Toute première fois N°287

Docteur Jekyll et les femmes

Qu’il est bon et nécessaire de tricher parfois. S’il faut bien reconnaître que le réalisateur Walerian Borowczyk avait déjà flirté avec le genre fantastique, notamment grâce à un mémorable sketch de ses CONTES IMMORAUX, il serait quand même bien dommage de se priver de cet outrageant DOCTEUR JEKYLL ET LES FEMMES. Variation osée du livre de Robert Louis Stevenson, cette oeuvre frondeuse et atypique s’impose comme un parfait trait d’union entre film arty et pur produit d’exploitation.
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Avant de connaître le succès et de devenir un concept planétaire illustrant la lutte entre le Bien et le Mal, L’Étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde fut un roman entouré de biens des mystères. Selon certains, la première mouture du livre termina sa carrière dans une cheminée ou une poubelle sur les conseils de Fanny Osbourne, la propre femme de Stevenson. L’écrivain mit alors trois jours pour réécrire une version plus allégée de son conte terrifiant. D’autres prétendent que le texte exista bel et bien sous la forme de deux manuscrits. Le premier écrit sous l’emprise de terrifiants cauchemars nocturnes est détruit par dame Osbourne pour cause d’obscénité. Le second, couché sur papier en à peine trois petits jours, servit de matrice pour l’ouvrage final, qui fut publié en 1886. En 1980, lors du Festival du Film d’Oxford, le metteur en scène Walerian Borowczyk clame à qui veut bien l’entendre qu’il a découvert le premier jet du court roman de Stevenson et que son film, Docteur Jekyll et les femmes, collera au plus près de l’inconscient du romancier. Un inconscient saturé de cocaïne, une drogue qui lui était régulièrement administrée pour traiter sa tuberculose. Tel un bateleur de foire accro aux canulars, Boro l’ancien rameute les foules amusées autour de lui, son fort accent polonais ajoutant juste ce qu’il faut d’exotisme à son boniment anachronique. Boro le provocateur, chantre de l’outrage aux bonnes moeurs, briseur de tabous dans les années 70, mais aussi esthète cultivé et raffiné. Toutefois, à l’aube de la nouvelle décennie, il n’est plus qu’un fâcheux agitateur qui ne choque que ceux qui veulent bien l’être. Mais Docteur Jekyll et les femmes allait remettre les pendules à l’heure.

BIZARRE IMAGE HORRIFIQUE 

Avant d’en arriver là, le bonhomme aura parcouru un sacré chemin depuis sa Pologne natale. Si la peinture constitue la base de sa formation, ce n’est que pour mieux créer de fantastiques et surréelles affiches de films pour la firme Film Polski. Boro le novice passe finalement le cap à la fin des années quarante en réalisant tout une série de courts-métrages d’animation. Certains ne durent que quelques secondes, d’autres sont bien plus longs et techniquement plus complexes. Le jeune chercheur ne s’interdit rien et entremêle consciencieusement animation et collage à l’intérieur d’un univers qui doit tout au surréalisme. Ainsi, La Maison (Dom, 1957), qu’il réalise avec Jan Lenica, culmine dans une image horrifique des plus bizarres lorsqu’une mèche de cheveux dévore tout sur son passage. Pour l’animateur imaginatif, la voie semble toute tracée, ce que confirme son installation en France. À peine arrivé en terre gauloise, le fécond et fertile polak accouche, avec l&rsquo [...]

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