Toute première fois N°283

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que la Chine Continentale livre son premier film d’horreur parlant. En 1937, LE CHANT DE MINUIT convoquait le meilleur de la Universal et de l’expressionnisme allemand pour une relecture politico-horrifique du classique de la littérature de Gaston Leroux, LE FANTÔME DE L’OPÉRA. Une expérience unique qui, au-delà de son cadre exotique, témoigne de la vivacité d’un cinéma qui reste encore aujourd’hui à redécouvrir.
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Si désormais, le cinéma chinois est plus exposé en Occident, il n’en était pas de même il y a quelques années. En résumé, il y avait d’un côté le 7e Art très confidentiel de Chine Continentale, réservé à une élite cinéphile et aux très sérieux historiens. De l’autre, le cinoche hongkongais beaucoup plus commercial qui se déversait dans les salles de quartier à grands coups de films de kung-fu mal doublés. Autrement dit, le cinéma de la révolution culturelle contre les films de tatanes et autres bourre-pif. Deux mouvances, deux façons de voir les choses et deux communautés qui n’ont jamais réellement communiqué entre elles. Il faudra donc attendre les années 80 et la reconnaissance de la nouvelle vague HK pour enfin voir s’ébranler les piliers de la certitude intellectuelle dans l’un et l’autre camps. Les cinéastes de l’île de Hong-Kong, Tsui Hark, John Woo, Wong Kar Wai et tous les autres, éveillent l’intérêt de la presse cinéma occidentale. Au début des années 90, ce sont les metteurs en scène chinois Zhang Yimou et Chen Kaige qui sont sous le feu des projecteurs, talonnés de près par les Taïwanais Edward Yang et Hou Hsiao-Hsien. Grandes récompenses et distribution des oeuvres à l’avenant. Et surtout des festivals au sud, au nord, à l’est et à l’ouest en proie à la fièvre jaune. C’est par ce biais que Le Chant de minuit fera petit à petit parler de lui. Une véritable curiosité au sein de la rétrospective de rigueur. Pensez donc, un film d’horreur asiatique qui s’inspire ouvertement du Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux, ça ne court pas les rues. D’autant que la chose se veut tout aussi politique que musicale. Et quand on sait que pour des raisons politiques, le film d’horreur n’a jamais été un genre populaire en Chine, on se demande dès lors à quoi peut ressembler ce vilain petit canard issu de la foisonnante production cinématographique locale des années trente. 

ANIMAL SAUVAGE 

Mais Le Chant de minuit est un animal sauvage et beau qui ne se laisse pas saisir aussi facilement que ses cousins occidentaux. Il faudra donc lui tourner autour, tout doucement, prendre son temps pour tenter de l’apprivoiser, mais aussi se familiariser avec son environnement on ne peut plus complexe. Il y a tout d’abord ces tumultueuses années 30, une période politique très instable où s’affrontent au propre comme au figuré capitalistes, communistes et nationalistes sur fond d’invasion japonaise. Difficile d’y reconnaître les siens, à tel point qu’en 1936, le parti dominant, le Guomindang, devra s’allier à son ennemi d’hier, le parti communiste chinois, afin de lutter contre la politique d’expansion du Pays du Soleil Levant. À cela, il faut ajouter un système de compagnies de production qui s’inspire directement des ancestrales traditions confucianistes, pour qui les Arts et les Lettres n’existent que pour leur fonction d&rs [...]

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