Toute première fois N°282

Unearthly Stranger

Il était une fois un film de science-fiction anglais, étrange et oublié, nommé UNEARTHLY STRANGER. Marquant les premiers pas de l’inconnu John Krish dans le genre, il évoluait dans un paysage dangereux où de singulières créatures jetaient des filets pour attraper, trier et ranger tous les films passant à leur portée. Mais UNEARTHLY STRANGER était si petit, si insignifiant qu’il passait sans le vouloir, mais avec agilité, entre les mailles du filet. Jusqu’au jour où…
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L’insignifiante petite chose décide de remonter à la surface pour contempler un bien étrange spectacle. Des centaines de bipèdes s’agitent, s’empressent et s’affairent à la classification des éléments. Ils travaillent tant qu’à vrai dire, ils ne savent plus vraiment ce qu’ils font. Leurs gestes semblent machinaux, automatiques. Et comme des robots dans un vieux film de science-fiction, les zélés ouvriers sont sous le joug d’une entité qui porte l’impossible nom de « Politique des auteurs ». Cette nébuleuse en place depuis des décennies n’a même plus besoin de donner d’ordre, elle est d’ailleurs peut-être morte depuis longtemps, mais en quelques années, elle a conditionné pour des millénaires les gestes des travailleurs. Même ceux qui détestent sa domination appliquent inconsciemment ses préceptes. Désormais, on ne peut quasiment plus considérer un film sans qu’il fasse partie de l’oeuvre d’un cinéaste, d’un producteur, d’un acteur ou même d’une compagnie. S’il avait été attrapé, le futile Unearthly Stranger aurait été immédiatement rejeté à l’eau.

 

CENDRILLON

Ce fils de rien du tout est anglais et a été conçu en 1963 par un certain John Krish. Né en 1923, Krish s’est fait au fil des ans un nom dans le film documentaire, qu’il maîtrise sur le bout de la caméra. Le bonhomme est, paraît-il, capable de générer de l’intérêt pour des choses aussi passionnantes que le fonctionnement de la poste ou encore l’union nationale des professeurs. Entre deux documentaires, Krish tente de percer dans le domaine de la fiction via des polars moralistes, des films familiaux et des films de guerre nationalistes. Une carrière hétérogène qui indiffère totalement les adeptes de celle que l’on ne nomme pas. Ce qui, d’ailleurs, ne l’empêche pas de créer en 1961 le tout premier générique de la série Chapeau melon et bottes de cuir. Mais sur ce coup-là, John Krish n’est qu’un simple exécutant engagé par la toute petite compagnie Independent Artists. Ce type de société survit à l’époque en produisant tout et n’importe quoi à destination du grand et du petit écran, mais se focalise surtout sur des films de genre, très profitables puisque vendus à des distributeurs bien évidemment anglais, mais aussi et surtout, américains. Toutefois, là encore, cette « catégorie » n’intéresse quasiment personne. Les productions Independent Artists s’égrènent en un chapelet de films aussi disparates que Rapt, excellent film noir de Charles Crichton, Cool It Carol !, comédie rock’n’roll mise en scène par un Michael Winner encore très loin d’Un justicier dans la ville ou encore l’indispensable Brûle, sorcière, brûle !, un brûlot féministe maquillé en film d’horreur. Tout le contraire de la Hammer qui, avec sa très forte charte esthétique et ses « auteurs » maison, subit depuis plusieurs décennies une dissection virant à l’acharnement religieux. En résumé : même si la Hammer a engendré des merdes, celles-ci seront beaucoup plus intéressantes qu’un bon film mis en scène par un quidam et développé par une compagnie sans réelle tactique [...]

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