Toute première fois N°309

Satan’s Black Wedding et Criminally Insane : deux expérimentations difficiles à apprivoiser venues des glorieuses seventies. Elles sont l’oeuvre d’un certain Nick Millard, cinéaste capable de combiner l’étrangeté d’un Ed Wood Jr. à la rapidité d’un Jess Franco.
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Les exactions des pères. De la fin des années 10 aux débuts des années 50, les 40 voleurs opéraient dans l’ombre du cinéma classique hollywoodien. C’était comme cela qu’on désignait les margoulins qui produisaient, réalisaient, assemblaient et distribuaient d’improbables films fauchés en marge du système. Publicités tapageuses et sujets scabreux. Drogue, prostitution, strip-tease, maladies vénériennes et même images d’accouchement. Le tout vendu bien sûr à titre préventif. Une vraie économie parallèle. Il y avait là Sonny Cummins, Dwain Esper, Louis Sonney, J.D. Kendis et tous les autres. Certains créèrent de juteuses sociétés de production et de distribution, d’autres ne firent qu’un ou deux films avant de s’évanouir dans la nature. Au début des années 20, avant d’entrer dans l’arène du film d’exploitation, Sonney arrondissait ses fins de mois en exposant le cadavre momifié du bandit Elmer McCurdy dans son show itinérant. Le musée du crime ! Le corps fut un temps cédé au réalisateur Dwain Esper qui s’en servit pour promotionner son film Narcotic. Les restes de McCurdy décoraient le hall des salles dans lesquelles le film était projeté. Esper clamait que le mauvais état de la dépouille était dû à la consommation massive de stupéfiants. Les quarante voleurs ne reculaient devant rien. Parmi eux, Sam S. Millard, Steamship Millard pour les intimes. Date et lieu de naissance inconnus. Sa filmographie officielle ne compte que quatre titres, il en a pourtant pondu des centaines. La plupart perdus. Sa spécialité consistait à assembler des séquences de films médicaux qu’il reliait à des scènes de striptease ou des images d’archives les plus sensationnelles possible. Du cinéma sous forme d’idéogrammes. Strip-tease + maladie vénérienne = danger pour le couple ! L’alibi préventif : un bon moyen de contourner la censure afin d’exposer quelques nudités jugées très offensives à l’époque. Mais la morale était sauve et le public « informé ». Steamship Millard traversait les États-Unis avec sa famille dans sa voiture et ses bobines dans son coffre. Le fiston, Nick, né en 1941, grandit au rythme des projections et des petites arnaques de son père.


PSEUDOS SANS FIN
Le gamin adore le cinoche. Profondément. Totalement. À tel point que Nick Millard demande à son oncle de lui louer pour une bouchée de pain le cinéma abandonné dont il était toujours propriétaire. Nick dort dans la cabine de projection désaffectée. Nick économise chaque dollar. Nick veut réaliser un film. Alors Nick met en scène – il n’a que vingt ans – une comédie apparemment largement oubliable, Nudes on Credit (1961), où deux escrocs en herbe sont traqués par un méchant tueur communiste. Pour l’occasion, Nick Millard devient Don Rolos au g&e [...]

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