artiste supérieur.

Sans compter que ce gars sait dessiner, animer, faire rire, toucher et filmer comme un grand. Sa contribution aux Python, le summum de l'humour drôle (pas Djamel quoi), restera éternellement dans les mémoires.
Terry Gilliam rappelle à travers ses travaux ce que mot "artiste" veut dire. Un barjo complet propulsé par une énergie créatrice hors du temps.

Vive la drogue.

#14 Gutburger

Gutburger

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Posté 07 April 2012 - 16:09 PM

Et dire que je n'ai pas encore vu Brazil.

#15 Mccoy

Mccoy

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Posté 07 April 2012 - 16:13 PM

Tiens j'ai regardé Brazil la semaine dernière. Je me rappel que la première fois que je l'ai vu, petit, je n'avais rien compris et m'étais fais chier sévère. Du coup j'ai donner une nouvelle chance au film en blu-ray (de très bonne qualité d'ailleurs). Et bien j'avais tord. C'est vachement bien Brazil. C'est pas tout les jours qu'on voit un film de cette envergure, avec tant d'idée dans le scénar, la mise en scène, la direction artistique etc… J'ai vraiment accroché au film cette fois (qui n'est pas si compliqué que ça en fait), et la fin m'est apparu comme un petit crève coeur au final (marrant de voir comment cette fin à été reprise/a inspirée de nombreux films par la suite. Nan vraiment putain de film. J'ai bien envie de re-tenter L'armée de 12 singes aussi du coup (mais le blu-ray est pas terrible apparemment).

pain-gain-dwayne-johnson-mark-wahlberg-a

"I don't change my style for anybody. Pussies do that. "


#16 Bruttenholm

Bruttenholm

    Faut que j'aille dormir

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Posté 07 April 2012 - 17:03 PM

Je trouve que l'Armée des 12 singes perd à la revoyure (en revanche Las Vegas Parano, j'ai bien dû le voir 3 fois avant de vraiment l'apprécier)... Un peu l'impression que Gilliam s'est laissé emporter et travaille contre le scénar, sur ce film.
Mais de toute façon, les films de Gilliam sont tellement remplis qu'on y découvre toujours quelque chose (et Brazil, en particulier, résiste toujours aussi bien au temps qui passe).

P.S :

J'ai un petit faible pour la scène toute simple où Agamemnon fait un tour de magie pour son fil adoptif.

J'ai vérifié et c'est aussi une idée de Sean Connery.

#17 Steerpike

Steerpike

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Posté 12 April 2012 - 14:55 PM

P.S :


J'ai un petit faible pour la scène toute simple où Agamemnon fait un tour de magie pour son fil adoptif.

J'ai vérifié et c'est aussi une idée de Sean Connery.


Ah oui, c'est vrai! Comme l'idée de faire revenir Agamemnon à la fin en pompier...

Pour le coup, l'apport de Sean Connery sur le film est intéressant, puisque cette relation père-fils entre le héros et Agamemnon apporte une certaine cohérence ainsi qu'un contrepoint plus grave, plus touchant, au chaos et au burlesque ambiant.

Sinon, je suis un peu d'accord avec toi pour L'armée des 12 singes, qui, jusqu'aux Frères Grimm, était le Gilliam que j'aimais le moins. Malgré le souffle et l'énergie du réalisateur, on pouvait parfois se demander si la richesse visuelle, la démesure (bref, ce qu'on aime habituellement chez Gilliam) ne jouait pas contre le film, qui, de ce fait, séduit plus dans ses moments de calme que lorsqu'il montre Brad Pitt se comportant comme un personnage de Tex Avery.

Du coup, même si j'apprécie le film, une comparaison entre Les 12 singes et La jetée ne joue pas forcément en faveur de Gilliam.

En revanche, Las Vegas Parano est formidable de bout en bout, mais la richesse du sous-texte et des thèmes abordés ne sont guère perceptibles à la première vision, qui emporte le spectateur dans un maëlstrom étourdissant et le laisse littéralement hagard (ce que ne faisait, forcément, pas le livre, où le lecteur pouvait prendre du recul et réfléchir un peu à ce qu'il lisait).

A la deuxième ou troisième vision, on commence à apprécier d'avantage les métaphores visuelles, les allusions au contexte historique et culturel, ainsi que les passages plus réflexifs, comme celui où Thompson réfléchit à la fin des années 60.

#18 Bruttenholm

Bruttenholm

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Posté 12 April 2012 - 16:25 PM

Chapitre 4 : L’autre côté de maintenant



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Après Bandits Bandits, Terry Gilliam se remet à travailler sur The Ministry, ou 1984 ½ (si Gilliam a vu 8 ½ de Fellini, il n’a alors pas lu le 1984 d’Orwell), ou Brasil, ou Brazil… Le nom change au fil des versions, mais l’idée d’un film rétro-futuriste sur le conformisme et la bureaucratie demeure… Et, logiquement, ces thèmes centraux percent à travers ce que fait Gilliam après Bandits Bandits, c’est-à-dire ses séquences du Sens de la vie des Monty Python : The Crimson Permanent Assurance met déjà en scène un conflit entre l’imagination et la bureaucratie, tandis que la séquence du générique montre un mur infini d’armoires à fiches tel qu’on en voit sur une des affiches de Brazil (une image qui est aussi dans le storyboard du film mais qui n’a pas été tournée)… Brazil est donc puissamment ancré dans le cerveau de Gilliam et celui-ci n’hésitera pas une seconde quand les producteurs et les studios viendront le chercher, alléchés par le carton de Bandits Bandits au box-office américain. Alors qu’on lui propose Enemy (que récupèrera Wolfgang Petersen), Gilliam refuse : ce sera Brazil ou rien. Preuve de son aura dans le monde du cinéma à l’époque, on lui alloue un budget de 15 millions de dollars (dans la moyenne haute de l’époque : E.T a coûté 10 millions, Retour vers le futur 19 et Blade Runner 28 millions) et Universal et la Fox se battent pour acquérir les droits de distribution…


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Where is Brazil ?
Lors d’un séjour à Port Talbot au pays de Galles, pendant le tournage de Jabberwocky, Gilliam fut frappé par la confrontation entre la plage légèrement recouverte de suie, les industries au loin et un vacancier posé dans ce paysage et écoutant un morceau de Ry Cooder à la radio… Ce mélange paradoxal traduisant l’opposition entre imagination et travail, art et aliénation, fut un choc visuel assez fort pour faire germer l’idée de Brazil…



Le film est devenu un projet en vue, le casting ratisse large : Jamie Lee Curtis, Rosanna Arquette, Madonna, Ellen Barkin auditionnent pour le rôle féminin. Gilliam choisira Kim Greist. Tom Cruise est pressenti pour le rôle principal de Sam mais ne veut pas passer d’audition. Gilliam lui préfère Jonathan Pryce, plus âgé de 10 ans par rapport au personnage tel qu’il l’avait imaginé. Robert De Niro veut le rôle de Jack Lint, le meilleur ami de Sam, mais celui-ci va à Michael Palin. De Niro se console avec le rôle du plombier-terroriste Tuttle.


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Where is Brazil ?
Une grande partie des extérieurs du film a été tournée à Marne-La-Vallée, dont le nouvel ensemble résidentiel moche dénommé « les espaces d’Abraxas » fait merveille pour représenter l’environnement urbain dur et déshumanisé de Sam Lowry.



Le film devient une grosse machine, il prend de plus en plus d’ampleur… Peut-être un peu trop : les effets spéciaux sont trop complexes, il faut tailler dans les scènes de rêve… Le tournage est une épreuve qui n’en finit pas. A bout de nerfs, Gilliam tombe en catatonie : pendant une semaine, il est incapable de se lever. Le film, qui devait se tourner en 20 semaines, est bouclé en 9 mois (mais, étrangement, il reste dans les limites de son budget).

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Grosse séquence d'effets spéciaux, la scène de la mer d'yeux fut storyboardée et presque tournée (voir à la sixième minute dans le making of ci-dessous -part 1 et part 2 ici et ) mais finalement abandonnée devant la difficulté à faire bouger les yeux en même temps.


Le film n’est pourtant pas arrivé au bout de ses aventures… Il débarque en Europe début 1985 et rencontre un certain succès public et critique mais, aux Etats-Unis, Universal bloque sa sortie… Sa fin étrange et sombre pose problème : Sid Sheinberg, le patron du studio, insiste pour modifier le montage et menace de ne pas sortir le film sur le territoire américain s’il reste en l’état. Pour éviter cela, Gilliam renonce par contrat au final cut… Dépossédé de son film, il va pourtant se démener pour que son montage sorte. Pendant que Sheinberg fait bosser ses monteurs sur une nouvelle version, Gilliam montre son film à Spielberg, alors poule aux œufs d’or de Universal (juste après E.T) pour qu’il fasse pression sur Sheinberg. En vain. En désespoir de cause, il décide de rendre son combat public en apostrophant Sid Sheinberg sur une pleine page du magazine Variety :
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Peu après, une projection clandestine est organisée pour l’association des critiques de Los Angeles, qui lui attribuent leurs prix du meilleur film, du meilleur scénario et du meilleur réalisateur. Sous pression, Sheinberg est obligé de sortir le film dans son montage initial (même si ce montage américain approuvé par Gilliam reste plus court de 10 minutes par rapport au montage européen)… C’est une petite sortie pour positionner le film dans la course aux oscars et le film ne rencontre donc pas un succès public énorme. Mais Gilliam a quand même gagné. C’est désormais le petit génie visionnaire qui a vaincu le gros studio bureaucratique. Autant dire qu’on l’attend au tournant…


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Where is Brazil ?
Alors que le scénario prévoyait que Sam Lowry finisse emprisonné dans une cellule cubique, Terry Gilliam changea ses plans quand lui fut donnée la possibilité de tourner à l’intérieur d’une des tours de refroidissement d’une centrale électrique désaffectée des abords de Londres.



P.S : Premier épisode d'une longue série, le style de Gilliam se trouve vite pompé par les pubards, qui font donc de Brazil, oeuvre révoltée contre le consumérisme et le conformisme, une pierre de touche de l'esthétique commerciale de l'époque :





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#19 X-Ben

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Posté 12 April 2012 - 19:01 PM

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Where is Brazil ?
Une grande partie des extérieurs du film a été tournée à Marne-La-Vallée, dont le nouvel ensemble résidentiel moche dénommé « les espaces d’Abraxas » fait merveille pour représenter l’environnement urbain dur et déshumanisé de Sam Lowry.


Ça se trouve à Noisy-le-Grand pour être précis, il y a un centre commercial et un UGC Ciné Cité juste à côté. Et c’est marrant d’ailleurs, car en voyant ces bâtiments, avant même de faire le lien avec Brazil, je trouvais que ça ressemblait à des immeubles de Gotham City.

#20 Rlyeh Queen

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Posté 12 April 2012 - 19:12 PM

Palin est grandiose aussi dans ce film. Petite je ne pouvais le croire méchant. C'est ça qui m'avait le plus choqué. Puis j'ai grandi et j'ai vu tout ce que j'avais zappé petiote.. TOut est choquant. On ne cesse de faire des similitudes avec nos sociétés contemporaines, on rit du malheur de certains et du grotesque d'autres... C'est... wahou. J'aime ce film.

Puis le rêve... Aaaaaah :wub:
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