Toute première fois N°317

The Vampire's Ghost

Quand Lesley Selander, le plus prolifique réalisateur de westerns de l’Histoire, tourne un film de vampire pour un studio fauché, cela donne l’une des séries B les plus inhabituelles des années 40. Écrit par Leigh Brackett, scénariste qui se rendra responsable de la première mouture de L’Empire contre-attaque, The Vampire’s Ghost délocalise pour le meilleur le mythe du suceur de sang en terre africaine. Décomplexé, inventif et envoûtant, un film d’horreur à l’impeccable sobriété, et beaucoup plus progressiste qu’il n’y paraît.

Hollywoodland, le pays où la vie est plus belle. Un signe, une enseigne, un symbole ! Treize lettres, hautes de quatorze mètres et larges de neuf. Cent dix-sept mètres de rêve surplombant l’une des plus grosses usines de films au monde. La bannière se détériore lentement depuis que sa maintenance a pris fin en 1939. Hollywood et ses gigantesques studios, mais aussi ses micros structures qui gravitent autour des géants. Hollywood et son « Poverty Row ». La rue de la pauvreté, l’allée des fauchés, des miteux, des nécessiteux et des sans-le-sou. L’endroit n’est indiqué sur aucune carte mais ici, on fabrique autant de films, sinon plus, que chez les grands propriétaires. Ici, on recycle, on réutilise, on retraite et on réoriente. Ici, on croise des jeunots qui démarrent leur carrière devant la caméra et des stars déchues qui l’achèvent dans des films de série B produits par Monogram, Republic, PRC, Eagle Lion ou encore Tiffany. Ici, il faut à peine six jours pour écrire un scénario de long-métrage et deux semaines pour le mettre en images. Les budgets sont divisés par cent par rapport à ceux des majors, le réalisateur n’a pas droit à la parole et le scénariste encore moins. Ici, on tente de reproduire le goût du succès tout en variant la recette, et seul le producteur décide, tout en sachant que ce sont les exploitants, autrement dit les directeurs de salles, qui règnent à leur manière sur la production. L’offre et la demande ; la loi du marché. Si le western tient le haut du pavé avec des têtes de pont comme Roy Rogers et Gene Autry, le « cowboy chantant », le fantastique et l’horreur ne sont pas en reste. Mais le public s’est désormais lassé des grands monstres de la Universal. L’Âge d’Or du début des années 30 qui marqua la consécration de Dracula et du monstre de Frankenstein est désormais révolu. Le changement, c’est maintenant. Et alors qu’Universal usait le filon jusqu’à la corde dans une série de suites et de séquelles plus ou moins réussies, les indépendants, eux, contre-attaquaient en proposant des variantes osées, foldingues et inattendues des mythes fondateurs du fantastique. Dès 1935, Condemned to Live, production riquiqui de la Chesterfield, donnait le ton en célébrant, dans son prologue situé en Afrique, le mariage entre le vaudou et le vampirisme. Dix ans plus tard, avec The Vampire’s Ghost, la Republic exportait un vague cousin du comte Dracula dans les mystérieuses jungles africaines et répondait ainsi à un besoin pressant d’exotisme de la part du public.

ENTREPRISE DE DÉMOLITION
« L’Afrique ! La terre noire où les tambours résonnent [...]

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